Nous suivre Industrie Pharma

Efficacité énergétique : Et si on réduisait la facture, dès aujourd'hui ?

Les salles propres sont gourmandes en énergie. La ventilation et les circuits d'eaux sont les premiers postes de dépense. Avec l'augmentation du prix de l'électricité et la nécessité de basculer vers une industrie plus respectueuse de l'environnement, la question de l'efficacité énergétique devrait être incontournable, ces prochaines années. Mais des industriels parviennent déjà à réaliser des économies conséquentes, sans tout bouleverser.

Les industriels qui ont décidé d'installer une salle propre dans un environnement standard le savent : le coût sur la facture d'électricité est conséquent. Depuis les flux d'air, indispensables pour maintenir le niveau de qualité de la salle jusqu'aux circuits d'eaux, la salle propre consomme beaucoup d'énergie. « Le froid est très gourmand, tout ce qui demande du froid, avoir besoin d'un poste de froid, c'est gourmand en énergie. Cela dépend aussi beaucoup des industries et de ce qui est produit, le type de process joue énormément », constate Vincent Barbier de la société d'ingénierie NNE. Frédéric Yvorel est coordinateur des installations sur le site Merck de Martillac (Gironde). Un site de biotechnologies conséquent, puisqu'il comprend 2 000 mètres carrés de salles propres. « Plus les classes de la salle propre sont contraignantes, plus elles sont gourmandes, cela représenterait 40 % de la globalité de notre site. Mais en termes de consommation pure et dure, liée à la ventilation et la partie traitement de l'air, cela peut représenter environ 70 % de notre consommation », détaille Frédéric Yvorel. Un facteur à mettre en adéquation avec la hausse du prix de l'énergie. « Il est important que l'on maîtrise l'énergie, le coût est sans cesse en augmentation, que ce soit l'électricité ou le gaz », remarque Frédéric Yvorel. Le constat est là, mais pourtant l'efficacité énergétique semble encore avoir du mal à s'imposer parmi les industriels produisant en salle propre. Des freins existent, ils peuvent expliquer l'évolution lente du marché sur cette question.

« Il est primordial de bien concevoir la salle propre. Une fois qualifiés, c'est très compliqué de modifier les systèmes », souligne Frédéric Yvorel. La qualité prend ainsi vite le pas sur les considérations d'efficacité énergétique. « Tout est mis en oeuvre pour ne pas contaminer le produit. Les industriels pharmaceutiques sont très sensibles aux modifications qui peuvent être sources de non conformités. Ce sont des justifications et des coûts très importants », confirme Vincent Barbier. « C'est souvent plus simple de laisser telle quelle une installation que de modifier des paramètres ou des consignes de fonctionnement », complète Vincent Barbier, qui a par ailleurs travaillé avec l'Aspec sur un guide dédié à la question. Un document destiné à sensibiliser les industriels sur le sujet, sorti en 2017, réalisé en partenariat avec l'Ademe et EDF R&D. L'ingénieriste a pu constater que le sujet était encore difficile à cerner pour les industriels. « Quand on a fait cette étude Aspec/Ademe, beaucoup d'industriels ont été contactés. L'objectif était de connaitre le ratio de la consommation électrique par type de fluide (eau, vapeur, air), par type d'activité (type pharmaceutique, micro-électronique, santé...) : combien vous consommez en électricité ? Combien vous consommez en chaud ? Combien vous consommez en froid ? », se souvient Vincent Barbier. Il poursuit : « On a eu beaucoup de mal à obtenir des informations précises, on a davantage récolté des consommations globales ». Comment expliquer ce manque d'informations, faut-il y voir une instrumentation insuffisante ou une faible sensibilisation au sujet pour les responsables techniques ? « Un point crucial est de bien suivre et de bien monitorer, à différentes étapes », insiste Frédéric Yvorel, qui se veut optimiste pour l'avenir. « Le matériel évolue et l'implication des mainteneurs dans les années à venir va aller en augmentant. On se rend compte désormais qu'un bon mainteneur a une vision énergétique, donc c'est aussi une question de formation. Il existe par exemple, aujourd'hui, des logiciels pour analyser les capteurs et faire un diagnostic plus précis de la dépense énergétique en salle propre », indique Frédéric Yvorel. « C'est plus un problème de culture ou de sensibilisation énergétique que d'instruments avec des capteurs pas forcément très chers mais qui ne sont pas exploités ou mal positionnés, souligne Vincent Barbier qui cite en exemple : « Il y a la possibilité d'installer des compteurs et des capteurs assez évolués pour cibler la dépense énergétique et faire l'analyse de toute l'installation. Mais derrière, il faut pouvoir compiler les données. » Un traitement de l'information qui prend du temps et peut passer en arrière-plan face à des tâches de maintenance plus urgentes. Si le sujet tarde encore à être classé comme prioritaire, des actions sont concrètement réalisables pour économiser sur sa facture d'énergie. « Cela peut aller très vite, et bien évidemment, cela varie suivant les process, mais des actions rapides peuvent rapidement faire baisser la facture énergétique ; il est plus facile de faire 20 % d'efforts et de gagner les premiers 80 % d'économie », argumente Vincent Barbier. Des éléments peuvent en effet permettre de réduire la facture rapidement.

