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Les colubridés fournissent d'excellentes molécules candidates pour différents types de médicaments.

© © Ignacio Lombardo

De nombreuses molécules thérapeutiques sont produites à partir de venins de serpents, essentiellement des espèces munies de crochets. Les autres espèces dites colubridés posséderaient elles aussi des venins à exploiter par la pharmacie.

Si les charlatans font avaler des couleuvres, les industriels de la pharmacie pourraient prochainement utiliser leurs toxines. Des molécules thérapeutiques sont parfois synthétisées à partir de toxines provenant du venin des serpents. Elles proviennent quasiment toutes des serpents munis de crochets, les plus dangereux pour l'homme, comme les cobras, les vipères ou les crotales. « Ces serpents représentent environ 600 espèces alors qu'il y a plus de 2700 serpents avancés différents », précise Nicolas Vidal, maître de conférences rattaché au département « Systématique et Évolution » de l'unité Systématique, Adaptation, Évolution du Muséum National d'Histoire Naturelle. En passant en revue ces dernières avancées sur le sujet, l'équipe de Nicolas Vidal a mis en évidence l'énorme potentiel thérapeutique de ces venins des espèces restantes, regroupées sous la dénomination de « couleuvres » ou colubridés.

Ces espèces ont longtemps été considérées - à tort - comme sans danger et ne possédant pas d'appareil venimeux. « La plupart de ces espèces se nourrissent de petits vertébrés (amphibiens, lézards) et non pas de mammifères. Elles sont donc très peu responsables d'envenimations, notamment chez l'homme », explique le maître de conférences. Ce n'est que très récemment que les scientifiques ont commencé à s'intéresser aux colubridés. « Depuis 2000, des travaux avaient été effectués sur la systématique des serpents et la structure de leurs glandes venimeuses », souligne Nicolas Vidal. Et le constat fut surprenant : même si elles ne possèdent pas de crochets, les « couleuvres » possèdent des glandes supralabiales produisant du venin. « Sur les 2100 espèces de colubridés, pratiquement toutes sont venimeuses. Seuls les serpents dont le régime alimentaire est composé essentiellement de mollusques ou d'œufs ne possèdent pas d'appareil venimeux », explique Nicolas Vidal.

Un réservoir potentiel de molécules thérapeutiques

 

Les venins provenant des « couleuvres » possèdent une grande variabilité dans leur composition, parfois même au sein d'individus d'une même portée. « Le venin de ces espèces semble évoluer en fonction de plusieurs facteurs, comme l'alimentation, l'origine géographique ou encore l'âge du serpent », détaille le maître de conférences. En outre, les « couleuvres » sont capables de produire certaines familles de toxines particulières comme les véficolines (issues de l'espèce Cerberus rynchops) ou encore les métalloprotéinases 2. Comme chez les espèces à crochets, les toxines des colubridés ont pour fonction principale d'interférer avec les fonctions vitales, ce qui en font d'excellentes molécules candidates pour différents types de médicaments : pro et anticoagulants, hypotenseurs, analgésiques, molécules anti-cancer, antibactériens, ou encore antiviraux. Et ce type de propriétés ne serait pas seulement l'apanage des serpents, comme l'indique Nicolas Vidal : « Des travaux montrent que d'autres reptiles comme les iguanes et les varans possèdent eux aussi des glandes venimeuses dont le venin est peu exploité ». Avant d'ajouter : « Des chercheurs américains ont découvert que le venin de certains types de lézards avait des propriétés antidiabétiques ». D'ailleurs, des sociétés pharmaceutiques américaines sont en train de chercher un moyen pour exploiter ces substances à échelle industrielle. L'un des obstacles majeurs de l'exploitation des venins réside dans la faible quantité extraite des glandes des serpents. « La reproduction des molécules d'intérêt à grande échelle est possible grâce à des opérations de synthèse biochimique à partir de banques d'ADN complémentaires des toxines », précise Nicolas Vidal. Des techniques d'identification rapide et efficace des molécules d'intérêt ont été découvertes. Par exemple, le criblage à haut débit permet de tester de manière automatique des dizaines ou même des centaines de milliers de molécules candidates avec des cibles pharmacologiques. « Par la suite, l'élaboration de médicaments prend généralement quelques années, à partir du moment où les toxines sont isolées », estime Nicolas Vidal.

Le venin des « couleuvres » semble déjà susciter un grand intérêt auprès des laboratoires et des industries pharmaceutiques. Plusieurs projets de recherche sont prévus pour dévoiler les potentialités de ces toxines. A titre d'illustration, l'équipe de Nicolas Vidal a d'ores et déjà reçu une proposition de collaboration pour des recherches en toxicologie sur les toxines de colubridés de la part du technopole Sophia-Antipolis. Tout laisse donc penser que les venins de « couleuvres » ont encore de beaux jours devant eux dans l'industrie pharmaceutique...

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