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Diminuer les consommations pour optimiser les coûts

Aurélie Dureuil

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CES RÉGLEMENTATIONS QUI IMPACTENT LES PRODUITS DE NETTOYAGE ET DÉSINFECTION

Alors que la directive biocide fait parler d'elle depuis de nombreuses années, les règlements Reach et plus récemment CLP viennent également impacter les produits et plus particulièrement leurs emballages. Publiée en 1998 au niveau européen, la directive Biocide a pour principal objectif « d'assurer un niveau de protection élevé de l'homme, des animaux et de l'environnement en limitant la mise sur le marché aux seuls produits biocides efficaces présentant des risques acceptables et en encourageant la mise sur le marché de substances actives présentant de moins en moins de risque pour l'homme et l'environnement », selon le ministère de l'Écologie, du développement durable et de l'Énergie. 2013 devrait être l'année des premières autorisations des produits enregistrés. En parallèle, les fabricants et importateurs de produits de nettoyage et de désinfection sont sollicités pour le règlement Reach. Entré en vigueur en 2007, il vise à enregistrer toutes les substances chimiques produites et importées en Europe afin d'évaluer leur impact sur l'homme et l'environnement. Enfin, le règlement CLP (classification, labelling and packaging) publié fin 2008 s'inscrit dans le système général harmonisé de classification et étiquetage. Déjà appliqué pour les substances et un certain nombre de mélanges, il a un impact visible sur les conditionnements des produits de nettoyage et désinfection et leur fiche de données de sécurité. Les pictogrammes de dangers, par exemple, ont été modifiés. Ces trois changements réglementaires modifient avec plus ou moins d'impact le marché des produits de nettoyage et désinfection.

Diminuer les consommations pour optimiser les coûts

DANS LEUR DÉMARCHE LEAN PACKAGING, LES LABORATOIRES ANIOS ONT AUGMENTÉ LA TAILLE DE LEURS FLACONS.

© © Laboratoires Anios

Les fabricants de produits de nettoyage et de désinfection constatent une recherche toujours plus grande d'une réduction des coûts combinée à une amélioration des étapes dans l'industrie pharmaceutique. Pour y répondre, ils détaillent les évolutions de gammes et les solutions liées à l'utilisation.

Réduire les coûts devient une préoccupation de tous les segments de l'industrie. Il n'y avait aucune raison pour que les opérations de nettoyage et de désinfection échappent à cette problématique. Christophe Dufour, responsable de la division Industries des Laboratoires Anios, le confirme : « L'industrie pharmaceutique évolue beaucoup et a entamé une réflexion sur ses coûts de production. Les services achats sont de plus en plus impliqués dans les commandes de produits ». Un constat fait également par Céline Lovato, responsable marketing et portfolio pharma de Diversey, une marque Sealed Air. « Sur les produits de grande consommation non formulés comme les alcools, les acheteurs nous demandent d'optimiser des prix. Sur les produits formulés spécifiques tels que ceux basés sur les ammoniums quaternaires ou le dioxyde de chlore, si l'efficacité est là, il n'y a pas de pression sur les prix », note-t-elle. Cette demande de réduction des coûts passe par une vigilance accrue sur les produits et leur utilisation.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de proposer un produit qui fait plus que ce que l'industriel a besoin. Il faut faire le juste nécessaire' », note Christophe Dufour (Anios). Afin de réduire les prix, le fabricant a notamment développé une gamme de produits de nettoyage pour laquelle il a revu le conditionnement. « Nous avons fait du Lean Packaging. Il s'agit d'un emballage qui correspond aux attentes réglementaires et qui est juste optimisé », précise le responsable de la division Industries d'Anios. Il indique ainsi s'être reconcentré sur « l'utilité de l'emballage », c'est-à-dire de garantir la stérilité du produit à l'utilisateur jusqu'à la fin de la péremption. Les Laboratoires Anios ont travaillé sur les volumes. Leurs bouteilles de 750 millilitres sont passées à 1 litre afin de contenir plus de produits tout en restant manipulables. Le choix des étiquettes a également été modifié. « Plutôt que d'avoir une ou deux étiquettes, nous privilégions une seule étiquette multi-feuillets », indique Christophe Dufour. Les Laboratoires Anios travaillent également sur les systèmes de diffusion avec aérosol. « C'est un emballage qui nécessite de l'aluminium, une poche, etc. C'est un produit relativement cher sur lequel nous avons entamé des réflexions », souligne-t-il. Une tendance que confirme Céline Lovato (Diversey-Sealed Air). « Les aérosols avec boîtier en alu produisent des déchets très difficiles à traiter. Les grands leaders de l'industrie pharmaceutique, soucieux de leur impact environnemental, nous demandent de trouver d'autres solutions. Les pulvérisateurs en plastique par exemple sont une alternative plus facilement recyclables ».