Des économies dans le coeur des moteurs

Les compresseurs n'ont cessé de progresser, ces dernières années, avec des équipementiers qui ont bien pris en compte l'inflation des dépenses en énergie. Il en résulte des moteurs plus fiables et plus économiques, qui font que cette pièce devient naturellement la clé de voûte d'une réflexion sur l'efficacité énergétique de la salle propre. « Les fabricants proposent énormément en matière de flux d'air, que ce soit au niveau des moteurs, plus efficaces ou des filtres à air, qui vont laisser mieux circuler l'air tout en étant aussi efficaces », constate Vincent Barbier. « Selon les débits de nos salles propres, on va être à 20 volumes par heure ou à 30 volumes par heure », constate Frédéric Yvorel. « Nos moteurs vont marcher toute l'année, c'est une dépense importante. Aujourd'hui, il y a plusieurs choses que l'on essaie de mettre en oeuvre. Ce qui fait qu'on se met à réfléchir sur cet aspect là, c'est le fonctionnement des centrales à traitement d'air ». Les réglages ou le remplacement des compresseurs chargés d'assurer le brassage de l'air devient une étape fondamentale : « Nous travaillons les cahiers des charges pour définir ce que l'on veut, en termes de motorisation. On part ainsi sur des classes IE4, avec variation de débit », détaille Frédéric Yvorel. Le travail sur la motorisation peut-il aller jusqu'à opter pour un équipement uniquement en fonction de ce critère énergétique ? « Complètement, on peut choisir un équipement sur ce facteur », assure Frédéric Yvorel. La question ne se pose d'ailleurs pas que sur les nouveaux équipements. « Sur d'autres installations, on va se poser la question de comment on peut les rendre plus performante s? ». Avec des économies conséquentes, lorsqu'on se penche sur des équipements anciens. « Sur une installation qui a 10 ans, on peut arriver à 50 % d'économie », ajoute Frédéric Yvorel. La question de l'économie d'énergie s'intègre ainsi à une vision planifiée de la maintenance. Il ne s'agit pas seulement de réfléchir à la question au moment du changement d'équipements, mais de s'interroger régulièrement sur la balance entre le coût et l'efficacité. « On va regarder la fiabilité, si d'un point de vue des équilibres du moteur, il va bientôt tomber en panne. En fonction de cela, on peut programmer un changement anticipé », illustre ainsi Frédéric Yvorel. Un travail qui nécessite de planifier à long terme et de ne pas trop regarder à la dépense. « C'est compliqué pour beaucoup d'industriels d'opter pour des équipements plus efficaces dans des projets de salle propre déjà relativement coûteux. Ces équipements ou optimisations d'installation vont coûter plus cher à l'achat. Bien que le retour sur investissement soit rapide, ce ne sont souvent pas les mêmes budgets entre la phase de conception et la phase de maintenance ou d'exploitation de l'installation. Et donc, ça peut être compliqué, au début d'un projet, de convaincre un industriel d'opter pour un équipement plus cher, malgré les économies réalisées plus tard », constate Vincent Barbier pour NNE. Car les économies peuvent arriver très vite, malgré le surcoût à l'achat, comme en témoigne Frédéric Yvorel : « On se rend compte que le surcoût pour un moteur plus efficace n'est pas si important. Par exemple, sur une centrale, on a ajouté 10 % du prix au départ, mais on réalise au quotidien 25 % d'économie d'énergie ». Si le choix de l'équipement est crucial, il existe une deuxième tendance forte dans la gestion des flux d'air : les variations de flux. Avec l'émergence de modes réduits, à certains moments, lorsque l'activité du site est diminuée ou même arrêtée.

