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Covid-19 : Pourquoi doit-on se vacciner ?

Sylvie Latieule

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Covid-19 : Pourquoi doit-on se vacciner ?

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Réponse de Pierre Tambourin, directeur de recherche Inserm, ancien directeur des Sciences du vivant du CNRS, ancien directeur général de Genopole.

J’ai travaillé toute ma vie de chercheur sur les virus à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), et nombre de personnes étonnées de la rapide mise sur le marché de vaccins anti-SARS-CoV-2 m’interrogent sur la grande problématique des prochains mois : est-ce raisonnable ? Est-elle médicalement et éthiquement acceptable ? Faut-il se faire vacciner, en particulier si l’on n’est pas une personne à risque ? Etc.

A ce jour, il est scientifiquement impossible de répondre avec certitude à toutes ces questions. Le recul est beaucoup trop court et, surtout, les premiers articles scientifiques viennent juste d’être publiés, en particulier par Pfizer, Moderna, et AstraZeneca, ce qui nous permettra d’être un peu plus solides dans nos affirmations. Il nous faut donc raisonner en partant de ce que nous connaissons de manière générale sur ce type de virus et les vaccins déjà produits par le passé pour répondre en toute honnêteté à la question que je me pose pour moi-même : que vais-je faire ? quel vaccin choisir ?

Doit-on attendre pour se faire vacciner ?

L’étonnante rapidité dans la mise au point de ces différents vaccins, et donc l’absence quasi totale de résultats sur d’éventuels effets à long terme, devraient-elles nous conduire à attendre ?

La réponse est évidemment non, et non ! Il faudra se vacciner dès que possible, y compris si l’on a déjà été infecté, mais que le taux d’anticorps dans le sang est devenu très bas (ce qui arrive, semble-t-il, mais assez rarement), et surtout si l’on est une personne dite « à risque ». On ne peut vraiment pas attendre les un ou deux ans qui seront nécessaires pour être totalement rassurés et choisir le vaccin adapté à chacun !

Pourquoi une affirmation aussi péremptoire face à autant d’incertitudes ? Pour quatre raisons majeures dont chacune suffirait pour soutenir cette position :

1-La gravité de la maladie

Le virus SARS-CoV-2 n’est pas un virus de rhume ou même un virus de la grippe ou encore un virus respiratoire syncytial. Ce virus est un vrai tueur et un tueur sournois.

Chez certains, la maladie est très longue et très handicapante. Nous ne connaissons pas encore ce qui détermine une évolution vers ces formes graves associées à des séquelles profondes.

2- La virulence du virus

Très vite, après l’infection, ce virus emprunte les voies anatomiques de la neuro-olfaction et envahit des zones plus ou moins étendues du cerveau jusqu’au cervelet, le tronc cérébral et même la moelle épinière. Deux types de lésions (au moins) peuvent s’ensuivre : atteintes des endotheliums vasculaires associées à une coagulopathie et des images parfois impressionnantes de lésions hémorragiques nombreuses.

Je ne rappelle pas, ici, les effets désastreux sur le tissu pulmonaire, bien documentés et tout aussi impressionnants.

3-Une nécessaire couverture vaccinale

Si une partie importante de nos concitoyens refusent la vaccination, ce qui serait leur droit, la fameuse couverture vaccinale ne sera pas atteinte.

Pour tous ceux qui hésitent à se faire vacciner, en particulier ceux qui pensent qu’une CoV-19 naturelle, bénigne, est préférable à un vaccin, je leur demande de bien réfléchir aux conséquences fortement probables pour eux-mêmes (une forme grave est toujours possible) et pour les autres (le virus continuera à circuler à bas bruit, provoquant des vagues successives d’épidémies et de morts). La liberté de ne pas se vacciner est un droit. Mais peut-on accepter, sans interrogation ni réflexion, une position individuelle qui peut aboutir à la possible contamination de personnes à haut risque ? Il s’agit d’une question d’éthique, de solidarité et de fraternité.

4- Les vaccins ont toujours fait leurs preuves

Nous avons réussi à éradiquer totalement la variole au plan mondial grâce à une vaccination massive, ce qui démontre, s’il le faut, la puissance d’un plan organisé de vaccinations généralisées et obligatoires.

