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Elaiapharm, un site de production aguerri à la sous-traitance

Filiale du groupe pharmaceutique Lundbeck depuis 2009, le site de production Elaiapharm, dans les Alpes-Maritimes, réalise 50 % de son activité auprès de sociétés tiers. Une stratégie qu'il entend encore développer en s'attaquant au marché américain et à celui des molécules à plus forte valeur ajoutée encore en développement.

Il n'est pas donné à tous les sites de production pharmaceutique de pouvoir concilier la production de médicaments pour son propre groupe avec des prestations de sous-traitance pour des tiers. C'est pourtant un point fort de la société Elaiapharm, filiale du groupe pharmaceutique danois Lundbeck, installée à Sophia-Antipolis dans les Alpes-Maritimes. Ce site pharmaceutique, qui emploie environ 200 personnes entre les contrats CDD, CDI et l'intérim, et qui affiche 24 millions d'euros de chiffre d'affaires, tire cette double culture de son histoire. Construit en 1986 par la société Wellcome, puis passé sous pavillon GSK en 1995, il a donc débuté ses activités en tant que site industriel d'un grand laboratoire pharmaceutique. Son rachat par des investisseurs privés en 1997 l'a fait basculer à 100 % dans le monde de la sous-traitance. Puis avec sa reprise en 2009 par Lundbeck, le site s'est repositionné à 50/50 sur les deux prestations, grâce à la mise en place d'équipes dédiées. « Nous avons un historique dans la sous-traitance important que nous cherchons à valoriser », ajoute Bruno Bidault, directeur général d'Elaiapharm, qui n'exclut pas de faire grandir la part de la sous-traitance. Cette stratégie duale présente de nombreux avantages. Le premier est certes purement économique. « Nous avons des capacités disponibles. La sous-traitance nous apporte de l'activité qui permet d'optimiser l'occupation de nos lignes. Ce chiffre d'affaires supplémentaire permet également de réduire nos coûts de production, ce qui profite au groupe aussi bien qu'à nos clients externes », souligne Bruno Bidault. « Mais pratiquer la sous-traitance est aussi une école d'exigence et de rigueur. Elle oblige à être flexibles, réactifs, innovants dans la proposition de nouveaux services ». À chaque projet, c'est toute l'organisation qui est challengée. Aussi le contact avec des clients permet de garder une veille sur les tendances de marché et d'intégrer régulièrement de nouvelles technologies. À titre d'exemple, pour satisfaire des demandes pour le marché chinois, Elaiapharm a déjà équipé l'ensemble de ses lignes de conditionnement de solutions de sérialisation et d'agrégation .

Néanmoins, sous l'impulsion d'un management renouvelé en 2015, marquée au Danemark par l'arrivée de Kare Schultz en tant que président-directeur général de Lundbeck, et en France par celle de Bruno Bidault à la tête d'Elaiapharm, la stratégie de sous-traitance est en train d'être totalement repensée. Le site produisait en effet beaucoup de génériques, ce qui l'entraînait dans une guerre des prix difficile à gagner. « À mon arrivée, nous avons arrêté plusieurs contrats de production de génériques. Ceci a entraîné la perte d'une trentaine de postes. Mais aujourd'hui, grâce à la redéfinition de notre stratégie, nous avons l'ambition de nous développer », estime Bruno Bidault. Fort de ses deux technologies clés - la production de formes sèches et de médicaments stériles en flacons liquides ou lyophilisés, le site est aujourd'hui à la recherche de produits à plus forte valeur ajoutée, à plus petits volumes, faisant appel aux capacités de développement du laboratoire de recherche de Lundbeck installé à Copenhague. Sont notamment visées des molécules innovantes en phases cliniques II ou III qui pourront apporter de l'activité pour plusieurs années (5 ans minimum) à l'issue de leur mise sur le marché. Pour ce faire, Lundbeck se dit prêt à investir dans de nouvelles technologies pour les besoins du projet. Par exemple, Elaiapharm collabore depuis plusieurs années avec la jeune société Advicenne qui développe des médicaments sous forme solide, de type micro-comprimés, pour des enfants souffrant de maladies du système nerveux central (épilepsie), rénales ou orphelines. Ceci a nécessité le développement de poinçons de petite taille pour la fabrication de ces comprimés de quelques millimètres, et surtout un développement spécifique de la formulation et de l'enrobage du produit. C'est donc en tant que CDMO (Contract Development and Manufacturing Organization) et non pas seulement de CMO (Contract Manufacturing Organization) qu'Elaia-pharm se présente au marché. Un positionnement qui lui impose d'être aussi un spécialiste de la production de lots cliniques et de petits lots industriels.

