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Emulsar potentialise les principes actifs

Raphaëlle Maruchitch

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Emulsar potentialise les principes actifs

Christophe Arnaud, gérant d'Emulsar

© Emulsar

La jeune société Emulsar a amélioré le principe de l'émulsion membranaire au moyen d'une stimulation mécanique. Résultat : des nanoémulsions fines et stables qui pourraient mettre en valeur des principes actifs.

Produire de très, très petites gouttes d'un liquide non miscible dans un autre : c'est ce que s'emploie à réaliser la société Emulsar. Au sein de ses locaux de la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, l'équipe de la jeune pousse produit des émulsions contenant des gouttes d'une taille entre 30 nanomètres et 1 micron. Là où, classiquement, les industriels atteignent des tailles de gouttes comprises entre un et dix microns. Et non seulement les émulsions obtenues par Emulsar sont fines, mais elles sont également stables. Pour arriver à cette prouesse, la société s'est fondée sur un procédé innovant d'émulsion membranaire.

Habituellement, dans une émulsion membranaire, une phase dispersée est poussée à travers les pores d'une membrane. Des gouttes se forment alors à la surface de la membrane, qui sont récupérées par l'entraînement de la phase continue. « Mais il y a deux soucis, explique Christophe Arnaud, gérant d'Emulsar. D'une part, les gouttes se décrochent à une taille bien supérieure à celle des pores. D'autre part, il arrive qu'une même goutte se forme sur la surface de deux pores. » Dans chacun des cas, même constat : les gouttes générées dépassent la taille souhaitée. Pour pallier cette difficulté, Emulsar a développé un concept. Une sollicitation mécanique a été ajoutée au principe d'émulsion membranaire pour décrocher correctement les gouttes de la membrane. Car « la finesse des gouttes permet d'apporter beaucoup d'avantages aux émulsions, comme la stabilité, précise Christophe Arnaud. Classiquement, il faut utiliser des polymères pour stabiliser les émulsions d'eau dans l'huile. Avec le procédé mis au point par Emulsar, on peut remplacer les polymères par des stabilisants alimentaires. » De plus, il est possible de travailler dans des solutions très concentrées, permettant de stabiliser de l'eau, en grande quantité, à l'intérieur du gras. Ou encore, la finesse des gouttes permet d'obtenir des solutions transparentes. D'où l'intérêt du procédé pour les industries agro-alimentaires et cosmétiques, qui représentent actuellement la majorité des clients d'Emulsar. Cependant, tout récemment, l'industrie de la pharmacie a rejoint ses clients.

« Actuellement, nous en sommes encore aux balbutiements dans le domaine de la pharmacie, prévient Christophe Arnaud. C'est un secteur qui nécessitait que nous soyons parfaitement au point sur notre métier. » Les clients potentiels d'Emulsar, laboratoires pharmaceutiques avec qui ils sont en discussion, se sont intéressés d'eux-mêmes à la nanoémulsion. En effet, les émulsions peuvent servir à la mise en valeur d'actifs, en les reformulant : protection contre l'oxydation, amélioration de la disponibilité, possibilité de concentrer et de faire mieux pénétrer les molécules... Par exemple, dans les gouttes d'eau d'une émulsion huileuse, il est possible d'enfermer des principes actifs aqueux, ainsi protégés de l'oxydation. « L'idée du concept n'est pas d'Emulsar. Mais ce que permet notre procédé, c'est de réussir à stabiliser de telles émulsions », ajoute Christophe Arnaud. La société est encore en train d'explorer les propriétés originales que pourrait servir le procédé. Un catalogue de mise en valeur d'actifs verra ainsi le jour en 2011.

 

Un investissement d'un million et demi d'euros dans la recherche

 

Selon le besoin de ses clients, Emulsar est en mesure de proposer plusieurs stratégies industrielles. Sur les sept personnes permanentes, plus les stagiaires et apprentis de l'équipe, cinq personnes travaillent en permanence sur le procédé et la formulation. « Nous avons commercialisé de la R&D et du développement, explique Christophe Arnaud. Nous mettons à disposition la technologie ». D'une part, Emulsar offre de travailler sur les actifs de ses clients et de les mettre en valeur, puis de vendre les ingrédients. Le pilote permet de produire jusqu'à une tonne d'émulsion. Mais la société est aussi en mesure de mettre à disposition le matériel, sous forme de location, avec éventuellement une licence sur le produit obtenu grâce à la technologie. « J'ai longtemps mûri l'idée de rendre industrialisable l'émulsion membranaire, se souvient Christophe Arnaud. Quand j'ai été prêt, j'ai quitté mon emploi, rédigé les brevets et créé la société ». Deux brevets sont déposés : pour la machine et le procédé. Christophe et son frère Frédéric s'associent, Emulsar est fondée en 2004. La jeune entreprise est lauréate du concours d'aide à la création d'entreprise, distinction qui lui permet de financer la moitié des recherches jusqu'en 2008. A cela s'ajoutent des contrats de codéveloppements avec des clients, une arrivée d'actionnaires encouragée par la loi TEPA, et depuis l'année dernière, le crédit d'impôt recherche. « Un million et demi d'euros a déjà été investi en recherche », estime Christophe Arnaud. La réalisation de la machine d'émulsion membranaire améliorée a nécessité beaucoup de savoir-faire techniques. Ainsi, avant même la création à proprement parler d'Emulsar, l'équipe a collaboré avec les laboratoires de l'Ecole Centrale de Paris, mettant à profit son savoir pluridisciplinaire.

Les prochains projets d'Emulsar concernent la mise au point d'une version industrielle de la machine. Le passage se fera directement du pilote à l'industriel, car il n'y a pas d'effet d'échelle pour la machine - la technique étant du reste modulaire. La version industrielle du pilote sera doublée d'une démarche d'accompagnement au sein de la société acquéreur de la machine : « la pose, la formation des techniciens, l'ajustement des paramètres en fonction de la spécificité des clients », détaille le cofondateur de l'entreprise. Les pièces de la machine sont commandées, puis assemblées chez Emulsar. D'ici là, Christophe Arnaud entend bien mettre en conformité leur atelier, selon les bonnes pratiques de fabrication. Le choix des matériaux a été pensé en ce sens, ils sont stérilisables, et possèdent pour la plupart les qualifications GMP requises par la FDA pour l'industrie pharmaceutique. Une autre série de brevets, pour l'applicatif, sera déposée en 2010.

Pour le moment, l'équipe se concentre sur les essais industriels. L'année 2010 devrait être à l'équilibre, estime Christophe Arnaud. Si Emulsar continue sur sa lancée, « il faudra que l'équipe se développe en 2012 », projette le cofondateur. Il semblerait que la mayonnaise ait pris.

 

 

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