Outre les réductions des coûts des produits, l'industrie pharmaceutique cherche à optimiser les consommations de produits mais aussi d'eau et d'énergie au cours de leur utilisation. Tant dans une démarche de réduction des coûts que dans une politique de développement durable. « Nous sommes passés du nettoyage avec des solvants purs tels l'éthanol, l'acétone, etc., ayant un fort impact environnemental au nettoyage avec des produits à base d'eau. Aujourd'hui, la tendance se dirige vers un nettoyage optimisé avec un temps d'action réduit, une diminution de la consommation d'eau et d'énergie pour un nettoyage ayant moins d'impact sur l'environnement », constate Céline Lovato (Diversey-SealedAir). Jean-Marc Evanno, dirigeant de Devea Environnement note l'apparition de produits dits « écologiques » pour le nettoyage. « Parmi les nouvelles tendances du marché, l'une est d'aller vers les acides gras d'origine végétale. Ils permettent d'égaler le nettoyage actuel sans problème de résidu et de non biodégradabilité. Actuellement, de nombreuses entreprises utilisent des produits à double action (nettoyant-désinfectant) qu'ils ne rincent pas et qui laissent donc des résidus importants pouvant être à l'origine de biofilm », détaille-t-il. Outre l'utilisation de produits « verts », l'industrie pharmaceutique tente également de réduire les consommations d'eau et d'énergie liées à ces opérations. « Nous sommes beaucoup sollicités pour le nettoyage en place des équipements qui consomment plus d'eau et de produits que le nettoyage de surface », indique Christophe Dufour (Anios). La société a mis en place des indicateurs : de consommation d'eau, de produits, mais aussi de temps d'immobilisation des cuves. « Nous arrivons à réduire de 30 à 50 % les consommations d'eau. Pour l'utilisation des produits chimiques, nous effectuons une pré-qualification de la souillure pour nous assurer de la bonne dose d'emploi, avec toujours cette idée du juste nécessaire. Enfin, le temps d'immobilisation ne doit pas être négligé pour l'efficience industrielle », détaille le responsable de la division Industries des Laboratoires Anios.

L'optimisation des coûts liés à la désinfection passe également par la sécurisation de l'approvisionnement. La directive biocide qui impose l'évaluation des produits désinfectants pour l'obtention d'une autorisation de mise sur le marché bouleverse le marché. « En désinfection des surfaces par voie aérienne, pendant très longtemps, on utilisait le formaldéhyde. Depuis 2007, il faut justifier qu'aucune autre solution n'existe », note Jean-Marc Evanno. Le peroxyde d'hydrogène a depuis séduit les laboratoires. Cependant, des critiques commencent à poindre, et notamment pour ses aspect corrosifs sur les équipements de production. « Cette substance a l'avantage de se détruire en oxygène et eau. Cependant, c'est un produit instable qui doit être stabilisé avec un adjuvant chimique, lequel va produire des résidus et ainsi supprimer l'attrait numéro 1 de cette matière active », indique le dirigeant de Devea. La société a fait le choix de deux produits de peroxyde d'hydrogène stabilisés avec des procédés physiques sans adjuvant. La société associe ces désinfectant à son système de diffusion par voie aérienne utilisant un disque tournant. « Ce disque permet de calibrer les gouttelettes très précisément et proposer une désinfection de haute performance. Ce système permet de réduire la maintenance », détaille Jean-Marc Evanno. Chez Diversey, le produit développé à partir de peroxyde d'hydrogène a rapidement été abandonné au profit du dioxyde de chlore. « Des soucis de stabilité et la difficulté de manipulation par les opérateurs nous ont conduit à arrêter ce produit co-développé avec une société tierce. Nous nous sommes tournés vers le dioxyde de chlore que nous commercialisons depuis 2006 », précise Céline Lovato (Diversey). Parmi les matières actives à large spectre, Jean-Marc Evanno (Devea) cite également le dioxyde de chlore mais pointe la complexité de production de ce produit qui impose de réunir deux composants au moment de l'utilisation. « Aujourd'hui, l'industrie veut des produits simples à utiliser et qui ne puissent pas être source d'erreur », ajoute-t-il. Une limite que Céline Lovato (Diversey) assure pouvoir éviter : « Nos solutions sont proposées sous sache avec le couple base et activateur. Tout est déjà dosé pour l'utilisateur. Nous proposons également une version semi-prête à l'emploi c'est-à-dire que la dilution avec de l'eau qualité PPI a déjà été effectuée et il ne reste plus qu'à ajouter l'activateur ».

Face à ces nouveaux produits qui émergent avec la directive biocide, les industriels demandent une sécurisation de l'approvisionnement. Après avoir arrêté d'utiliser des produits comme le formol et engagé des coûts pour qualifier et valider de nouvelles solutions, les industriels veulent sécuriser leur procédé. « Des clients nous demandent une fixité de nos formules de 10 ans, ce que nous sommes à même de garantir, car la réflexion sur nos gammes produits autour de la directive Biocide et de Reach s'est faite dès la sortie des premiers textes », indique Christophe Dufour (Anios). Une demande également constatée par Céline Lovato (Sealed Air) : « Les laboratoires pharmaceutiques insistent surtout sur la pérennité des formules désinfectantes pour ne pas perdre le temps et le coût liés à une validation d'un produit. Ils veulent que leur fournisseur soit capable et s'engage à soutenir les produits dans le cadre de la directive biocide en composant et investissant les 300 € minimum correspondant au dossier de soutien ». La société a par exemple décidé de ne pas soutenir la javel pour un usage dans les salles blanches de l'industrie pharmaceutique. « Il s'agit d'un produit avec une péremption courte. Or le délai pour conditionner un produit stérile pour entrer en salle propre est de 2 à 3 mois. Le temps que la javel entre dans la salle, elle est déjà quasi périmée ! », indique la responsable marketing et portfolio pharma de Diversey (Sealed Air).


L'industrie pharmaceutique veut des produits simples à utiliser.

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