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Europe, États-Unis et Japon s'harmonisent

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

LE FONCTIONNEMENT DE L'USP REPOSE SUR DE NOMBREUX BÉNÉVOLES

Avec 650 salariés et plus d'un millier de volontaires, l'USP est une organisation sans but lucratif. Les volontaires sont répartis dans trois catégories. La première qui est nommée Convention regroupe 400 personnes. Elles se réunissent tous les cinq ans pour fixer les grandes orientations de l'USP. « Il s'agit de volontaires venant de tous les pays et tous les horizons professionnels (Scientifiques, industriels, gouvernementaux, etc.) », indique Benoît Rime. Les dernières résolutions concernent la période 2010-2015. La Convention élit également les 11 membres du conseil de surveillance. Ce sont eux qui ont la responsabilité fiduciaire de l'USP. Enfin, un groupe de plus de 600 experts composé uniquement de scientifiques travaille sur les textes. Répartis dans 20 comités, ils fournissent en moyenne l'équivalent d'une demi-journée de travail par semaine. « Ils ont une tâche particulière. Tout texte ou production de l'USP doit être approuvé par le biais d'un vote par l'un des comités d'experts. Ils ont le mot final pour approuver un texte qui deviendra officiel à l'USP », souligne Benoît Rime qui conclut : « Ce ne sont pas les salariés qui prennent les décisions majeures au sein de l'organisation ».

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

Europe, États-Unis et Japon s'harmonisent

BENOÎT RIME, SENIOR INTERNATIONAL ACCOUNT MANAGER DE L'USP.

© © USP

Représentant en Europe de la Pharmacopée américaine, Benoît Rime détaille son rôle auprès des industriels européens et revient sur le processus d'harmonisation en cours de certains textes, notamment des monographies d'excipients, entre les trois grandes Pharmacopées.

Industrie Pharma : Vous représentez la Pharmacopée américaine (USP) en Europe. Quel est votre rôle ?

Benoît Rime : La mission de l'USP est d'améliorer la santé publique au travers de la publication de standards publics qui permettent d'assurer la qualité des produits médicamenteux. Nous fournissons un standard unique auxquels les industriels doivent se référer. En effet, la loi américaine stipule que tout médicament commercialisé aux États-Unis doit être conforme aux standards de l'USP NF. Mais ce médicament n'est pas forcément produit aux États-Unis. C'est pourquoi depuis le bureau de l'USP à Bâle, nous sommes quatre personnes en contact avec les industriels en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Notre rôle est de rencontrer les utilisateurs de l'USP NF et de leur expliquer qui nous sommes, comment nous fonctionnons, quels sont les outils que l'USP met à leur disposition, etc. Cela permet une amélioration du service apporté aux utilisateurs de l'USP NF. Dans cette même démarche, l'USP possède également un bureau au Brésil, un en Inde et un autre en Chine.

 

Comment s'établit la monographie d'un produit ?

B. R. : Un laboratoire qui développe un nouveau produit, innovant ou générique, dépose un dossier d'Autorisation de mise sur le marché (NDA ou aNDA) auprès de la FDA, l'autorité réglementaire des USA. Elle va s'assurer que le médicament est efficace et sûr. A partir de ce moment, le niveau de qualité est géré par une monographie, contenant toutes les spécifications du produit. Elle est développée par le fabricant du médicament qui la transmet ensuite à l'USP et nous la rendons publique pour qu'elle s'applique pour tout le monde. Elle devient ainsi le standard officiel des États-Unis. Il y a des monographies sur les substances (matières actives et excipients) et sur les produits finis. La monographie définit toutes sortes de tests en termes de qualité, de conditionnement, de notice, etc. Un médicament est un tout. Les monographies s'appliquent sur l'ensemble de la durée de vie du médicament car il doit toujours être sûr et efficace, même en fin de vie. Des procédures ou des critères d'acceptation peuvent ensuite évoluer sur la monographie. Par exemple, des discussions entre les fabricants et les autorités réglementaires peuvent faire évoluer la limite d'une impureté, qui conduira à une révision de la monographie. La limite acceptable est déterminée par la FDA, pas par l'USP. Tout ce qui est publié par l'USP a été revu au préalable par les autorités réglementaires.

 

Quelles sont les différences entre l'USP et la Pharmacopée européenne ?

