Nous suivre Industrie Pharma

« Dans notre métier, ce qui fait la différence, c'est le rapport qualité-coût»

À la tête d'Alloga France depuis quelques mois, Sébastien Drouillet, directeur général, revient sur les spécificités du métier de dépositaire pharmaceutique et les clés du succès dans un environnement concurrentiel particulièrement disputé.

Industrie Pharma : En quoi consiste le métier de dépositaire pharmaceutique ?

Sébastien Drouillet : Il faut voir le dépositaire comme une extension des laboratoires pharmaceutiques. Ce métier est régi par l'article 5124-2 du Code de la santé publique. Il consiste à stocker et à transporter des médicaments et autres produits de santé pour le compte de laboratoires installés en France ou à l'étranger. Contrairement aux grossistes répartiteurs, nous n'achetons pas les stocks de médicaments. Nos clients sont donc les laboratoires pharmaceutiques. Nous livrons leurs produits à une clientèle basée sur le territoire français qui peut être constituée de grossistes répartiteurs, d'hôpitaux et des 22000 officines que compte notre territoire.

 

Est-ce que tous les laboratoires sont tenus de faire appel à un dépositaire ?

S.B. : Les laboratoires peuvent avoir différentes stratégies. Certains ont une logistique intégrée et livrent directement les officines, les hôpitaux ou les grossistes répartiteurs. D'autres préfèrent externaliser cette fonction pour se concentrer sur leur coeur de métier qui est la recherche et le développement de nouvelles molécules. Avec la montée en puissance des génériques et la pression qui s'exerce sur les coûts, le recours à l'externalisation permet aussi de variabiliser les coûts logistiques.

 

Cela signifie-t-il que votre société évolue sur un marché en croissance ?

S.B. : L'externalisation est de plus en plus forte, mais le marché pharmaceutique est en déflation car le prix des médicaments baisse et cela impacte toute la chaîne logistique. Le contexte du marché nous oblige à trouver des solutions de plus en plus optimales pour assurer le renouvellement de nos contrats. Par ailleurs, il y a une forte concurrence sur ce marché, puisqu'en France il existe une dizaine de dépositaires. Nous sommes en concurrence avec des laboratoires qui gèrent en direct leur logistique ainsi qu'avec des logisticiens généralistes qui s'orientent vers la pharmacie comme UPS, DHL ou Geodis. C'est un marché très disputé.

 

Avant de dévoiler votre stratégie pour vous adapter à cette donne, pouvez-vous présenter votre société Alloga France ?

S.B. : Alloga appartient au groupe international Walgreens Boots Alliance qui est le fruit de la fusion de Walgreens et Alliance Boots en décembre 2014. Ce groupe possède trois divisions. La première est la division Retail Pharmacy USA qui est propriétaire des pharmacies Walgreens aux États-Unis. La deuxième est la division Retail Pharmacy International qui possède notamment la chaîne de pharmacie Boots au Royaume-Uni. La troisième division, Pharmaceutical Wholesale, regroupe plusieurs entités dont le grossiste répartiteur Alliance Healthcare, le dépositaire Alloga ou des activités comme Skills in Healthcare. Alloga France, dont j'assure la direction depuis le mois de septembre, possède 5 centres de stockage. 4 d'entre eux ont le statut d'établissements pharmaceutiques et sont régulièrement audités par l'ANSM. Le cinquième est dédié aux dispositifs médicaux, ce qui ne nécessite pas le statut d'établissement pharmaceutique. Nos installations travaillent sur les deux plages de température, 15-25 °C et 2-8 °C. Dans les deux cas, ces températures sont garanties dans les zones de stockage, de préparation de commande et d'expédition. Au total, nous disposons d'une capacité de stockage de 100 000 emplacements palettes, ce qui correspond au total à plus de 100 000 m2. Cette activité emploie quelque 600 personnes. En revanche, nous n'avons pas de flotte intégrée pour le transport des médicaments. Nous préférons travailler avec des prestataires spécialisés pour avoir plus de flexibilité. Je suis également président de Skills in Healthcare, activité spécialisée dans la relation officinale, qui emploie 200 personnes supplémentaires. Cet ensemble, Alloga et Skills in Healthcare, représente un chiffre d'affaires de 135 millions d'euros sur le territoire français.

 

Comment votre société Alloga se démarque-t-elle de la concurrence ?

S.B. : Dans notre métier, ce qui fait la différence, c'est le rapport qualité-coût. D'un côté, nous devons suivre les recommandations des laboratoires et avoir le meilleur service possible à un coût compétitif. Pour l'heure, le taux de qualité de notre service, mesuré auprès de notre clientèle, est supérieur à 99,5 %. Cela signifie que nous n'avons quasiment aucune réclamation de la part de notre clientèle. Et il est très important de proposer des prestations de très haute qualité car c'est l'argument que nous avançons auprès de nos clients, les laboratoires pharmaceutiques. Nous travaillons selon les bonnes pratiques de distribution et nous disposons d'un service assurance qualité important avec un pharmacien responsable dans chacun de nos établissements. Mais d'un autre côté, dans les services achats des laboratoires pharmaceutiques, on rencontre de plus en plus de professionnels qui viennent de la grande distribution. Les standards de la grande distribution, et en particulier la pression qui est exercée sur les fournisseurs, sont en train d'intégrer le monde pharmaceutique, ce qui nous oblige à tendre vers un modèle plus pointu et plus optimisé pour avoir des coûts toujours plus compétitifs tout en maintenant des standards de qualité d'ordre réglementaire.

 

Justement, comment vous y prenez-vous pour maîtriser vos coûts ?

S.B. : Dans notre métier, ce qui est primordial c'est la bonne gestion des stocks de nos clients laboratoires. Pour cela, nous sommes aidés par un système informatique, le WMS ou Warehouse Management System. Il nous permet de travailler en flux tendu en collaboration avec les laboratoires pour qu'ils soient à même de gérer au mieux leurs stocks disponibles sur nos sites. Par ailleurs, ce système est capable de tracer toutes les palettes que nous réceptionnons, avec des données sur les lots, dont les dates de péremption, ainsi que leur emplacement. Pour l'heure, nous assurons une traçabilité à la palette dans la continuité des laboratoires pharmaceutiques avec lesquels nous pouvons être interfacés informatiquement. Demain avec la sérialisation, nous devrons probablement éclater ces palettes pour enregistrer individuellement chaque boîte de médicament. Ceci risque de peser sur notre productivité. C'est pourquoi nous travaillons actuellement avec les transporteurs et les laboratoires pour améliorer les interfaçages au niveau de notre système WMS et ne pas induire de coûts supplémentaires liés à la sérialisation.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

 Transformation digitale : "Le sujet de la digitalisation est en perpétuel mouvement"

Transformation digitale : "Le sujet de la digitalisation est en perpétuel mouvement"

Vice-président Sales and Operation EMEA Pharma du groupe Aptar, Yann Ghafourzadeh va présider le prochain colloque du cluster Polepharma consacré à l’industrie du futur. Dans cette interview, accordée[…]

Eau pharmaceutique : Une ressource sous haute surveillance

Eau pharmaceutique : Une ressource sous haute surveillance

Enquête Normandie : Une stratégie conquérante dans la pharmacie

Enquête Normandie : Une stratégie conquérante dans la pharmacie

Enquête Normandie

Enquête Normandie

Plus d'articles