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Des étiquettes moléculaires contre la falsification

NICOLAS VIUDEZ

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Des étiquettes moléculaires contre la falsification

© Pixabay

Une équipe du CNRS a mis au point une technique d'identification à l'aide d'un polymère. La molécule, codée spécifiquement, aiderait à lutter contre les contrefaçons en proposant une identification difficilement falsifiable.

Comment garantir l'authenticité des implants médicaux ? À l'heure où ces dispositifs se généralisent, en même temps que les contrefaçons ou malfaçons, la question demeure ouverte. Le scandale des prothèses PIP a révélé, il y a quelques années, la nécessité d'assurer une traçabilité exemplaire. Même si elle est moins fréquente que la contrefaçon de médicaments, l'OMS estimait cependant, en 2009, que la contrefaçon touchait 8 % des dispositifs médicaux dans le monde. Avec des fraudes allant de la violation de brevet au reconditionnement d'un article original, par exemple pour modifier sa date de péremption. L'Union européenne impose aujourd'hui un label de traçabilité et des étiquettes normalisées sur l'emballage. Mais une fois ce dernier retiré et l'implant posé, comment garantir l'authenticité ? C'est le challenge qu'ont souhaité relever des équipes de l'Institut Charles Sadron du CNRS, du Laboratoire de recherche vasculaire translationnelle (université Paris 13/Inserm/université Paris Diderot) et de l'Institut de chimie radicalaire (CNRS/Aix-Marseille université). Leurs résultats ont été publiés dans la revue Angewandte Chemie International Edition datant du 5 juillet 2018. « Les marquages actuels des implants biomédicaux sont plutôt sommaires, constate Jean-François Lutz, chercheur au CNRS, il s'agit simplement d'un marqueur coloré, on retrouve aussi parfois le nom du fabricant mais peu d'informations supplémentaires ». Pour compléter les dispositifs actuels, les chercheurs ont choisi de développer un marqueur moléculaire, sous forme de polymère. « Chaque polymère est formé d'une chaîne de molécules, appelées monomères, que l'on va associer les uns aux autres. On utilise ces monomères comme un alphabet qui permet de coder et d'inscrire une séquence d'informations », détaille Jean-François Lutz. Un numéro de série peut ainsi être codé aisément par cette synthèse chimique. Dès le développement, les chercheurs ont intégré la dimension « marché » de leur produit, puisqu'ils ont opté pour des monomères simples et peu coûteux à produire.

Complexifier le code d'un produit

Le code ainsi formé par cet assemblage de monomères offre un nombre quasi illimité de combinaisons. Ce procédé est plus complexe à falsifier, il nécessite de maîtriser des techniques de synthèse chimique qui ne sont pas à la portée du premier contrefacteur. « C'est une synthèse robotisée, on utilise des machines qui remplacent et automatisent les différentes étapes, on a par ailleurs développé un logiciel qui peut lire ces séquences codées en quelques millisecondes », poursuit Jean-François Lutz qui reconnaît cependant qu'« un contrefacteur pourrait arriver à déterminer la séquence utilisée, mais cela nécessiterait du temps et de l'argent et même si le code est "cracké", l'industriel a la possibilité de changer cette séquence ».

La lecture de l'étiquette-polymère se fait par spectrométrie de masse, accessible à de nombreux laboratoires. Reste la question de l'accessibilité, qui dit étiquette dit accroche du marquage sur le dispositif médical. Là aussi, la petite taille du polymère permet de l'intégrer directement au produit que l'on souhaite marquer. « Nous utilisons des petites traces moléculaires de notre polymère, on va mélanger nos traces moléculaires codées directement avec le matériau du dispositif », souligne Jean-François Lutz. Cette implantation facilitée est un des avantages du polymère développé par les chercheurs qui peut être incorporé dans du plastique ou déposé sur des surfaces de verre ou de métal. Autre avantage, l'étiquette moléculaire reste dans l'implant et n'est pas relarguée dans le corps humain. Pour l'heure, la technologie a été testée sur des implants à base d'alcool polyvinylique introduits sur des rats. Après trois mois, les implants ont été extraits des animaux et l'analyse par spectrométrie de masse a alors montré que les polymères d'identification pouvaient être décodés sans ambiguïté.

Un spin-off alsacien dans les tuyaux ?

Le produit devra, dans les mois à venir, être soumis à des essais cliniques pour valider l'utilisation dans la pharma. En attendant, ce principe pourrait trouver d'autres débouchés, hors du secteur médical : jouets, cosmétiques, vins sont autant de produits régulièrement ciblés par la contrefaçon. La découverte pourrait vite quitter les paillasses pour faire l'objet d'un spin-off. « Nous sommes en train de travailler sur des transferts de technologie à l'échelle de l'Alsace. L'idée serait de créer une première société qui génère des codes moléculaires et les vende à des utilisateurs », ambitionne Jean- François Lutz. À quand le spectromètre de salon pour garantir l'authenticité de ses achats ?

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