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Des mesures drastiques pour sauver le LFB

Sylvie Latieule

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Des mesures drastiques pour sauver le LFB

© LFB

Le laboratoire pharmaceutique va opérer un recentrage sur son coeur de métier - la production de protéines plasmatiques ou recombinantes dérivées du sang -, tout en abandonnant sa diversification dans les biotechnologies. L'objectif est de mettre fin à ses importantes difficultés qui menacent l'équilibre de la filière française du sang.

Détenu à 100 % par l'État, le laboratoire pharmaceutique français LFB a annoncé un projet de suppression d'environ 120 postes en France, alors qu'il compte plus de 2 300 salariés, dont 1 800 dans l'Hexagone. Cette opération, qui passera par du volontariat dans le cadre d'une rupture conventionnelle collective, s'inscrit dans le cadre d'un vaste plan de restructuration, alors que le laboratoire rencontre d'importantes difficultés. À commencer par des problèmes de qualité au niveau de sa production, selon un tout récent rapport de la Cour des Comptes. Le laboratoire a reçu deux lettres d'injonction de la part de l'Agence nationale de sécurité du médicament des produits de santé (ANSM) début 2017, puis à la mi-2018, lui enjoignant de prendre des mesures correctives. Ces difficultés ont entraîné un ralentissement du rythme de production et une forte baisse du chiffre d'affaires. La cour des comptes fait état d'une perte de 152 millions d'euros en 2017, représentant plus de 30 % du chiffre d'affaires de l'année. Fin 2018, les ventes, en recul de l'ordre de 15 %, ont atteint 400 ME.

 

Près de 700 ME engloutis pour ses activités dans les biotechnologies

En réalité, le mal vient de plus loin. « Depuis le début des années 2000, le LFB a poursuivi une stratégie visant à diversifier son activité par un développement dans les biotechnologies. Cette diversification devait pallier la baisse tendancielle de la marge sur le fractionnement du plasma et anticiper le remplacement de certains médicaments dérivés du plasma par des produits issus des biotechnologies », explique le rapport de la Cour des Comptes. Depuis 2009, le laboratoire aurait ainsi englouti près de 700 M€ pour ses activités dans les biotechnologies, stratégie qui n'a pas apporté les bénéfices escomptés, et surtout pas de chiffre d'affaires significatif.

En outre, alors que les dirigeants du groupe donnaient la priorité au développement dans les biotechnologies, les activités plasmatiques ont souffert d'un déficit d'investissement. Jusqu'à ce qu'en 2015 un projet de construction d'usine à Arras (Pas-de-Calais) soit lancé (CPH n°764). Ce projet s'est accompagné d'une augmentation de capital par l'État de 230 M€ pour assurer son financement, alors que la nouvelle usine devait entrer en exploitation en 2020. Là encore, l'ampleur du projet a dépassé la capacité des dirigeants à le mener à bien. Décalé de 4 ans, il coûtera plus du double si tant est que soient trouvées de nouvelles ressources pour le financer.

CellForCure cédé à Novartis

C'est dans ce contexte que s'inscrivent les suppressions de postes, même si le LFB met en regard 60 embauches en production et en qualité en 2019, une fois que l'ANSM aura levé les injonctions sur son site industriel. Et 250 embauches à Arras quand l'usine entrera en service.

En parallèle, CellForCure, filiale de thérapies cellulaires et géniques, va passer dans le giron de Novartis, ce qui inclut l'installation de production de thérapies cellulaires et géniques située aux Ulis (Essonne), ainsi que les terrains adjacents (CPH n°870).

Enfin, LFB promet de se recentrer sur son coeur de métier : la production et la mise à disposition de ses 15 médicaments issus des protéines plasmatiques ou recombinantes utilisés en immunologie, en hématologie et en médecine d'urgence, auxquels s'ajoutent seulement quatre projets stratégiques de développement. Sur le plan commercial, la France va devenir la priorité, d'autant que le LFB est investi d'une mission de santé publique de fractionnement sanguin et de distribution prioritairement sur le territoire français pour satisfaire les besoins nationaux. À l'international, la stratégie sera plus « sélective », ne concernant que quelques médicaments clés sur des marchés ciblés.

« Ce projet de transformation stratégique est crucial pour l'avenir du LFB », a estimé Denis Delval, président-directeur général du LFB. Il l'est aussi pour toute la filière du sang qui, vingt ans après sa restructuration pour cause d'« affaire du sang contaminé », voit son équilibre économique menacé.

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