Nous suivre Industrie Pharma

DNA Script automatise la production d'ADN par voie enzymatique

Sylvie Latieule

Sujets relatifs :

, ,
DNA Script en chiffres

2014 : année de création 27 M$ : financement total au 10 juillet 2018 - dont 13 M$ : première levée de série A en septembre 2017 avec Illumina Ventures, M Ventures (Merck KGaA), Sofinnova Partners, Kurma Partners et Idinvest Partners. - dont 2,7 M$ du concours de l'innovation de Bpifrance en juillet 2018 - dont 5,5 M$ de la Commission européenne (H2020) et Bpifrance en avril 2018 35 personnes : effectif en novembre 2018

DNA Script automatise la production d'ADN par voie enzymatique

Start-up DNA script de l'incubateur de l'ESCPI, Paris 5e, le 21/03/2017.

© Guillaume Murat

Créée en 2014, cette jeune société innovante développe une machine qui pourra produire des brins d'ADN sur mesure, en des temps record, pour des applications variées dont la PCR ou le diagnostic et les thérapies personnalisées.

Produire des brins d'ADN de qualité, de façon reproductible, dans des temps record, en utilisant un procédé de fabrication plus respectueux de l'environnement, c'est ce que se propose la start-up DNA Script, créée en 2014 par trois associés : Thomas Ybert, CEO, Sylvain Gariel, COO, et Xavier Godron, CTO. Aujourd'hui la synthèse de brins d'ADN est réalisée par voie chimique en s'appuyant sur la chimie des phosphoramidites. Un procédé éprouvé, datant des années 60, et déjà exploité par les grands acteurs de la biologie moléculaire comme les sociétés américaines Danaher ou ThermoFisher. Mais selon Sylvain Gariel, le procédé est long, fastidieux et peu écologique. D'où la proposition de réaliser cette synthèse dans l'eau, par voie enzymatique, avec un niveau de performance égalé, voire supérieur. « Une enzyme fait très peu d'erreurs et peut amener un niveau de performance supérieur à la chimie » estime le CTO. Pour cela, sa société souhaite développer une solution sous la forme d'une « imprimante à ADN », à l'image des séquenceurs d'ADN qui peuplent les laboratoires de biologie moléculaire. Pour faire fonctionner cette imprimante, il faudra utiliser des consommables : des nucléotides (ATGC), des enzymes pour la réaction de polymérisation, des solutions tampons. Le marché mondial est évalué à plus de 10 000 machines, et des centaines de millions de chiffre d'affaires pourraient être générés par la vente de réactifs. Les marchés applicatifs qui en découlent se chiffrent en dizaines de milliards car le besoin de fragments d'ADN est très important. L'une des toutes premières applications concerne les utilisateurs de PCR (Polymerase Chain Reaction). Une autre application pourrait toucher le domaine du diagnostic en oncologie. Au lieu de proposer le même test, basé sur une même séquence d'ADN pour tout le monde, la technologie de DNA Script pourrait permettre de personnaliser le test pour un diagnostic et traitement de la tumeur plus rapides. Enfin, cette future machine pourrait permettre de produire des gènes entiers transférables dans des génomes via la technologie CRISPR Cas9.

Un fragment de 150 nucléotides synthétisé de novo

Aujourd'hui, la société DNA Script, basée dans la pépinière d'entreprises de l'hôpital Cochin à Paris, emploie 35 personnes dans la capitale. Elle vient d'ouvrir une filiale aux États-Unis. Et les recherches ont bien avancé. À l'occasion de SynBioBeta 2018, la conférence de référence en biologie synthétique, à San Francisco, la jeune société a annoncé avoir fabriqué le premier fragment d'ADN de 150 nucléotides jamais synthétisé de novo à l'aide d'une méthode enzymatique, ce qui constitue une première mondiale. La technologie développée par DNA Script a atteint une efficacité de 99,5 % par cycle d'addition de nucléotide, ce qui est équivalent aux performances des méthodes chimiques traditionnelles. « Ce résultat confirme un peu plus le potentiel extraordinaire de cette technologie émergente. En mai, nous avions annoncé la synthèse d'un fragment de 50 nucléotides, une performance qui a été triplée en quatre mois seulement. En 2019, nous espérons atteindre des longueurs de plusieurs centaines de nucléotides. En quatre ans seulement, nous avons fait progresser la synthèse enzymatique d'une seule addition de nucléotides, à 150. Ce rythme de progression est bien supérieur à celui de la chimie des phosphoramidites à ses débuts », a déclaré, à cette occasion, Thomas Ybert qui désormais vise la fabrication de brins d'ADN de 1 000 nucléotides de longueur en une journée.

Un prototype de machine dans un an

Sylvain Gariel insiste sur cette annonce clé pour son entreprise. « On a montré que l'on a atteint la performance du standard du marché. Cela marque le début du développement de notre système complet », estime-t-il. Et il ne s'agit plus seulement de développer des procédés de synthèse de nucléotides et d'enzymes, mais il faut aussi se pencher sur le conditionnement des consommables dans des cartouches et sur la fabrication de l'ensemble de la machine, l'équivalent d'une imprimante jet d'encre de bureau. Un premier prototype sera dévoilé dans un an et une première version commerciale proposée dans deux ans.

Pour cela, la société va devoir changer d'échelle et bâtir une organisation adaptée à son développement. En plus de ses équipes de R&D qui travaillent depuis l'origine sur la synthèse par voie chimique de nucléotides adaptés à la technologie et la synthèse par voie enzymatique des oligonucléotides, de nouveaux spécialistes devront prendre le relais pour le développement de la machine et de ses consommables. Puis ce sont des experts du marketing et de la vente qui devront rejoindre l'équipe. « D'ici 24 à 30 mois, nous serons 90 personnes », estime Sylvain Gariel qui annonce déjà un déménagement de sa société en mai prochain pour rejoindre de plus vastes locaux dans le sud de Paris.

En attendant la commercialisation de premiers spécimens de machines, DNA Script commence à s'entourer de partenaires pour la production des différents composants de sa solution. Côté réactifs, les nucléotides et les enzymes sont achetés auprès de producteurs à façon en Europe, en Asie et aux États-Unis. « Au début, nos réactifs seront produits en externe. Dans le futur, selon l'échelle de nos productions, nous continuerons à externaliser la production ou nous la réintègrerons en interne pour optimiser nos marges et préserver nos secrets de fabrication », estime Sylvain Gariel qui n'exclut pas dans le futur des besoins de passage sous production GMP.

 

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Un financement de 2,6 M€ pour Polyneuron

Un financement de 2,6 M€ pour Polyneuron

La jeune société spécialisée dans les traitements à base de glycopolymères biodégradables pour lutter contre les maladies auto-immunes a annoncé la clôture d'un financement de 3,1[…]

Nanobiotix va intégrer le label Tech 40 d'Euronext

Nanobiotix va intégrer le label Tech 40 d'Euronext

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Des nanorobots biologiques à l'assaut du microbiome

Des nanorobots biologiques à l'assaut du microbiome

Plus d'articles