Certes, on entend souvent : « ces vaccins n’ont pas subi tous les contrôles habituels qui pourraient garantir leur sécurité. Comment peut-on oser les mettre sur le marché ? »

C’est une question tout à fait pertinente. Pourtant, dès mars 2020, j’ai affirmé qu’un vaccin anti-SARS-CoV-2 serait très probablement validé et disponible, chez l’homme, avant la fin décembre de l’année 2020. Pourquoi, alors, dit-on qu’un vaccin nécessite plusieurs années de travail et de contrôles méticuleux, avant de pouvoir être commercialisé ? Il y a, à cela, plusieurs raisons bien connues.

  • L’effet paradoxal d’une opposition aux vaccins

L’opposition aux vaccins a eu comme effet de durcir les exigences réglementaires et de prolonger parfois inutilement, et souvent excessivement, le parcours conduisant à la mise sur le marché d’un vaccin, aboutissant au résultat paradoxal suivant : ces opposants, probablement sincères, qui militent pour protéger leur concitoyens et préserver leur santé, retardent, par leurs actions, la mise à disposition de moyens efficaces de prévenir la maladie et sont à l’origine de morts qu’on aurait pu éviter.
Un vaccin est un médicament préventif dont le but est de stimuler le système immunitaire pour lutter contre une possible future infection. Un vaccin est donc, le plus souvent, inoculé chez une personne non malade. Il serait donc extrêmement choquant, et de fait inadmissible, qu’une méthode de prévention destinée à des individus a priori en bonne santé se révèle dangereuse, surtout si, en plus, la maladie n’est pas perçue comme grave, ce qui est le cas de la COV-19 chez les jeunes.

Cette opposition, parfois violente, n’est pas récente. Elle a commencé, avec la variolisation, au 18e siècle, et paradoxalement, s’est accentuée à chaque découverte, parfois spectaculaire, démontrant l’efficacité des vaccins.

  • La question des effets secondaires

Il est parfaitement exact que des réactions pathologiques aux vaccins, parfois impressionnantes, parfois graves, surviennent chez certaines personnes, le plus souvent en très faible nombre, mais toujours aussi difficiles à accepter, puisque la personne n’était le plus souvent pas malade, au moment de l’injection.

Quels types d’effets secondaires connus :

Au cours du temps, nous avons vécu plusieurs épisodes de remise en cause des vaccins due à différents incidents ou accidents qu’on peut regrouper en cinq catégories :

  1. Réactions liées à la nature même du vaccin, par exemple un œdème dû à une hypersensibilité à l’une des composantes du vaccin.
  2. Réactions dues à un défaut de qualité du vaccin. Les exemples les plus dramatiques furent un vaccin contre la poliomyélite et un lot de BCG dans lesquels la composante virale ou bactérienne avait été insuffisamment inactivée.
  3. Réactions liées à une erreur de manipulation, de prescription ou d’administration du vaccin : un flacon, à usage répété, contaminé au cours des manipulations.
  4. Réactions d’anxiété dues à la peur : malaise vagal, par exemple.
  5. Évènement fortuit : apparition synchrone d’une maladie et de l’acte de vaccination.

Ces réactions peuvent être regroupées en deux groupes :

  1. Réactions mineures :
  • Locales : douleur, œdème, rougeur au site d’injection.
  • Systémiques : fièvre, malaise vagal, douleur musculaire, céphalée, perte d’appétit.
  1. Réactions sévères :
  • Infection due à un virus ou une bactérie insuffisamment inactivés (Exemples : BCG ou polio : rarissime)
  • Choc anaphylactique sévère dû à une allergie inconnue.

Enfin, des controverses, parfois violentes, naissent ou renaissent à l’occasion de l’apparition de nouveaux vaccins auxquels est attribuée une apparente recrudescence de certaines maladies, comme l’autisme (vaccin ROR), la sclérose en plaques et le vaccin anti-HPV (gardasil), l'autisme et le vaccin anti-hépatite B, les myofascites et l’aluminium souvent utilisé comme adjuvant.

Dans tous ces cas, des études de plusieurs années, très approfondies, menées par les agences publiques de contrôle ont conclu qu’aucune preuve ne démontrait une relation causale entre ces maladies et les vaccins incriminés.

Tous ces incidents ou accidents sont dramatiques et regrettables, mais gardons à l’esprit que si, en raison de ces centaines de personnes qui, en l’absence de vaccin, n’auraient pas été touchées par la maladie, on arrêtait les vaccinations, c’est alors plusieurs dizaines à centaines de millions de morts ou d’invalides qu’il faudrait décompter.