Moins d'air et d'eau utilisés, moins d'argent dépensé

« On met en oeuvre des modes réduits, sur les périodes nuits et week-ends, là où les gens ne travaillent pas », indique Frédéric Yvorel. « L'approche est de se dire : quand on a pas de présence d'hommes, abaissons les taux de renouvellement, et par ce biais, on va fortement diminuer la consommation des moteurs. » Un raisonnement limpide qui peut être un gisement important d'économie pour l'industriel. « On peut diviser la note par 3 ou 4 », précise Frédéric Yvorel. Les économies réalisées ne se font pas que sur l'air brassé dans la salle mais également, de manière indirecte, sur la gestion des températures. Avec moins d'air en mouvement, le chauffage ou le refroidissement se fait moins onéreux. Ce régime de fonctionnement intermittent n'est cependant pas adaptable à l'ensemble du secteur. « Changer le mode de fonctionnement, c'est un peu compliqué. Certaines industries fonctionnent 24/24 h. Il faut être sûr de ce que l'on fait et mettre des chiffres derrière », tempère Vincent Barbier, mettant l'accent sur les problématiques de qualification. Le site Merck de Martillac a dû en passer par là pour faire évoluer ces procédés. « Il faut qualifier cette baisse, on a dû prouver qu'on gardait la classification définie », indique Frédéric Yvorel. Un autre aspect d'économies, peut-être moins évident de prime abord que les circuits aériens, consiste à travailler sur la réduction de la ressource en eau. Un sujet sur lequel a réfléchi le coordinateur des installations du site de Merck Martillac. « L'alimentation en eau peut varier. Par exemple, l'hiver, on consomme moins d'eau glacée que l'été. Au lieu de soumettre les pompes à un nombre élevé de bars, on peut diminuer la pression. On va ainsi gagner beaucoup en énergie. »

Demain, tous économes ?

Comment les acteurs du secteur voient la question de l'efficacité énergétique évoluer à l'avenir ? « L'impact énergétique est un point sur lequel il faut sensibiliser les industriels et les accompagner dans leur démarche. Pour le moment, il s'agit davantage d'améliorer son image de marque par rapport à la consommation énergétique, que de se démarquer avec une réelle politique d'économie d'énergie par rapport aux autres », avance Vincent Barbier pour NNE. Frédéric Yvorel constate cependant une évolution sur ces questions : « Il y a 3 ans, on a commencé à en parler ; là, maintenant, c'est quasiment tout le monde qui en parle et qui est sensibilisé. On voit vraiment qu'il y a eu un effet lié à l'ouverture du marché de l'énergie et également un aspect écologie ». L'environnement pourrait-il faire accélérer le mouvement ? « Dans les laboratoires pharmaceutiques, on est très sensibilisés à l'écologie, produire de la façon la plus verte possible nos médicaments. C'est un critère qui est suivi sur l'aspect environnemental », indique Frédéric Yvorel. Autre point sensible, la réglementation par rapport à la salle propre qui est contraignante mais qui pourrait évoluer. « On travaille avec d'autres acteurs du secteur sur des points qui permettraient de redéfinir les classes énergétiques, cela pourrait entraîner des gains conséquents ». Le coordinateur des équipements de Merck Martillac plaide enfin pour impliquer toutes les composantes du site de production sur cette question de l'énergie : « De nombreuses personnes nous ont aidés à progresser, par exemple des spécialistes en termes d'audit. Nos employés du contrôle qualité ont également apporté une plus-value importante. Il faut aussi trouver les bons interlocuteurs ; pour le diagnostic, on a par exemple fait appel à un consultant ». L'efficacité énergétique des salles propres est donc loin de se limiter à une question de techniques et d'équipements.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Covid-19 : Une nouvelle piste thérapeutique antivirale avec la combinaison remdesivir-diltiazem

Covid-19 : Une nouvelle piste thérapeutique antivirale avec la combinaison remdesivir-diltiazem

En repositionnant des médicaments contre le Covid-19, des chercheurs lyonnais du laboratoire VirPath au Centre international de recherche en infectiologie ont démontré dans des modèles in vitro d’infection,[…]

10/08/2020 | CoronavirusCovid-19
Covid-19 : Le Canada signe deux accords pour s’assurer un accès aux vaccins

Covid-19 : Le Canada signe deux accords pour s’assurer un accès aux vaccins

Covid-19 : Plus d’un milliard de dollars du gouvernement américain pour J&J

Covid-19 : Plus d’un milliard de dollars du gouvernement américain pour J&J

Covid-19 : Résultats de phase I positifs pour le vaccin de Novavax

Covid-19 : Résultats de phase I positifs pour le vaccin de Novavax

Plus d'articles