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Dossier : Un marché pharmaceutique français“atypique” en 2005

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Dans l'Hexagone, le marché des médicaments de spécialités a enregistré une hausse de 5,1 % en 2005, à 24,4 Mrds €, selon l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).
L'année dernière peut être considérée comme “atypique” car elle a été marquée par plusieurs facteurs exceptionnels. Notamment « la mise à disposition dans les officines de nombreux médicaments jusqu'alors vendus par les hôpitaux », contribuant à la croissance des ventes en ville et à leur décélération à l'hôpital. Sur des ventes totales de 24,4 Mrds €, les officines ont réalisé un chiffre d'affaires de 20 Mrds € (+ 6,6 %), contre 4,4 Mrds € pour les hôpitaux (- 1 %). Les ventes de médicaments en officine ont également enregistré une croissance en volume (+ 3,3 %), avec 3,28 milliards de boîtes vendues (cf. graphe suivant). « La progression constatée en 2005 est due en grande partie à la forte prévalence des syndromes grippaux », explique l'Afssaps. L'autre raison est la réforme des “marges arrières” mettant un terme aux avantages commerciaux consentis par les grossistes aux pharmaciens. Cette mesure a entraîné un surstockage des génériques par les officines en décembre dernier. L'objectif fixé à 70 % de génériques en 2006 devrait être atteint La progression des ventes des génériques est également imputable à leur meilleure pénétration du marché ainsi qu'à un élargissement des génériques autorisés par le répertoire de l'Afssaps. L'important différentiel de la progression volume/valeur s'explique logiquement par l'écart de prix et les classes thérapeutiques ciblées. Toutefois, cette différence semble s'atténuer avec l'élargissement du répertoire des substances actives plus onéreuses. Sur 2006, « l'objectif d'un taux de pénétration de 70 % pour les génériques sur le marché pharmaceutique devrait être tenu », a déclaré la Cnam. En novembre, le taux de pénétration annuel est évalué à 67,8 %, en tenant compte du nouveau répertoire élargi de juin 2006, avec notamment la pravastatine, contre 63 % en 2005. Ces bons résultats sont dus à de fortes progressions dans des régions très peuplées et traditionnellement faibles consommatrices de génériques, comme l'Ile-de-France (IDF) ou Provence- Alpes-Côte d'Azur (Paca). Des régions qui restent cependant à la traîne dans le classement (cf. encadré). Les Français toujours victimes de mauvaises habitudes de consommation Selon la Cnam, les Français sont toujours classés parmi les champions dans la consommation d'antibiotiques en Europe. Et ce, malgré une baisse des prescriptions depuis quelques années, des antibiotiques locaux retirés de la vente en 2005, une campagne de sensibilisation grand public et la mise à disposition de tests de diagnostic rapide de l'angine. Certes, les Français ont levé le pied sur les antibiotiques – 30 doses journalières pour 1000 personnes, soit une baisse de 13 % entre 2002 et 2005 – mais ils en avalent tout de même deux fois plus qu'en Allemagne et au Royaume-Uni et trois fois plus qu'en Hollande. Autre classe de médicaments montrée du doigt par la Cnam: les anti-ulcéreux, notamment les inhibiteurs de la pompe à protons. Leur consommation avoisine les 19 comprimés par an et par personne dans l'Hexagone, contre 12 en Allemagne. Soit en 2005, plus d'un milliard d'euros dépensés pour ce marché (+ 75 % depuis 2000). Autre spécificité franco-française: les médicaments psychotropes. En 2005, 19 % des personnes sondées par l'Office français des drogues et de la toxicomanie (l'OFDT) disent en avoir consommés, notamment 25 % des femmes contre 14 % des hommes. Un marché intrinsèque qui évolue La part relative des ventes de spécialités non remboursables continue de décroître. Même si cette décrue n'est pas très marquée en 2005. Cependant, la donne risque de changer sur les résultats de 2006, en raison des deux vagues de déremboursements. En officine, les spécialités remboursables soumises à prescriptions obligatoires représentent près de 75 % des ventes en valeur, tandis qu'elles n'excèdent pas les 53 % en volume. Quant au marché des spécialités non remboursables soumises à prescription, il est, en valeur, constitué par des contraceptifs oraux et quelques marchés très spécifiques. En volume, les spécialités non remboursables à prescription facultatives sont plus fréquentes (10,8 %) que celles soumises à prescription obligatoire (1 %). Si l'on observe les ventes