Nous suivre Industrie Pharma

Des cellules jouent les caméléons

Aurélie Dureuil

Sujets relatifs :

Des cellules jouent  les caméléons

Embryon de drosophile en cours de fermeture dorsale.

© Fanny Serman et Stéphane Noselli (CNRS - Université de Nice)

Des chercheurs du CNRS ont caractérisé des cellules qui pourraient améliorer la cicatrisation.

Peut-on imaginer un joueur de foot changer de camp en plein match ? Et des cellules ayant déjà subi les étapes de différenciation changer d'identité ? C'est pourtant ce dont sont capables les « cellules caméléons ». Ces cellules découvertes et caractérisées par une équipe (CNRS - Université de Nice) de l'Institut de biologie du développement et cancer (IBDC). Ce phénomène qui a fait l'objet d'une publication dans PloS Biology a été étudié au cours de l'embryogenèse chez la drosophile, insecte régulièrement utilisé comme modèle, et plus particulièrement à l'étape de morphogenèse pendant laquelle se développent les formes et organes d'un organisme. « Pendant cette étape, les cellules se spécialisent grâce au mécanisme de différenciation et se regroupent ensuite dans des compartiments étanches par type. Les cellules du foie d'un côté, celles de la peau d'un autre, les neurones encore dans un autre compartiment, etc. », détaille Stéphane Noselli, directeur de recherche au sein de l'IBDC. Chaque compartiment peut être assimilé à une équipe de foot dont tous les joueurs affichent un même objectif. Et une fois les équipes formées et le match débuté, il ne viendrait pas à l'esprit d'un joueur de changer d'équipe et de fonction. Pour les cellules, c'est généralement la même chose. Sauf que les cellules découvertes par l'équipe de l'IBDC ne suivent pas ces principes. « Au sein de ces compartiments, les cellules obéissent à deux règles. D'une part, une fois différenciées, elles conservent cette identité qui leur est propre. D'autre part, les cellules d'un compartiment donné restent ensemble, ne se mélangeant jamais avec celles des autres compartiments. Ainsi, les cellules restent avec celles qui ont le même devenir, le même destin », précise le chercheur. Or, les cellules caractérisées par son laboratoire brisent ces deux principes fondamentaux, et ce dans des conditions normales. D'où le nom donné par l'équipe de recherche : cellules caméléons ou Mixer Cells en anglais. « Jusqu'à maintenant, ce type de comportement était observé rarement et uniquement au cours de la régénération ou dans certaines pathologies », indique Stéphane Noselli.

Une soudure « parfaite »

Ces cellules participent à la fermeture dorsale. Pendant le développement de l'embryon, la fermeture dorsale permet aux épidermes latéraux de se refermer pour recouvrir la partie dorsale. C'est là qu'interviennent les cellules caméléons. Elles changent d'identité. Elles franchissent ensuite les frontières « réputées infranchissables » des compartiments séparant chaque segment de l'embryon. La question se pose alors de savoir à quoi servent de telles cellules ? Les chercheurs ont remarqué que ce phénomène de changement de compartiment aurait une action positive sur le processus de fermeture dorsale. En effet, les cellules caméléons permettent à la soudure de se réaliser de « façon parfaite », c'est-à-dire sans cicatrice visible, en favorisant le relâchement de la tension tissulaire. Or le phénomène de soudure tissulaire qui se déroule lors de l'embryogenèse est semblable à celui de soudure d'une plaie au cours de la cicatrisation. La découverte de ces cellules intervenant pendant le développement de l'embryon pourrait ouvrir de nouvelles voies de recherches sur les mécanismes de cicatrisation chez l'adulte.

En effet, les chercheurs ont découvert que l'analogie avec la cicatrisation n'est pas seulement morphologique. L'équipe de Stéphane Noselli a également mis en évidence une analogie fonctionnelle. « La plasticité cellulaire de ces cellules caméléon est contrôlée par des gènes et des molécules spécifiques impliqués dans la fermeture dorsale mais aussi dans le mécanisme de cicatrisation tissulaire de la drosophile adulte. Il existe une relation entre ce mécanisme et la voie de signalisation mise en évidence il y a quelques années pour son importance dans l'embryogénèse et qui existe aussi chez les vertébrés », précise-t-il.

Ces conclusions posent de nombreuses questions qui pourraient être à l'origine de nouvelles recherches. En effet, bien que le processus de fermeture dorsale de l'embryon de drosophile soit considéré comme un modèle de la cicatrisation de l'adulte, les travaux restent à être menés. « Nos recherches mettent en évidence ce type de cellules avec un comportement particulier qui pourrait améliorer la soudure », se félicite le directeur de recherche qui pose déjà d'autres questions : « Est-ce que ces cellules interviennent dans la cicatrisation chez l'adulte ? Peuvent-elles amener à trouver une voie pour favoriser la cicatrisation ? » Et permettre des développements de la médecine régénérative ?

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Le cheval de Troie de Medesis

Le cheval de Troie de Medesis

La société de biotechnologie Medesis Pharma développe une technologie, baptisée Aonys, une microémulsion eau dans l'huile, qui permet l'administration de faibles doses d'actifs pharmaceutiques par[…]

Des bactéries qui vivent à fleur de peau

Des bactéries qui vivent à fleur de peau

Des nanoparticules lipidiques contre le VIH

Des nanoparticules lipidiques contre le VIH

Une puce contre la résistance aux antibiotiques

Une puce contre la résistance aux antibiotiques

Plus d'articles