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Covid-19 : Xenothera impatient d'évaluer son traitement

NICOLAS VIUDEZ

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Covid-19 : Xenothera impatient d'évaluer son traitement

© © Arnaud VAREILLE

La biotech nantaise Xenothera développe Xav-19, un anticorps prometteur en traitement du Covid-19. Financement, développement, production… Odile Duvaux, présidente de Xenothera, revient sur l'activité, ces derniers mois, de la biotech et détaille ses ambitions pour ce projet.  

 

Dans la famille des moyens de lutte contre le Covid-19, il n’y a pas que les vaccins ni les projets issus des grands laboratoires. Une biotech nantaise s’est positionnée dès le mois de mars sur un traitement contre le Covid-19, à partir d’un anticorps dont l’action se veut similaire à celle de la réponse immunitaire de l’organisme.

Appelé Xav-19, ce candidat-médicament est positionné pour les patients au début de l’hospitalisation. Le traitement ne comporte pas de limite d’âge, ni de contre-indications majeures en dehors de celle concernant les traitements par anticorps. De quoi susciter de l’espoir, avant le passage imminent de Xav-19 en phase clinique.  

Un essai de phase II sur le point de démarrer 

« Nous prévoyons de démarrer une phase clinique IIa programmée pour durer deux mois avec une phase IIb qui s’enchaîne directement à la suite. Nous avons prévu un délai de quatre mois pour la réalisation de l’essai », détaille Odile Duvaux, présidente de Xenothera.

Initialement annoncé pour fin juin, le démarrage de l’essai est en attente de l’autorisation définitive de l’ANSM. Le calendrier de cet essai doit aussi s’adapter à une épidémie dans le creux de la vague. Faute de patients, de nombreux essais cliniques sont ainsi ralentis voire reportés. « Nous mettons le maximum de moyens de notre côté pour avancer sur cet essai, en mobilisant les centres mais le retard pris en France ne nous aide pas », souligne Odile Duvaux.

Xenothera évalue aussi la possibilité de travailler avec des pays dans lesquels l’épidémie est « plus active qu’en France ». Pour parvenir à son objectif, Xenothera peut compter sur un trésor de guerre de plusieurs millions d’euros, récoltés ces derniers mois, en commençant à l'échelon local. 

Un financement local très réactif 

Depuis le début de l’année, Xenothera est ainsi parvenu à récolter plus de huit millions d’euros. Une somme qui a dépassé ses attentes, alors qu'initialement la biotech visait les trois millions d’euros pour produire un premier lot clinique de Xav-19.

Les financements ont afflué dès le lancement du projet, grâce à la contribution des acteurs locaux. « Dans les 15 premiers jours, nous avons eu un retour du grand public via un appel aux dons et un soutien immédiat de la région Pays de la Loire puis de Nantes Métropole. Une réactivité qui fait que nous avons eu 500 000 euros de financements en un mois », se félicite Odile Duvaux.

Si l’écosystème local a accompagné le projet de Xenothera, la présidente de la biotech garde un souvenir plus mitigé des appels à projets nationaux. « Pour l’appel à projets de l’ANR (Agence nationale de la recherche), nous avons eu un retour négatif à la fin du mois d’avril. Nous avons été assez surpris de voir que sur les 80 projets financés, très peu concernaient des applications thérapeutiques et tous les projets étaient des projets académiques », constate Odile Duvaux.

Xenothera a aussi tenté l’aventure Reacting. Une expérience amère et frustrante pour Xenothera. « Nous n’avons jamais eu de retour sur notre présentation ni sur la composition du groupe chargé de nous évaluer".

Odile Duvaux reconnaît cependant les efforts entrepris sur les délais de réponse, notamment de la part de Bpifrance, qui a octroyé 2,3 M€ de financement non dilutif à la biotech, via le dispositif French Tech Bridge. « Certains délais ont progressé, mais on reste cependant sur des processus de décision lourds qui n'ont pas la réactivité nécessaire face à une crise sanitaire ».

Un manque de réactivité qui pèse à l’échelle internationale. « Nous avons un concurrent américain qui a obtenu un financement d’ampleur dès le mois d'avril pendant que nous étions encore en train d’attendre des réponses sur des dossiers soumis en mars », cite en exemple Odile Duvaux. Malgré ce constat, Xenothera se veut ambitieux pour les mois à venir. 

Levée de fonds, cession de droits et recrutement 

Portée par l’intérêt pour Xav-19, la biotech prépare une levée de fonds pour la fin de l’année 2020 ou le début d’année 2021. Elle va également gonfler ses effectifs avec des recrutements programmés dans les prochains mois.

Produit à Alès par le LFB (voir notre encadré), un premier lot clinique de Xav-19 a été libéré et un deuxième lot sera livré d’ici à la fin août 2020, tandis que deux autres lots sont programmés pour octobre. Des volumes capables de traiter plusieurs centaines de patients, en France et en Europe. Et pour le reste du monde ? « En dehors de l’Europe, je souhaite accélérer la mise à disposition de XAV-19, via un accord de licence », projette Odile Duvaux.  

La présidente de Xenothera espère que la crise permettra de positionner les biotechs comme des acteurs incontournables. « Il y a une méconnaissance des politiques qui voient les centres de recherche académiques comme l’endroit où la réponse thérapeutique va naître. Ils font une impasse sur les biotechs qui sont pourtant le lieu de l’innovation agile et pas cher », souligne Odile Duvaux. 

Avec son candidat-médicament Xav-19, Xenothera aura dans tous les cas montré que dans la lutte contre le Covid-19, il faudra aussi compter sur les biotechs françaises. 

 

Un candidat-médicament produit par le LFB à Alès

Pour produire les lots cliniques de Xav-19, Xenothera a fait appel au LFB, via son site basé à Alès (Gard). « Nous souhaitions trouver une CMO qui comprenne notre procédé ainsi que notre process de purification. Le LFB a également été disponible et réactif quand tout était fermé pendant le confinement », commente Odile Duvaux. Le passage du laboratoire à la production a constitué une expérience enrichissante pour Xenothera. « Il a fallu se positionner dans cette optique de production et tenir compte des contraintes pharmaceutiques de fabrication », souligne Odile Duvaux. 

 

 

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