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Des ripostes aux terres rares chinoises

Julien Cottineau

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Plus de 95 % de la production mondiale pour seulement 36 % des réserves planétaires. L'archi-domination de la Chine dans l'exploitation des terres rares ne cesse d'inquiéter. Le Département américain de l'Énergie (DoE) s'est fendu d'un rapport portant sur la stratégie américaine à adopter pour ces matériaux primordiaux. Ce document publié mi-décembre cible 14 de ces 17 éléments chimiques essentiels à des productions de hautes technologies (smartphones, écrans plats, armement... ) et de technologies vertes (photovoltaïque, éoliennes, moteurs hybrides... ). Officiellement inquiets des risques de pénurie, les États-Unis veulent promouvoir localement les projets de prospection et de production. Aujourd'hui, un seul producteur américain d'oxydes de terres rares, Molycorp, est en activité. Le DoE pointe aussi l'urgence de collaborer avec l'Europe ou le Japon. Officieusement, les États-Unis veulent contrer rapidement la domination chinoise. D'autant que ces derniers mois, la Chine a pris conscience de l'importance des terres rares pour son industrie et de sa mainmise sur le marché. Réduction des exportations de moitié depuis 2004, hausse des taxes douanières, et même un embargo passager contre le Japon dans le cadre d'un incident diplomatique à l'automne dernier (CPH n°524). L'approvisionnement en terres rares est critique pour certains chimistes producteurs, formulateurs ou utilisateurs d'oxydes. Des groupes japonais se rebiffent aujourd'hui. Sumitomo vient de signer un accord avec Molycorp pour soutenir la construction d'une usine de 19 050 t/an à Mountain Pass, en Californie (531 millions de dollars d'investissements). Sumitomo pourrait injecter 130 M$. La construction doit démarrer le 2 janvier pour une mise en service au second semestre 2012. Sumitomo a aussi contracté une garantie d'approvisionnement sur sept ans, selon Reuters, et estime qu'il pourra compter à partir de 2012 sur des livraisons de 3 000 t/an de cérium et de lanthane et de 250 t/an de didymium à partir de cette future unité. Dès février prochain, Molycorp fournira déjà Sumitomo en lanthane et cérium (2 500 t/an) et didymium (250 t/an) grâce aux productions actuelles de sa seule unité (3 000 t/an à Mountain Pass). Ce seront les premières importations d'oxydes de terres rares d'une source non-chinoise pour Sumitomo. Toyota Tsusho se mobilise aussi. En Inde, sa filiale Toyota Rare Earths Orissa s'est rapprochée d'Indian Rare Earths et du Japonais Shin-Etsu Chemical pour la construction d'une unité de 3 000 à 4 000 tonnes d'oxydes de terres rares en Inde, d'ici à 2011. Unité qui serait alimentée en mélanges de chlorures de terres rares par le groupe Nuclear Power Corporation of India (NPCIL), maison mère d'Indian Rare Earths. Mélanges qu'il obtient comme coproduits de ses extractions d'uranium et de thorium à partir de monazites (minerais). A l'instar des chimistes japonais, d'autres acteurs mondiaux s'activent. Comme Rhodia dont la division Rare Earth Systems produit des formulations à base de terres rares pour des applications dans la catalyse automobile, l'éclairage ou l'électronique. En février dernier, le groupe français a ainsi renforcé son partenariat avec le groupe australien Lynas pour la construction d'une usine d'oxydes de terres rares en Malaisie d'ici à mi-2011. Face à la puissance chinoise, l'Australie, qui détient 5 % des réserves mondiales, la Confédération des États indépendants (CEI, 19 %) et les États-Unis (13 %) ont une carte à jouer. Mais vite. Car comme les usines d'extraction peuvent nécessiter plus de 10 ans avant d'être opérationnelles, la Chine n'a pas de quoi trembler dans l'immédiat.


 

 

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