Nous suivre Industrie Pharma

Financement : Le crowdfunding séduit les biotechs

Aurélie Dureuil

Sujets relatifs :

, ,

Le financement participatif arrive peu à peu dans le secteur des biotechnologies. Les entreprises innovantes trouvent dans ce nouvel outil un moyen d'avancer sur les phases d'amorçage.

Acticor Biotech, NVH Medicinal, Ecrins Therapeutics... Elles sont de plus en plus nombreuses, les jeunes sociétés de biotechnologies, à se tourner vers le crowdfunding ou financement participatif pour poursuivre leur développement. Ce mode de financement qui fait appel aux particuliers connaît un essor en France. Ainsi, le baromètre de l'année 2014 publié par l'association Financement participatif France montre que les fonds collectés ont été multipliés par deux entre 2013 et 2014, passant de 78,3 à 152 millions d'euros, tous secteurs confondus. Le financement participatif repose sur plusieurs modèles. Il y a les collectes de fonds via des dons, avec récompense ou sans contrepartie. Ce type de financement a permis aux projets dans de nombreux domaines de collecter 38,2 M€ en 2014. Les fonds peuvent également être collectés sous forme de prêts, rémunérés ou non. Un mode de collecte largement majoritaire avec 88,4 M€ de prêts en 2014. Enfin, le crowdfunding en capital permet aux financeurs d'acquérir une partie du capital de la société. C'est ce modèle qui séduit les sociétés de biotechnologies. « Le crowdfunding en capital permet de lever des fonds pour financer les sociétés. Des particuliers peuvent, à partir de 100 euros, entrer au capital de sociétés. Cela permet la démocratisation de l'investissement », détaille Louise Chopinet, responsable Santé de la plateforme de crowdfunding WiSeed. Les projets dans le domaine de la santé et de l'environnement représentent 26 % des projets financés en capital. « Il existait en France un problème pour l'amorçage des sociétés de biotechnologies. Cette étape permet de financer les preuves de concept et nécessite des montants de 500 000 € à 1 M€, selon les secteurs industriels. L'État a créé un fonds de fonds, le Fonds national d'amorçage. Les business angels se sont également structurés en réseaux thématiques ou régionaux. Et, nous voyons émerger, depuis 3 à 4 ans, une nouvelle source de financement : le crowdfunding. Au début, nous étions un peu dubitatifs, car les montants levés étaient trop faibles au regard des cycles de financement des biotechs », constate Éric Lameignère, directeur de Genopole Entreprises. Joachim Dupont, président d'Anaxago, renchérit : « Aujourd'hui, quand on regarde le secteur du financement des biotechs, il existe très peu de structures investissant dans les 1res phases de développement. Certains projets ne pourraient poursuivre leur développement sans la finance participative. Le crowdfunding représente une véritable solution, même s'il reste nécessaire de fédérer rapidement d'autres investisseurs disposant d'importants moyens pour répondre aux besoins de financements futurs des biotechs, souvent très consommatrices de capitaux ».

Le crowdfunding se présente ainsi comme une nouvelle possibilité pour le financement des sociétés en amorçage. À l'exemple de NVH Medicinal qui a levé 450 000 euros. « Lorsque j'ai créé la société, je suis parti de zéro. Nous avons été lauréat du concours national en émergence et en création. En France dans les biotechs, nous sommes vraiment dans la vallée de la mort dans l'amorçage. Les tickets que nous recherchons sont de l'ordre de 500 000 € à 2 M€. Compte tenu de ce paysage compliqué et de l'arrivée du crowdfunding, nous nous sommes tournés vers ce nouveau moyen. Notre objectif de départ était de lever 350 000 €, finalement ce tour de table a été de 450 000 € », se félicite David Vandroux, président et fondateur de NVH Medicinal, société créée en 2008 autour des maladies liées à un déficit en collagène. Le choix du financement participatif a également été fait par Acticor Biotech. Créée en 2013, la société développe un antiagrégant plaquettaire pour les indications dans l'accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique. « Nous sommes en train de trouver le meilleur système de production avant de passer au développement pré-clinique », indique Gilles Avenard, p-dg d'Acticor Biotech. Après un financement par le concours national Création-développement, la société a réalisé sa première levée de fonds. « Cela donne la possibilité à des personnes physiques intéressées par le projet d'investir aux côtés des fondateurs », témoigne Gilles Avenard.