de médicaments en pharmacie (cf. ci-contre), la classe des hypolipidémiants tient toujours le haut du tableau, avec un chiffre d'affaires sur 2005 de 1,3 Mrd € (+ 5,7 %). Ce rythme de croissance est donc moins soutenu qu'en 2004 (+ 7,8 %) et surtout qu'au cours des dix dernières années. Ils sont talonnés par les médicaments agissants sur le système rénine-angiotensine, qui ont bondi de 10,8 %, à 1,3 Mrd €. Suivent les médicaments contre les troubles de l'acidité, en perte de vitesse (-1,3 % à 1,1 Mrd €), alors qu'ils étaient toujours en hausse en 2004. Cette inversion de tendance n'est malheureusement pas due à la baisse des anti-ulcéreux, mais plutôt au développement important des génériques, notamment de Mopral, ainsi qu'à la mise en place de plusieurs TFR (Tarifs forfaitaires de responsabilité). On notera enfin les très fortes progressions de certaines classes thérapeutiques, comme les antithrombotiques (+ 11,7 % à 755 M€), soutenus par les ventes du Plavix. Mais également les médicaments du diabète (+ 14,4 % à 581 M€), les antiviraux à usage systémique (+ 34,5 % à 426 M€ et les thérapeutiques endocrines (+ 22,2 % à 391 M€). Les immunostimulants (+ 20,2 % à 472 M€) enregistrent une forte croissance en raison de la dynamique propre de cette classe, mais surtout grâce à la poursuite du transfert des ventes de l'hôpital aux officines. Tout comme les immunosuppresseurs (+ 44,4 % à 344 M€), dont les ventes ont été stimulées par la commercialisation en pharmacie d'Humira et à la forte progression d'Embrel. Dans les hôpitaux, on remarque une progression moins marquée des spécialités onéreuses en valeur. Comme les antinéoplasiques (+ 18,3 %, à 1,1 Mrd €) ou les antihémorragiques (+ 6,2 % à 366 M€), en raison de l'effet modérateur de la publication du prix de vente plafond. Les antianémiques chutent (- 40,3 % à 263 M€) car trois érythropoïétines sont désormais commercialisées en pharmacie. On note une croissance globale des immunosérums et des immunoglobulines (+ 15,8 % à 151 M€), expliquée par la hausse des traitements de substitution des déficits immunitaires primitifs. D'autres classes enregistrent une croissance à deux chiffres: les antimycosique à usage systémique (+ 19,3 %), les antithrombotiques (+ 10,6 %), les analgésiques (+ 10 %), les produits de diagnostic (+ 22 %) et enfin les psychoanaleptiques (+ 16,5 %). Cette classe est portée par les traitements de la maladie d'Alzheimer qui représentent les deux tiers des ventes. La réforme de l'Assurance maladie en toile de fond en 2006 Deux vagues de déremboursements valables un an ont été réalisées en mars et en octobre 2006, dans le cadre de la réforme de la Sécurité sociale (cf. CPH n°X). Si pour la fédération patronale de l'industrie pharmaceutique (LEEM), cette opération est « une mauvaise décision », d'autres fédérations professionnelles saluent cette réforme. Comme le Collectif national des groupements de pharmaciens d'officine (CNGPO), qui s'est dit « satisfait », estimant que cette opération s'inscrit dans « une démarche nécessaire d'éducation et de responsabilisation des Français à la santé ». Toutefois, le Collectif émet « des réserves quant à la durée d'un an » de ce déremboursement. Tous s'accordent cependant sur l'attente « d'études précises liées à l'efficacité du déremboursement sur les économies réalisées par la sécurité sociale ». Car pour l'instant, les bénéfices de ces mesures n'ont pas encore été prouvés. Au total, le gouvernement attend des baisses de remboursement – qui touchent 82 médicaments en 2003 et 301 en 2006 – des économies, évaluées à 263 M€ au premier semestre 2006 et comprises entre 70 et 100 millions d'euros en 2007. À noter également que le Leem vient d'obtenir une représentation au sein du Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) créé en 2003. « Cette nomination répond à une demande répétée des entreprises du médicament d'être associées aux réflexions sur l'évolution du système de santé et à la gouvernance concernant les enjeux de l'économie du médicament », a expliqué un porte-parole de la fédération. Si les Français semblent mitigés quant à la réforme de l'assurance maladie (51 % y sont favorables), les médecins y sont en revanche réfractaires (60 %). En détail, le dossier médical personnalisé remporte un certain succès (86 % des Français favorables et 71 % des médecins), contrairement à la poursuite de la politique de déremboursement (53 % des Français y sont favorables, pour 44 % des médecins).

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