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Des achats groupés pour faire des économies de santé

Sylvie Latieule

L'an passé, le groupement d'acheteurs hospitaliers UniHA a permis à ses adhérents de réaliser 185 ME d'économies sur leurs achats, dont plus de 50 % au niveau des achats de médicaments.

Plus de 700 représentants d'entreprises se sont rendus, le 21 mars, au Palais des congrès d'Issy-les-Moulineaux à l'invitation d'UniHA. Ce réseau coopératif d'achats groupés des établissements hospitaliers publics français tenait sa convention annuelle en présence de ses fournisseurs, dans un contexte de transformation profonde de l'hôpital. En effet, depuis juillet 2016, le territoire français compte 135 groupements hospitaliers de territoire ou GHT, correspondant à la coopération entre plusieurs établissements publics de santé voisins. Créés à l'initiative de Marisol Touraine, ex-ministre de la santé, ils procèdent d'une double volonté : faire en sorte que les établissements publics d'un même territoire définissent une stratégie de prise en charge partagée autour d'un projet médical commun et qu'ils gèrent ensemble certaines fonctions transversales comme les systèmes d'informations, les plans de formation ou la fonction achat.

Et c'est sur ce dernier segment qu'intervient UniHA. Fort d'un effectif d'une centaine de personnes, ce collectif a géré, l'an passé, 3,44 Mrds E d'achats groupés pour le compte de 671 hôpitaux répartis dans 72 GHT. Ces achats ont permis des économies de 185 ME en 2017 contre 124 ME un an plus tôt.

UniHA ne fédère pas les achats de tous les hôpitaux publics français, même s'il progresse au fil des années. À titre de comparaison, la dépense hospitalière totale s'est élevée à 23 Mrds E, l'an passé, en France, tandis que l'ensemble des opérations d'achats mutualisés ont permis un gain de 603 ME. Et cet effort sera poursuivi : l'objectif du ministère de la Santé est d'atteindre 2,6 Mrds E d'économies sur la période 2018-2022. « Aussi volumineux soient-ils, ces gains sur achat sont décisifs, mais comptent finalement moins que la capacité de l'hôpital à assurer qualité, continuité et sécurité au service de nos patients et de l'ensemble des personnels médicaux et soignants qui les accompagnent », a cependant complété Charles Guépratte, président d'UniHA. Il a même parlé de stratégie gagnant-gagnant entre hôpitaux et fournisseurs, probablement pour ne pas décourager ces derniers, alors qu'ils devront poursuivre durablement des efforts les prix.

 

Le médicament, principale famille d'achats

Si l'UniHA communique sur

16 familles d'achats pour couvrir l'ensemble des besoins de l'hôpital tels que l'hygiène, la fonction linge, la restauration, ou la bureautique, l'achat de médicament reste néanmoins un poste clé de la vie d'un hôpital. C'est d'ailleurs la plus importante famille d'achats au sein d'UniHA avec un volume de 2 269 ME en 2017 (66 % des achats totaux) et un gain sur les achats estimé à 96 ME (52 % des économies).

Parmi les sujets évoqués cette année lors de la convention, le thème de la sérialisation des médicaments a occupé une place importante. En effet, à compter du 9 février 2019, le principe de la sérialisation va devenir obligatoire dans toute l'Europe, dans l'objectif de lutter contre la contrefaçon. Sur ce sujet, on parle souvent de l'impact de la mesure sur les fabricants de médicaments qui auront obligation d'investir pour apposer sur les boîtes un code datamatrix avec code CIP, numéro de lot, numéro de série et date de péremption, le tout complété d'un système d'inviolabilité et associé à des systèmes d'information communicant avec l'organisme européen EMVO. En revanche, on évoque moins les pharmacies, officinales et hospitalières.

 

Sérialisation : des millions de boîtes à vérifier

Elles seront aussi mises à contribution dans la mesure où elles devront s'assurer que les produits qu'elles dispensent ne sont pas des copies. Dans le monde, on estime à 10 % la part des faux médicaments qui circulent tous canaux confondus (dont Internet). La France est peu perméable. Mais Alexandre Rieucau, responsable filière chez GS1, a indiqué que des médicaments contrefaits auraient déjà été détectés en milieu hospitalier en Europe.

Pour les hôpitaux, cette sérialisation passera par une lecture une à une des codes inscrits sur les boîes avec interrogation de la base centrale EMVO. Or Patrice Mazaud du CHU de Lille a expliqué que, dans son établissement, ce sont 1,3 million de boîtes qu'il faudra scanner chaque année. De l'ordre de 5 000 par jour ! « C'est une activité nouvelle et supplémentaire qui sera demandée » a-t-il constaté, alors que le CHU de Lille est loin d'être le plus important établissement de France. Dès lors, le challenge pour les hôpitaux sera de s'engager vers plus d'automatisation, tant au niveau du stockage que de la dispensation des médicaments à travers l'usage de scans au doigt de l'opérateur, une vérification des codes au niveau du fagot ou du carton (agrégation), un usage renforcé des d'armoires automatisées de dispensation... Le tout piloté par des logiciels de gestion des produits pharmaceutiques qui devront remplir les conditions attendues. Des acheteurs d'UniHA pourront être sollicitées pour fournir les hôpitaux en matériels adéquats.

Quel degré d'avancement pour l'ensemble du dispositif ? A priori, il y a déjà du retard sur les volumes de données fournies par les fabricants à l'EMVO. « Sur les 2 271 fabricants recensés en Europe, fin février, ils n'étaient que 10 à avoir accompli l'ensemble des tests », a ajouté Alexandre Rieucau, rappelant que le process mis en place prévoit que tout devra fonctionner simultanément, et pour la première fois, à la date du 9 février 2019. Un challenge qui sera énorme à relever.

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