Une éthique de la responsabilité ou pourquoi peut-on et doit-on accepter une mise sur le marché d’urgence de ces vaccins

Des faits historiques rappelés ci-dessus, il suit que les agences réglementaires internationales ont tendance à être de plus en plus exigeantes sur ces questions de sécurité, surtout lorsque d’autres vaccins existent déjà pour la maladie visée. Avant d’être validé, un candidat vaccin subit donc de très nombreuses vérifications, en particulier sur les effets à long terme afin d’apprécier son innocuité et établir un catalogue aussi complet que possible des effets secondaires observés !

Tout ceci est de bon sens et habituellement éthiquement indispensable sauf que respecter un tel processus aurait conduit, comme cela a déjà été dit, à une mise sur le marché de vaccins anti-CoV-19 en 2023, au mieux. Avec combien de morts d’ici là ? Face à une situation de grande urgence, de telles exigences sont-elles toujours aussi éthiquement acceptables ?

Les 10 raisons d’une procédure d’urgence :

  1. Un virus extrêmement contagieux, capable de se propager sur toute la planète en quelques mois.
  2. Un virus qui peut muter et se révéler bien plus agressif encore.
  3. Une pathologie parfois mortelle.
  4. Une pathologie qui peut laisser des séquelles profondes et définitives.
  5. Une pathologie qui touche de nombreux organes.
  6. Une absence de médicament efficace : le seul vrai antiviral, le remdesivir, s’est révélé décevant, ne montrant, par exemple, aucun effet sur la mortalité. La Haute Autorité de santé le considère comme peu utile chez les malades nécessitant une oxygénothérapie.
  7. Les médicaments type hydroxychloroquine n’ont pas d’effet.
  8. Un désastre social
  9. Un désastre économique et industriel
  10. Un désastre sociétal et politique

Les six raisons d’accepter cette procédure d’urgence

  1. L’industrie du médicament publique ou privée fabrique des vaccins depuis presqu’un siècle. Ce n’est donc pas une activité nouvelle inconnue, même si les coronavirus hautement virulents chez l’homme sont d’apparition plutôt récente.
  2. Des études menées sur les virus SARS-CoV 1, à l’origine d’un début d’épidémie en 2002- 2003, et sur le MERS-CoV, apparu dix ans plus tard, permettent de guider les recherches actuelles, en particulier pour définir le meilleur antigène, afin d’obtenir une immunisation humorale et cellulaire, une mémoire à long terme et éviter les anticorps facilitants.
  3. Une mobilisation des populations qui obligera à plus de transparence et de sécurité.
  4. De nouvelles méthodes (vaccin à ARN messager) prometteuses, rapides et simples, comparées aux méthodes qui nécessitent de produire des protéines virales purifiées en grande quantité.
  5. Une procédure d’urgence qui impose des études précliniques chez l’animal et des phases I, II puis III, certes allégées, mais portant sur plusieurs dizaines de milliers de personnes au total.
  6. Un suivi attentif des populations vaccinées (phase IV) complètera les essais cliniques de phase III afin d’établir une liste des incidents dus aux divers vaccins utilisés sous la férule attentive des agences réglementaires.

La question de la durée de la protection vaccinale

C’est un point évidemment crucial s’agissant des coronavirus, d’autant que l’on reste perplexe et inquiet devant des cas de malades guéris qui ne présenteraient pas ou plus de traduction sérologique de leur maladie, quelques semaines après la guérison, laissant supposer qu’elles ne seraient plus protégées et que l’immunité due au coronavirus durerait très peu de temps, ce qui serait à l’évidence un énorme problème. Ce ne serait pas le premier cas de ce genre.

Le parcours express des vaccins anti-Covid imposera donc, à l’évidence, encore plus de surveillance. Le passage de quelques dizaines de milliers d’individus à plusieurs millions de personnes vaccinées fera apparaître des effets peu visibles jusque-là car très rares.

Le parcours « fast-track » de ces vaccins imposera de répondre beaucoup plus précisément aux questions très pointues des mécanismes immunitaires mis en jeu avant et après la vaccination : anticorps, immunité cellulaire, en surveillant tout particulièrement la survenue d’anticorps facilitants, décrits par exemple dans le cas de la dengue.

Qu’attend-on d’un vaccin ?

On attend de tout vaccin qu’il soit :

  • sûr, sans danger notable.
  • capable de provoquer une réponse immunitaire complète : humorale et cellulaire avec mémorisation immunitaire et sans anticorps facilitant.
  • d’une durée d’action suffisamment longue.
  • et, dans le cas du SARS-CoV-2, capable de prévenir les formes bénignes, et surtout les formes sévères de la maladie, en particulier celles, mortelles, qui frappent les hommes âgés avec comorbidités.

