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Ferring, en route vers l'entreprise digitale

Ferring, en route vers l'entreprise digitale

Le site Ferring de Saint-Prex a intégré la solution Pharmasuite de Rockwell Automation en 2011.

Après l'implémentation du dossier de lots électroniques dans son usine suisse de Saint-Prex, le laboratoire poursuit sa stratégie. L'entreprise parle aujourd'hui de programme Ferring Going Digital.

L'histoire commence en 2009. « Ferring est une société innovante. Pour rester en phase avec la compétition car nous y avons vu des bénéfices potentiels en interne, nous avons décidé d'investir dans la mise en place d'un dossier de lot électronique », raconte Jérôme Repiton, directeur Excellence opérationnelle Monde de Ferring. Il rappelle également le constat « de l'inefficacité de nos processus autour du papier. C'est comme un livre dans une bibliothèque, si on ne l'ouvre pas, on ne sait pas ce qu'il y a dedans ». Avec le dossier de lot électronique, il voit l'opportunité d'accéder à des données sur les procédés. « Nous générions une mine d'informations tous les jours et nous étions incapables de l'utiliser », ajoute le directeur Excellence opérationnelle Monde.

Le premier projet concerne l'usine de Saint-Prex (Suisse). Siège du groupe qui compte 11 usines à travers le monde, le site compte plus de 300 salariés en production et fabrique deux produits majeurs du portefeuille de Ferring (Menopur (HP-hMG), pour l'infertilité, et Pentasa (mesalazine) pour la maladie de Crohn. Le choix se porte sur la solution de Rockwell Automation : PharmaSuite. « Nous avons été parmi les premières sociétés pharmaceutiques à utiliser cette solution. Nous avions la conviction que ce logiciel pourrait nous aider pour le site de Saint-Prex mais aussi pour nos sites de biotechnologies, de remplissage et conditionnement... », détaille Jérôme Repiton. Un projet de 18 mois qui repose sur un travail important réalisé avec les équipes de production. « Nous avons d'abord déployé une approche Lean Six Sigma afin d'améliorer nos procédés pour ensuite les digitaliser. Nous avons travaillé ligne par ligne, nous avons impliqué le personnel, fait des formations... Nous avons ainsi implémenté le software pour mieux gérer des processus que nous avions améliorés », précise le directeur Excellence opérationnelle Monde. Il compare l'installation d'un MES à l'utilisation d'un GPS : « En mode papier, le trajet est sujet à interprétation, avec le GPS, on a une chance d'arriver à la bonne destination avec des alertes en temps réel ». En 2011, le site de Saint-Prex est doté du dossier de lot électronique. Jérôme Repiton liste les bénéfices de cette installation : « Nous avons réduit les temps de cycle, grâce notamment à la revue par exception, démontré que nous étions capables de supprimer des activités sans valeur ajoutée, et mesuré des bénéfices en compliance ». Fort de ces résultats, le laboratoire a décidé de déployer cette approche dans ses autres usines. La première concernée a été l'usine de Parsippany (New Jersey) aux États-Unis qui a ouvert en 2015. D'autres installations sont prévues sur les sites allemand de Kiel et israélien de Beer Tuvia dans les deux ans à venir. Si tous les sites du groupe devraient être concernés, le directeur Excellence opérationnelle mondiale ne veut pas brusquer les équipes et préfère saisir les opportunités en fonction des problématiques de chaque usine.

 

Viser une interconnectivité entre le savoir et l'opérateur

 

Alors que le déploiement de la solution de dossier de lots électroniques se poursuit, le laboratoire veut aller plus loin. « Nous n'en sommes pas encore à l'utilisation des lunettes de réalité virtuelle, mais nous vivons dans une société digitale, notre entreprise doit suivre ces innovations », observe Jérôme Repiton. Dans la suite du dossier de lots électroniques, Ferring a ainsi développé un programme d'enregistrement vidéo des procédures. « Nous enregistrons nos opérations critiques, nos standards de travail, à des fins d'amélioration continue et de formation. Et bientôt, ces vidéos seront accessibles au poste de travail car elles seront intégrées au dossier de lot électronique », indique le directeur Excellence opérationnelle Monde. Il cite plusieurs utilisations de ces images : « si l'opérateur a un problème à son poste de travail, il peut faire référence à une vidéo explicative. Et pour les nouveaux collaborateurs, il est aussi plus efficace de compléter la formation aux procédures écrites par des vidéos ». Il vise ainsi une « interconnectivité entre le savoir d'un côté et les gens qui sont sur les postes de travail de l'autre ». La prochaine étape pour le directeur Excellence opérationnelle Monde : « travailler avec Rockwell Automation et d'autres fournisseurs pour voir comment on peut rendre les opérations plus efficaces, notamment avec des alertes ». Reprenant l'exemple du GPS, Jérôme Repiton rappelle les évolutions technologiques : « aujourd'hui, on ne se limite plus à collecter l'information demandée, on peut pousser de l'information ». Le laboratoire suisse travaille sur « un poste de travail qui va aider la production dans sa démarche de compliance ».

