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Des animaux à l'homme, une santé partagée

Mathilde Lemarchand

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Des animaux à l'homme, une santé partagée

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La crise sanitaire et l'émergence du SARS-CoV-2 ont mis en lumière les liens étroits entre santé humaine et animale. Des chercheurs s'activent pour mieux comprendre et mieux anticiper de futures pandémies.

Chauve-souris ou encore pangolins... Depuis plus d'un an, beaucoup de théories incriminant différentes espèces animales fleurissent sur l'origine du coronavirus SARS-CoV-2, le virus responsable du Covid-19.

À l'occasion de la journée mondiale de la santé et après un an de pandémie, l'Anses (l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a tenu une conférence pour faire le point sur les liens étroits entre la santé humaine et la santé animale, en mettant l'accent sur une famille de virus au coeur de l'actualité, celle des coronavirus.

« En vingt ans, il y a eu trois émergences de coronavirus, le SARS, le MERS et le SARS-CoV-2, toutes trois très vraisemblablement liées à une contamination initiale par une espèce animale qui a servi de relais entre la chauve-souris et l'Homme », rappelle Gilles Salvat, directeur général délégué et directeur Santé et Bien-être animal de l'Anses.

« L'épidémie actuelle de Covid-19 a mis en lumière ces interactions et le fait qu'on ne peut pas traiter la santé humaine sans se préoccuper de la santé animale, et inversement », souligne-t-il. Une idée qui a émergé dans les années 2000, suite aux travaux de Jakob Zinsstag, aboutissant au concept One health qui repose sur le fait que « nous partageons avec les animaux la même planète et les mêmes agents pathogènes et maladies infectieuses. »

Un lien qui remonte à l'Antiquité

Cette conception n'est toutefois pas nouvelle. « Cette idée existe depuis l'Antiquité, alors que beaucoup de travaux d'études comparées faisaient déjà le lien entre la santé humaine et la santé animale », rappelle Gilles Salvat.

Une imbrication entre la santé des hommes et celle des animaux confirmée par les chiffres : « 60 % des maladies infectieuses sont communes à l'homme et à l'animal et 75 % des maladies infectieuses émergentes sont d'origine animale », chiffre l'Anses. En cause, le rapprochement entre les hommes et les animaux. « Tout a probablement commencé avec la chasse et la domestication qui ont entraîné une coévolution des maladies humaines et animales », rappelle Gilles Salvat.

« Pour la recherche de nourriture, de ressources ou pour établir des grandes cultures, l'Homme s'est introduit dans des milieux, comme les forêts primaires, qui disposent d'une grande biodiversité, qu'elle soit animale, végétale, virale, bactérienne ou parasitaire. Cela a pu favoriser le franchissement de la barrière interespèce par certains agents pathogènes. »

D'autres causes plus contemporaines ont aggravé cette perméabilité entre l'homme et l'animal, comme le réchauffement climatique ou la destruction de certains écosystèmes. Mais pour passer de l'animal à l'homme, il faut aussi un virus capable de s'adapter, soit une des caractéristiques essentielles des coronavirus.

Des coronavirus qui passent d'une espèce à l'autre

L'Anses étudie ainsi les coronavirus depuis plus de 40 ans en raison de leur forte présence chez les animaux domestiques et sauvages. Des recherches qui ont pour objectif de comprendre les différentes possibilités de transgression de la barrière inter-espèce. Car si la piste du réservoir animal est celle privilégiée pour le SARS-CoV-2, de nombreuses lacunes nous empêchent encore de comprendre le franchissement entre les espèces.

« Il existe une grande diversité de coronavirus dans de multiples espèces animales. En outre, les franchissements de la barrière d'espèces ne sont pas rares », explique Nicolas Eterradossi, directeur du laboratoire Ploufragan-Plouzané-Niort de l'Anses.

Et si les coronavirus peuvent s'adapter à différentes espèces animales, c'est en partie en raison de leur potentiel hautement évolutif, qui s'explique par leur génome à ARN. « Les coronavirus sont capables d'accumuler dans leur génome des mutations, c'est-à-dire des erreurs de copie de leur information génétique. Pour se multiplier, les coronavirus doivent faire des copies de leur information génétique, qui est portée par de l'ARN, comme d'autres virus comme celui de la grippe. Or le mécanisme biochimique de copie de l'ARN commet plus d'erreurs que celui de l'ADN », détaille Nicolas Eterradossi.

Il s'agit d'un premier mécanisme qui permet d'expliquer le caractère hautement évolutif des coronavirus, mais il en existe un second, propre à cette famille virale, comme poursuit le directeur du laboratoire de l'Anses : « Le phénomène de recombinaison est très important chez les coronavirus. Quand deux coronavirus sont présents dans la même cellule en même temps, l'enzyme chargée de copier l'information génétique peut se raccrocher au mauvais modèle et engendrer, de façon purement aléatoire, un coronavirus chimère. C'est de cette façon que les coronavirus s'accaparent des gènes qui sont normalement absents de leur génome. Pour le SARS-CoV-2, c'est avec ce mécanisme de recombinaison qu'est apparu le gène codant pour la protéine de la spicule du virus, qui lui a permis d'accéder à de nouveaux récepteurs. »

À l'heure où la multiplication de variants alerte sur la capacité à maîtriser l'épidémie, identifier quelles espèces animales peuvent être infectées par de multiples espèces de coronavirus demeure plus que jamais crucial pour comprendre et anticiper l'émergence de nouveaux virus.

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