 

Le marché porteur des molécules biotechs

 

Un autre métier prometteur sur lequel Elaiapharm compte bien se positionner est celui du conditionnement des nouvelles molécules biotechs qui constituent le gros des pipelines de la pharmacie mondiale. Dans ce domaine, les technologies de remplissage stérile et de lyophilisation, dont Elaiapharm est doté, jouent un rôle clé. L'entité, qui a déjà travaillé sur des projets de formulation de peptides de synthèse, compte bien approfondir ce sujet. À noter qu'Elaiapharm dispose également d'un savoir-faire rare avec des installations et des agréments spécifiques au domaine des narcotiques.

Pour mettre en oeuvre cette nouvelle stratégie, le site pharmaceutique pourra compter sur ses installations dernier cri. En effet, depuis le rachat en 2009, 60 millions d'euros on été injectés dans l'outil de production qui a été entièrement revampé. L'an dernier, a été mis en service le tout nouvel atelier de production stérile, tandis que l'atelier forme sèche est train de faire peau neuve. En dehors de ces deux espaces de préparation de la matière active, le groupe dispose d'un parc important de chaînes de conditionnement. Citons notamment la présence de 6 lignes blistereuses (dont 5 neuves) capables de produire 150 millions de blisters par an. La ligne de conditionnement « Top load », mise en service l'an dernier, a représenté 4 millions d'euros d'investissement. Cette ligne est tout spécialement dédiée au conditionnement de l'injectable Maintena (aripiprazole), indiqué pour le traitement de la schizophrénie et co-marketé par Lundbeck et le Japonais Otsuka Pharmaceutical. Ce conditionnement à la particularité de contenir 11 éléments différents (flacons, seringue, notice...).

Un dernier élément de la stratégie d'Elaiapharm va consister à partir à la conquête du marché américain. D'ailleurs, le site se prépare à un premier enregistrement de la FDA au plus tard en 2018, pour un produit de Lundbeck qui va bientôt faire son entrée sur le marché. « Le marché européen est trop limitant. On ne peut pas se passer du marché américain qui concentre 70 % des plus gros projets » ajoute Hervé Coinus, directeur commercial. Depuis cet été, le site a aussi reçu une première accréditation de l'agence japonaise du médicament (PMDA) lui ouvrant aussi les portes du deuxième marché pharmaceutique mondial.

Une approche de marketing directe pour trouver le bon partenaireHervé Coinus, directeur commercial d'Elaiapharm

« La production pour le groupe et la sous-traitance sont deux métiers complètements différents. Chaque année, nous avons une négociation avec le groupe pour connaître la capacité globale qui nous sera confiée. Pour ce qui est de la sous-traitance, nous gérons la prospection pour l'ensemble du groupe. En fonction des capacités disponibles et des technologies, la production se fera ici chez Elaiapharm ou au Danemark. Pour notre prospection, nous avons choisi de privilégier l'approche directe pour la recherche de médicaments à haute valeur ajoutée. Cela consiste à analyser les bases de données disponibles sur le marché qui répertorient toutes les molécules qui sortent. Nous sélectionnons les projets, en particulier en phase II et phase III, qui seraient compatibles avec nos savoir-faire en développement et production, puis nous contactons les laboratoires. Identifier le bon candidat revient à chercher une aiguille dans une botte de foin car beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte. Néanmoins, un bon projet peut nous assurer un partenariat sur du long terme et de l'activité pour plusieurs années ».

LUNDBECK EN BREF

- 2 Mrds € de chiffre d'affaires - 5 300 collaborateurs - 70 % du capital détenu par une fondation - 55 pays d'implantation - 1 siège et 1 centre de recherche à Copenhague - 2 sites de production de matières actives (Lumsaas au Danemark et Padoue en Italie) - 2 sites de production de médicaments (Valby au Danemark et Sophia Antipolis en France) - 4 domaines thérapeutiques : dépression, schizophrénie, Alzheimer, Parkinson

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