 

Ferring Going Digital, une démarche d'entreprise

 

Dans cet objectif, l'entreprise a démarré en 2014 le programme Ferring Going Digital. Initialement débuté dans les services commerciaux, ce projet est devenu une démarche d'entreprise. « La digitalisation va nous rendre plus efficaces. Nous allons mieux utiliser l'information que nous générons. Nous allons avoir des bases de données et voir comment faire du processus et data mining, faire parler cette information », détaille Jérôme Repiton. Yves Pernet, récemment embauché au nouveau poste de directeur Gouvernance digitale pour la chaîne d'approvisionnement, indique : « Quand on regarde un produit, entre la réception de la matière première dans une de nos usines et l'arrivée du produit sur le marché, il se passe énormément d'étapes au sein de plusieurs sites du groupe. Nous investissons pour savoir comment on consomme le temps. Le process mining va nous permettre d'avoir beaucoup plus de maîtrise de nos processus ». Cette meilleure gestion du temps, Ferring entend la développer pour réduire les temps de cycle et in fine pour devenir plus flexible, plus agile. La digitalisation concerne aussi les fonctions aval. « Nous sommes en train de travailler à l'amélioration de la relation au patient. Par exemple, chaque notice contient beaucoup d'informations. Nous regardons comment améliorer cet aspect avec la digitalisation », témoigne Jérôme Repiton.

Si les passages au dossier de lot électronique puis à la digitalisation sont présentés comme des outils d'amélioration des processus, Jérôme Repiton y voit aussi un avantage pour le recrutement de collaborateurs. « Nous sommes une société en croissance, nous devons avoir un environnement de travail attractif pour des nouveaux talents. On ne peut pas attirer de jeunes talents avec des processus du siècle dernier », note-t-il.

Ferring a ainsi pris le train de la digitalisation. Pourtant, le directeur Excellence opérationnelle mondiale pointe certaines limites : « Il ne faut pas oublier que la priorité, c'est l'humain. Nous avons eu ce syndrome d'installer toujours plus de systèmes d'informations au poste de travail : un ERP, puis un MES, puis des outils pour mesurer la performance, la qualité... Si on se met ensuite à la place de l'opérateur qui se retrouve à recopier une information d'un système à un autre, ce n'est pas satisfaisant. Il faut rester raisonnable. Si on ajoute des systèmes, il faut avoir de la valeur ajoutée ». L'objectif de digitalisation de l'entreprise ne devrait pas passer forcément par des investissements dans de nouveaux équipements mais dans une meilleure gestion des technologies existantes et de se focaliser sur une meilleure intégration des solutions déjà en place afin de simplifier la vie des opérateurs. Yves Pernet cite notamment l'utilisation de PharmaSuite : « Nous n'utilisons pas la moitié des capacités de PharmaSuite. Quand nous avons installé cette solution, nos systèmes existants qui interagissent ne permettaient pas de tout utiliser. Il faut aussi voir ce qui est utile pour nous ». Aujourd'hui, l'usine de Saint-Prex utilise une version du logiciel de Rockwell Automation qui a trois ans, et prévoit de changer de version, l'an prochain. « Cette solution connaît des évolutions majeures tous les ans, mais a-t-on vraiment besoin dans l'usine de changer tous les ans ? », interroge Jérôme Repiton. Ferring devrait, l'an prochain, profiter de l'évolution de la solution pour mettre en place les cahiers de route électroniques des équipements. « Nous travaillons avec Rockwell Automation afin qu'ils comprennent bien nos besoins et afin d'influencer les prochaines évolutions du logiciel », témoigne le directeur Excellence opérationnelle mondiale.

Une autre limite identifiée par Jérôme Repiton et Yves Pernet : que l'opérateur soit distrait du produit par les outils digitaux. « Il faut garder les pieds sur terre. L'opérateur possède cinq sens. On compte sur lui pour observer, être à l'écoute et détecter les choses que les systèmes d'informations ne sont pas capables de faire. Nous ne sommes pas prêts pour l'usine autonome », conclut Jérôme Repiton.

UNE 8E VERSION POUR LE LOGICIEL DE GESTION DE LA PRODUCTION, PHARMASUITE

Le MES (Manufacturing execution system) dédié à l'industrie pharmaceutique de Rockwell Automation en est à sa 8e version. PharmaSuite est proposé pour la gestion de la production dans le domaine de la santé. Elle couvre l'automatisation, la gestion du risque, la traçabilité des matières, la revue par exception tout en se conformant à la réglementation. PharmaSuite permet de réaliser des dossiers de lots électroniques avec une revue par exception du dossier. La solution permet d'intégrer et de rationaliser la production entre plusieurs zones de production et lignes de produits. Elle fonctionne aussi depuis la ligne de production locale jusqu'à la gestion globale du site. PharmaSuite est basé sur les dernières technologies disponibles sur le marché et intègre un outil de migration.

FERRING EN BREF

Création : 1950 Chiffre d'affaires : 1,8 Mrd € en 2015 Effectifs : plus de 5 000 personnes dans le monde Implantations : 11 usines dans le monde (Suisse, Allemagne, Argentine, Chine, République tchèque, Danemark, Israël, Mexique, États-Unis, Écosse et Inde) Portefeuille de médicaments : 36

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