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Covid-19 : Quel avenir pour le traitement à l’hydroxychloroquine ?

NICOLAS VIUDEZ

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Covid-19 : Quel avenir pour le traitement à l’hydroxychloroquine ?

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Entre essais cliniques en cours et autorisations qui se multiplient, les données devraient bientôt affluer sur l'hydroxychloroquine en traitement du Covid-19. Des essais qui se différencient cependant du protocole du Pr. Raoult qui combine hydroxychloroquine et azithromycine. Une association qui augmente le risque de complications cardiaques, selon l'ANSM.

 

Depuis son compte Twitter nouvellement créé, le Pr. Raoult publiait ce vendredi soir, un lien vers une nouvelle étude clinique menée sur 80 patients, à l’IHU de Marseille. L’essai est en quelque sorte un prolongement du précédent. Il en augmente ainsi le nombre de patients, dont certains faisaient déjà partie du premier essai. Il en garde aussi les lacunes. L'absence de groupe contrôle n'a pas manqué d'être relevée et commentée. 

Comme après le premier essai, deux conceptions s’opposent frontalement dans son interprétation. Respect scrupuleux de la méthodologie traditionnelle d’un essai clinique contre nécessité de traiter en urgence et d’adapter les conditions à la situation de crise.

Avec les résultats de cet essai, les deux camps en sortent paradoxalement renforcés. Le Pr. Raoult peut s’appuyer sur des résultats positifs. Ses détracteurs relèveront les points de méthodologie qui invalideraient n’importe quelle étude réalisée dans un cadre habituel.

Malgré ou grâce à la polémique, le recours à l’hydroxychloroquine continue cependant de faire son chemin dans le monde entier.

Des autorisations de traitement qui se multiplient

Le jeudi 25 mars, un décret du gouvernement a ainsi autorisé la prescription de l’hydroxychloroquine, en traitement du Covid-19. Un peu plus tôt dans la semaine, le Haut conseil à la santé publique réservait le traitement aux « formes graves ». Un revirement qui sonne comme une victoire pour le Pr. Raoult, même si le décret stipule que la prescription est réservée aux médecins spécialistes, à l'hôpital. Le 29 mars, ce sont les États-unis qui ont donné le feu vert, via la FDA, pour traiter les patients avec l’hydroxychloroquine. Une autorisation qui survient après que le président américain, Donald Trump, s'est fait à de nombreuses reprises l’ardent défenseur de la molécule.

Le médicament a pu aussi s’appuyer sur des prises de position de poids. Le directeur général de Novartis, Vas Narasimhana qualifié l’hydroxychloroquine de « plus grand espoir de traitement contre le coronavirus » dans une interview publiée dimanche par le journal suisse SonntagsZeitung. Un enthousiasme qui tranche avec la prudence affichée par l’OMS qui appelle, par le biais de son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à ne pas « susciter de faux espoirs ».  

Car pour mieux évaluer l'efficacité du médicament, deux études d’ampleur sont en cours, l’une menée par l’OMS dans le monde entier, appelée Solidarity, et une seconde étude, à l’échelle européenne, qui vient également d'être lancée. Un espoir pour trancher le débat en cours avec les essais du Pr. Raoult ? Pas si sûr.

L’hydroxychloroquine et l'azithromycine, une combinaison sujette à caution

L’essai européen Discovery annoncé la semaine dernière avait ainsi rajouté l’hydroxychloroquine en invitée de dernière minute. La molécule sera comparée à l’efficacité du remdésivir de Gilead, du Kaletra d'Abbvie (lopinavir/ritonavir), associé ou non à un interféron bêta. Des premiers résultats devraient arriver sous deux semaines.

L’essai européen présente cependant une différence de taille avec les travaux du Pr. Raoult, l’absence de l’azithromycine dans le protocole. L’antibiotique augmenterait l'effet de l'hydroxychloroquine, selon des recherches in vitro communiquées par le Pr. Raoult. Une combinaison qui est cependant à risque, notamment cardiaque. L'ANSM alertait ainsi ce lundi 30 mars sur un risque cardiaque qui  "pourrait être fortement potentialisé par l'association d'hydroxychloroquine avec d'autres molécules, comme l'azithromycine, ainsi qu'en raison de troubles métaboliques spécifiques à la maladie Covid-19 (hypokaliémie)."

Si les résultats des différents essais cliniques vont apporter de nouvelles données sur la pertinence de l'hydroxychloroquine, ils ne permettront pas de trancher sur le protocole conçu par le professeur marseillais. La polémique pourrait donc durer. Et l'hydroxychloroquine pourrait connaître un destin divergent de la combinaison testée par le Pr. Raoult. 

 

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