Lever des fonds repose en partie sur le fait d'intéresser de futurs investisseurs. Et pour le financement participatif, il faut toucher le grand public, pas forcément au fait des développements technologiques. « Nous travaillons sur le collagène, que les gens connaissent. Et nous avons un médicament qui intéresse », témoigne David Vandroux (NVH Medicinal). La possibilité de toucher le grand public est également soulignée par Gilles Avenard d'Acticor Biotech. « Nous travaillons sur une pathologie que tout le monde pouvait comprendre œndlr, l'AVCæ. Ce qui nous a donné l'idée de nous tourner vers le crowdfunding », précise-t-il. « C'est le côté injuste du crowdfunding. La décision d'investir repose davantage sur des ressorts affectifs que sur des critères objectifs et techniques », observe Éric Lameignère (Genopole Entreprises). Les plateformes de crowdfunding mettent ainsi en avant le nombre et la diversité des investisseurs présents. « Sur WiSeed, il est intéressant de se positionner sur différents domaines. Le secteur de la biotech est plus risqué, mais il y a aussi l'impact sociétal qui entre en jeu. Il y a un intérêt autre que financier à investir dans ce type de projets, cela va contrebalancer le risque pris », indique Louise Chopinet. Un constat fait également par Joachim Dupont, président d'Anaxago : « pour les investisseurs, outre le retour sur investissement, la 1re motivation est de soutenir des projets qui font du sens, mais aussi l'innovation ».

Et pour séduire de potentiels investisseurs, les jeunes sociétés doivent se lancer dans la communication. « Cela oblige les sociétés à mettre en place une communication, mais cela les aidera le jour où elles s'introduiront en Bourse », souligne le directeur de Genopole Entreprises. David Vandroux (NVH Medicinal) en témoigne : « Nous avons pris une société de communication. Il y a eu un gros travail de vulgarisation, nous avons créé un site Internet dédié, des supports de communication... » Car pour une levée de fonds en crowdfunding, il faut mobiliser au-delà des familles, amis et partenaires scientifiques. Le financement participatif peut également faire intervenir des business angels. « Nous avons d'abord eu une association de recherche spécialisée dans la thrombose qui a décidé d'investir. Puis, trois business angels sont entrés de façon indépendante. Cela a permis de faire le closing. Parmi les points importants, il y a la compréhension par le grand public mais aussi d'avoir une sorte de validation du business model de l'entreprise par des business angels », indique Gilles Avenard (Acticor). Au total, la société a levé 660 000 €, dont 590 000 € via la plateforme Anaxago.

Passé la phase de levée de fonds, arrive la phase de structuration du capital de la société avec ces nouveaux investisseurs. Comme le rappelle Louise Chopinet (WiSeed) : « en moyenne, le nombre d'investisseurs est de 300 ». Ainsi, NVH Medicinal a accueilli près de 80 investisseurs, tandis que Acticor Biotech en dénombre 180. Il faut donc s'organiser pour intégrer ces nouveaux intervenants. « Il ne faut pas avoir trop d'investisseurs. C'est difficile à gérer », souligne David Vandroux (NVH Medicinal). Sa société a mis en place un pacte d'associés minoritaires pour intégrer ces investisseurs. Certaines plateformes de crowdfunding proposent la création de holding. « Les particuliers n'investissent pas en direct. C'est la holding qui investit dans le capital de la société. Cela bénéficie à la fois aux investisseurs et aux entreprises. Pour les investisseurs, cela leur donne plus de poids. Et pour le porteur de projet, cela permet une bien meilleure gestion en vue d'autres levées de fonds ou de sortie », indique Louise Chopinet. Un fonctionnement qui a séduit Acticor Biotech qui compte ainsi deux holdings qui regroupent ses nouveaux investisseurs. « C'est un point extrêmement important. Quand on va ensuite chercher des investisseurs institutionnels, si la société a trop d'actionnaires, c'est un frein. Avec un grand nombre d'actionnaires, cela entraîne également trop d'actes juridiques pour obtenir une décision », remarque Gilles Avenard. Car si le financement participatif aide pour les phases d'amorçage, il ne faut pas qu'il représente un frein pour les tours de table suivants. Et Éric Lameignère pointe un autre sujet d'inquiétude : « notre crainte est que la rentabilité des investissements précoces génère des déceptions et risque de décrédibiliser le secteur des sciences du vivant ». Des particuliers, qui auront investi 1 000 ou 2 000 euros au 1er tour, ne seront pas forcément capables de conserver un pourcentage aux tours suivants, avec l'arrivée de nouveaux entrants. Malgré ce risque, le financement participatif s'installe ainsi dans le portefeuille de solutions pour l'amorçage. Il ouvre de nouvelles possibilités aux sociétés de biotechs qui se tournent de plus en plus vers cet outil.

