Nous suivre Industrie Pharma

Façonnage: « Entre 1998 et 2015, l'activité a été multipliée par six»

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

Sujets relatifs :

, ,

Entre internationalisation des acteurs, développement de spécialités et de la bioproduction, le façonnage pharmaceutique se développe selon plusieurs axes. Rémi Vicente, directeur d'étude, spécialisé dans la filière santé chez Xerfi et auteur d'une étude sur le secteur, détaille les grandes tendances dans le domaine.

Vous avez publié début 2016 une étude sur le secteur du façonnage *. Quel est aujourd'hui le poids de cette industrie dans le paysage pharmaceutique français ?

Ce secteur compte 64 entreprises pour 74 usines, selon les chiffres à fin 2014. Il y a encore eu des mouvements en 2015. Il représente une part importante de l'industrie pharmaceutique française qui compte 300 entreprises. Le façonnage pharmaceutique emploie 12 000 personnes, soit environ 17 % de l'emploi productif de l'industrie pharmaceutique en France. Ce secteur a réalisé 2,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2015. En moyenne leur chiffre d'affaires progressera de 3 % par an en 2016 et 2017, hors effet de croissance externe. Entre 1998 et 2015, l'activité a en effet été multipliée par six.

 

Quelles sont les typologies de ces entreprises ?

On recense encore de très nombreuses petites entreprises. C'est souvent une entreprise avec une seule usine. Les sociétés de plus de 500 salariés représentent 6 % du secteur. Mais les grands groupes français sont parmi les leaders en Europe, comme Fareva, Delpharm... Dans le top 15 mondial, il y a 5 groupes français. Il y a aussi quelques groupes de taille moyenne comme Unither et Cenexi. Les acteurs français sont encore loin des grands groupes mondiaux mais ils sont encore en phase de construction.

 

Après de nombreux rachats de sites de laboratoires pharmaceutiques, certains anticipaient des fusions/acquisitions entre façonniers. Qu'en est-il ?

La plupart des dirigeants prophétisaient cette concentration qui n'a pas eu lieu. Nous observons peu de fusions entre petits acteurs. Pourtant, la plupart des petites structures qui demeurent sont positionnées sur des formes pharmaceutiques en perte de vitesse comme les gélules, les pâteux. La concentration va réellement avoir lieu. Les petits acteurs n'auront pas d'autres choix pour aller chercher de la croissance. Quant aux rachats de sites de laboratoires pharmaceutiques, la tendance s'est stabilisée. Bien qu'il y en ait eu encore en 2015 et 2016, le marché s'assèche. La plupart des laboratoires ont cédé les sites qu'ils voulaient.

 

Qu'en est-il du développement à l'international ?

Il y a effectivement un changement de modèle de développement. Les reprises de sites s'effectuent en dehors de la France. On a vu Synerlab acquérir un façonnier en Espagne, Delpharm acheté un site italien... Les façonniers s'affranchissent des frontières françaises. Cela ouvre de nouvelles perspectives. En Espagne et en Italie, par exemple, il y a encore un tissu industriel qui présente des possibilités. Tout en gardant une proximité géographique avec le centre de décision français. Le moteur de ce secteur reste la croissance externe.

 

Quels sont aujourd'hui les moteurs de la croissance ?

Le premier levier est le degré d'externalisation des laboratoires pharmaceutiques qui se poursuit et progresse. Le taux de sous-traitance devrait même dépasser 30 % des volumes à l'horizon 2017, de l'avis des experts de Xerfi-Precepta (contre 26-28 % en 2015). Il y a ensuite le nombre de produits OTC et génériques qui représentent d'importants volumes à capter. Pour les génériques, les pertes de brevets vont continuer. Dans le domaine de l'OTC, les façonniers arrivent vraiment à valoriser leurs prestations. Beaucoup d'innovations dans l'OTC ont été développées par des producteurs à façon. Et, à part les produits biologiques ou très stratégiques, les façonniers sont capables de produire n'importe quel médicament avec toutes les formes galéniques.

 

Justement, les produits biologiques semblaient faire partie des réflexions. Pourtant, on voit peu d'acteurs en France...

Il y a quelques acteurs qui se positionnent pour les études cliniques, mais ce n'est pas forcément dans les priorités des façonniers. La bioproduction représente des investissements très importants et les volumes ne sont pas forcément intéressants. Le modèle économique des façonniers est basé sur du volume. Et les produits biologiques restent relativement stratégiques pour de nombreux groupes pharmaceutiques qui ne veulent pas faire appel à de la sous-traitance et perdre la main. Ainsi, pour les façonniers, il y a seulement la production de lots cliniques pour les sociétés de biotechnologies françaises. Quelques acteurs se sont positionnés pour les opérations de remplissage et conditionnement de biomédicaments mais c'est limité par le peu de site de biotech à capter en France.

 

Une tendance ces dernières années était de proposer de plus en plus de services. Cette stratégie se confirme-t-elle ?

Le développement de services reste relativement confidentiel. Ce n'est pas accessible à tous les façonniers. Certains proposent de faire le sourcing des principes actifs, au lieu de se faire livrer par les laboratoires. D'autres font du développement galénique. Ainsi, une stratégie pour capter de la valeur est de se positionner un peu en amont ou en aval de la production pharmaceutique pour proposer une offre « full services ». Un autre moyen de se différencier est de développer son offre de formes pharmaceutiques.

 

*Note : Etude Xerfi 2016 : « Le façonnage pharmaceutique - Refonte des modèles de développement et des relations avec les donneurs d'ordres, concentration des acteurs, etc. : prévisions et évolutions du jeu concurrentiel d'ici 2017 »

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Un gel fait passer la culture de neurones à la 3D

Un gel fait passer la culture de neurones à la 3D

Une équipe du CNRS et de l'Inserm a développé un gel facilitant la culture cellulaire des neurones. Une découverte qui pourrait ouvrir de nouvelles voies de recherche, jusqu'à présent[…]

09/07/2018 | NeurologieCellules souches
La start-up qui veut réparer l'oreille cassée

La start-up qui veut réparer l'oreille cassée

Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Plus d'articles