Mais avant d’aborder la question des vaccins en cours, j’aimerais clarifier le cas particulier de la vaccination par ARN messager, nouvelle technologie utilisée pour deux des vaccins prêts à être utilisés largement.

L’utilisation d’un ARN messager

Chacun sait, plus ou moins, que les informations qui permettent aux cellules de nos organismes de fonctionner sont stockées dans une longue molécule appelée ADN, véritable disque dur du vivant. Chacun sait également que les tâches remplies par une cellule nerveuse diffèrent de celles d’une cellule de foie ou de rein ou encore du muscle. Or toutes les cellules du corps ont le même disque dur. Ce qui les différencie vient de leur capacité à choisir, à chaque instant, les régions de l’ADN (les gènes) dont elles ont besoin pour accomplir leurs tâches spécifiques.

Ceci est vrai des organismes dits simples (virus, bactéries, levure), ou plus complexes, comme l’homme. Pour réaliser cela, les cellules choisissent et copient les régions d’ADN utiles (on dit qu’elles sont exprimées) sous forme d’un ARN transitoire dit messager (ARNm), copie fidèle de l’instruction ADN qui lui a donné naissance. Cet ARNm est ensuite lu par la cellule qui le traduit en protéines. Le concept et la découverte des ARNm résultent des travaux princeps de François Jacob, Jacques Monod et François Gros à l’Institut Pasteur de Paris dans les années 1960. L’ARN messager est donc l’intermédiaire entre le disque dur (ADN) et les protéines de structure ou fonctionnelles. Au fond, la vie préserve l’original (l’ADN) et n’utilise que des copies pour préserver l’essentiel.
Le problème posé par les ARNm, en général, vient de leur extrême fragilité. Ils ont une demi-vie très brève et sont détruits rapidement par des protéines dont c’est le rôle, les RNAses. Pour remédier à ce problème, une version de l’ARNm, synthétisée chimiquement, plus résistante à la dégradation mais fonctionnelle, a été produite pour la vaccination.

Il n’y a aucune possibilité à ce que cet ARNm synthétique modifie notre ADN, le disque dur de nos cellules. Seuls les rétrovirus peuvent transcrire de l’ARN viral en ADN, mais l’ARNm utilisé dans la vaccination ne peut être rétro-transcrit. Dans nos discussions, plus passionnelles que rationnelles, nous oublions toujours que, chaque jour, nous ingurgitons de grandes quantités d’ADN et d’ARN, quasi intactes, tels qu’on peut les trouver dans des légumes frais (salade ou radis) ou bien encore dans un steak tartare. Et, en dehors des oreilles « en feuille de chou » de nos rugbymans, personne n’a jamais vu un quelconque effet sur les êtres qui absorbent ces aliments.

Les vaccins les plus avancés

Si nous en avions le choix, lequel de ces vaccins aurait ma préférence ?

  • Le vaccin Pfizer-BioNtech ou le vaccin Moderna reposant tous deux sur le principe nouveau d’utiliser de l’ARN messager pour faire fabriquer par les cellules un antigène spécifique du coronavirus ?
  • le vaccin Oxford-AstraZeneca utilisant un adénovirus rendu inoffensif comme support pour injecter du matériel génétique du coronavirus ?
  • le vaccin Sanofi Pasteur - GSK reposant sur une technologie éprouvée :protéines recombinantes, antigène spécifique du coronavirus ?
  • le vaccin Institut Pasteur - MSD , vaccin à virus vivant atténué, utilisant le vecteur rougeole, technologie vaccinale également éprouvée, issue de la recherche Pasteur ?

Je dois avouer avoir un faible pour les approches ARN messager que je connais bien et dont les premiers résultats sont excellents, que ce soit Pfizer-BioNtech ou Moderna. Le vaccin Oxford-AstraZeneca paraît un peu moins efficace, mais provoque une réponse immunitaire de qualité. Le talon d’Achille des méthodes ARN est la fragilité du produit qui exige un grand respect de la chaîne de froid.

Restent, enfin, les vaccins chinois ou russe : nous n’avons pas encore suffisamment d’informations. Espérons que les vaccinations à grande échelle en cours actuellement, utilisant ces vaccins, nous permettent, en toute objectivité, d’émettre un avis solide sur l’efficacité/sécurité de ces derniers.


 

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