 

« Certains projets ne pourraient poursuivre leur développement sans la finance participative ». (Joachim Dupont)

 

LES GRANDES ÉTAPES D'UN PROJET DE CROWDFUNDING

Pour débuter un projet de financement participatif, la première étape est de choisir la plateforme. Aujourd'hui dans la santé, il existe encore peu de plateformes spécialisées. Anaxago et WiSeed sont présentes sur ce domaine. « Il va y avoir un problème de professionnalisation et d'afflux de dossiers. Je ne suis pas sûr qu'il y ait de la place pour une dizaine de plateformes », note Gilles Avenard, p-dg d'Acticor Biotech. Une fois la plateforme choisie, il faut soumettre un dossier. « Les grandes étapes reposent notamment sur une rencontre avec l'équipe dirigeante pour connaître leur business model, etc. Ensuite nous validons ou non leur projet », détaille Joachim Dupont, président d'Anaxago. Une phase d'étude du dossier est menée par la plateforme. « Sur Internet, tout est mis au même niveau. Il faut pouvoir filtrer les sociétés farfelues en amont, ce que font les plateformes de crowdfunding par un bon travail d'évaluation », souligne Éric Lameignère, directeur de Genopole Entreprises. Une étape qui prend du temps, comme en témoigne Louise Chopinet, responsable Santé de WiSeed. « Il faut compter 5 à 6 mois au total, entre l'étude du dossier et la phase de proposition aux investisseurs jusqu'au closing. Nous avons un processus de sélection qui dure 3 mois, en incluant les délais de mise à disposition des documents par les dirigeants. Le crowdfunding ne doit pas être vu comme une démarche de la dernière minute ni de la dernière chance ». Après la sélection, vient la phase de collecte qui dure un à deux mois. Outre une visibilité sur Internet, les plateformes organisent des rendez-vous. À l'exemple d'Anaxago qui propose tous les mois des conférences permettant de rencontrer des dirigeants de projets en cours de collecte. Certaines plateformes imposent un ticket d'entrée peu élevé comme WiSeed. « Nous nous positionnons pour la démocratisation de l'investissement. Les porteurs de projets peuvent proposer de placer la barre plus haut mais nous souhaitons être à 100 € », précise Louise Chopinet. Une fois le closing effectué, les investisseurs peuvent être regroupés dans une holding ou dans un pacte d'actionnaires (voir article). Ils sont généralement engagés pour cinq ans.

UN ENCADREMENT RÉGLEMENTAIRE DEPUIS OCTOBRE 2014

« Afin de faire évoluer la réglementation française pour être au meilleur niveau international, le Gouvernement a pris, le 30 mai 2014, une ordonnance dans ce sens », souligne le site du ministère de l'Économie, dédié au financement participatif. Entrée en vigueur au 1er octobre 2014, cette ordonnance encadre ce nouveau mode de financement. « Nous sommes autorisés à lever entre 100 000 euros et un million d'euros, avec un prospectus simplifié pour l'AMF. Cela simplifie les démarches pour des montants qui sont réduits. Et nous sommes reconnus et encadrés par l'AMF », détaille Louise Chopinet, responsable Santé de WiSeed. Cette ordonnance a également vu la création d'un « statut de conseillers en investissements participatifs pour les plateformes qui proposent des titres aux investisseurs (crowd-equity) ». Les plateformes peuvent obtenir ainsi une labellisation auprès de l'Orias (registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance). « WisSeed a été la première plateforme à obtenir ce statut qui donne un repère aux particuliers », se félicite Louise Chopinet.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Un gel fait passer la culture de neurones à la 3D

Un gel fait passer la culture de neurones à la 3D

Une équipe du CNRS et de l'Inserm a développé un gel facilitant la culture cellulaire des neurones. Une découverte qui pourrait ouvrir de nouvelles voies de recherche, jusqu'à présent[…]

09/07/2018 | NeurologieCellules souches
La start-up qui veut réparer l'oreille cassée

La start-up qui veut réparer l'oreille cassée

Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Plus d'articles