B. R. : Une première différence réside dans la structure de l'USP. Nous sommes une « non for profit organisation », c'est-à-dire une association sans but lucratif, établie en 1820. L'USP est la seule Pharmacopée au monde qui soit privée. Elle ne dépend ni des autorités réglementaires, ni des gouvernements, ni d'actionnaires. Elle est composée d'environ 650 salariés mais repose aussi sur un bon millier de volontaires (voir encadré). Une deuxième différence concerne les produits ayant une monographie. Nous ne nous contentons pas uniquement des substances mais aussi des produits finis. Nous considérons qu'il est important de s'assurer de la performance du produit. Par exemple, comment un comprimé va se dissoudre. Sa vitesse de dissolution va avoir une incidence sur l'assimilation par le corps. Un médicament forme un tout intéressant à analyser. Ensuite des différences existent dans les monographies. Le principe est le même entre les Pharmacopées américaine, européenne et même japonaise. On retrouve les mêmes tests. Néanmoins, les méthodes ne sont pas toujours similaires. Par exemple chaque Pharmacopée demande un test d'identité. Mais pour ce test, il existe souvent plusieurs procédures possibles (chromatographie, infrarouge, Ultra-violet, etc.). On peut aussi utiliser la même procédure d'HPLC mais avoir des différences dans la préparation de l'échantillon, la colonne utilisée, etc.

 

Aujourd'hui, vous travaillez à l'harmonisation des trois grandes Pharmacopées (américaine, européenne et japonaise). Pourquoi uniquement ces trois-là ?

B. R. : Afin de répondre aux demandes de l'industrie, nous travaillons depuis 1989 à l'harmonisation des monographies. Nous avons créé un groupe informel, le Pharmacopeial discussion group (PDG), composés de représentant de l'USP, la Pharmacopée européenne (EDQM), la Pharmacopée du Japon (MHLW) et l'OMS en tant qu'observateur depuis 2001. Il s'agit des trois grandes Pharmacopées dans le monde.

 

En quoi consiste cette harmonisation ?

B. R. : Pour les industriels, il s'agit d'une simplification de la vérification de la conformité d'un produit et de la diminution de la charge de travail par la réduction du nombre de procédures analytiques à mettre en œuvre. En effet, il est très courant qu'un industriel produise sur un même site des médicaments destinés aux marchés américain et européen, par exemple. Pour l'USP, collaborer avec les autres Pharmacopées permet de tirer des enseignements qui peuvent conduire à des normes plus complètes et efficaces.

 

Quels sont les produits concernés ?

B. R. : Le PDG, qui se réunit deux fois par an, travaille sur les textes ayant un fort impact : les monographies d'excipients et les chapitres généraux contenant les procédures. En effet, à la fin des années 80 quand le PDG s'est créé, nous nous sommes interrogés sur les monographies que nous allions harmoniser. Nous avons alors répertorié celles avec le plus d'impact. Pour les excipients, nous en avons identifié 64 sur quelques centaines. Concernant les matières actives, nous en comptons beaucoup plus mais elles sont trop spécifiques pour justifier une harmonisation longue et complexe. Au total, l'USP compte 4 500 monographies réparties à peu près de manière égale entre les substances et les produits finis. Au mois d'août nous avions harmonisé 41 monographies d'excipient sur les 64 retenues et 27 chapitres généraux sur les 35 identifiés.

 

Existe-t-il différents types d'harmonisation ?

B. R. : Il y en a deux types. La première est l'harmonisation totale. Une norme de Pharmacopée est harmonisée lorsque la substance pharmaceutique testée selon la procédure telle que publiée dans une des trois Pharmacopées produit les mêmes résultats et conduit à la même décision (acceptation ou refus). Un analyste conduira la même procédure et parviendra à la même décision quelle que soit la Pharmacopée à laquelle il se réfère. Cette approche s'appelle l'interchangeabilité. Néanmoins, les textes ne sont pas nécessairement identiques. Chaque Pharmacopée peut adapter le texte à un style local et prendre en considération les substances de référence et les réactifs locaux.

Il y a également l'harmonisation par Attributs qui correspond à une monographie ou un chapitre général qui n'est pas complètement harmonisé avec les autres Pharmacopées. Cette approche permet de débloquer la situation lorsqu'un accord est trouvé sur les points principaux. Alors pour les industriels, il est nécessaire de se référer à la Pharmacopée spécifique.

Pour tous ces cas, un texte harmonisé ne peut être révisé unilatéralement, par exemple. Une révision peut être initiée au travers d'une requête formelle auprès du PDG.

 

Ces harmonisations de monographies concernent des produits déjà sur le marché. Les nouveaux produits vont-ils être concernés par une telle démarche ?

B. R. : Une étude pilote a démarré en juillet 2008 afin de développer de nouvelles monographies de substances actives avec la Pharmacopée européenne. Ce sujet de l'harmonisation prospective est un projet pilote qui concerne quatre produits. n

 

Pour plus d'informations, l'USP développe une page Internet dédiée à l'harmonisation : www.usp.org/USPNF/pharmacopeialHarmonization

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