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Covid-19 : Faut-il craindre une pénurie de remdesivir ?

NICOLAS VIUDEZ

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Covid-19 : Faut-il craindre une pénurie de remdesivir ?

© Pexels

Après son autorisation aux Etats-Unis en traitement du Covid-19, la demande en remdesivir pourrait exploser. Et la décision de Gilead de donner l'intégralité de son stock au gouvernement américain soulève des questions sur la mise à disposition du médicament. 

C'est fait. À l'issue d'une semaine folle qui a vu les communications contradictoires se multiplier sur l'efficacité du médicament, le remdesivir est officiellement devenu le premier traitement approuvé contre le Covid-19. Un sésame décerné par la FDA sous le statut d'"emergency use" qui laisse présager d'une explosion de la demande pour l'antiviral de Gilead.

Le Japon devrait ainsi rapidement suivre la décision américaine et approuver à son tour le médicament. La demande d'autorisation est encore en cours en Europe. Elle pourrait bénéficier par ailleurs d'un coup d'accélérateur, selon les résultats de l'essai clinique Discovery, prévus le 14 mai. 

Mais, dans un contexte international tendu, la question de l'approvisionnement pourrait bientôt dépasser le débat sur l'efficacité du traitement. Gilead sera-t-il en mesure de rendre disponible son médicament au plus grand nombre ? La question se pose face à un produit complexe à fabriquer et des tensions qui transforment la mise à disposition du médicament en enjeu politique. 

Un usage compassionnel déjà restreint

Gilead n'a pas attendu l'approbation du remdesivir pour surveiller ses stocks. La production de lots de remdesivir était à l'origine destinée à la seule recherche clinique et pas à un possible recours face à une pandémie. Depuis le début de la crise, de nombreuses demandes avaient été adressées au laboratoire pour utiliser le remdesivir à titre d'usage compassionnel. Une prescription exceptionnelle, réservée aux situations d'urgence, en impasse thérapeutique. 

Face à la forte demande des médecins pour prescrire le remdesivir, Gilead avait ainsi annoncé en restreindre l'accès aux seuls femmes enceintes et mineurs. Une décision que Gilead justifiait par la nécessité de pouvoir continuer à approvisionner les essais cliniques en cours sur le remdesivir. C'est justement l'un de ces essais, dont les résultats ont été dévoilés la semaine dernière, qui a conduit à l'autorisation du remdesivir, sur le sol américain.

Avec cette approbation, les États-Unis semblent s'être donné une longueur d'avance sur l'accès à l'antiviral. 

Des stocks entièrement mis à disposition des États-Unis

Dimanche 3 mai, dans l'émission de CBS, Face of the Nation, le patron de Gilead, Daniel O'Day a détaillé le devenir du remdesivir, après l'autorisation de la FDA. "Nous souhaitons mettre le remdesivir à disposition des patients dès le début de la semaine prochaine (NDLR : cette semaine), en commençant à travailler avec le gouvernement américain pour déterminer quelles villes sont les plus vulnérables, et où se situent les patients qui ont le plus besoin de ce traitement", a déclaré Daniel O'Day. Et pour ce faire, Gilead annonce avoir donné l'intégralité de son stock de remdesivir au gouvernement américain.

Que représente ce stock ? A la fin mars, le laboratoire annonçait être capable de traiter 30 000 patients, en se basant sur un traitement de 10 jours, durée utilisée dans l'essai qui a conduit à l'approbation du remdesivir. Pour la fin mai, Gilead projetait d'être en mesure de livrer de quoi traiter 140 000 patients. Sur le seul sol américain et à ce jour, près de 20 000 nouveaux cas journaliers de Covid-19 étaient diagnostiqués, selon le CDC (Center for Disease Control). Bien sûr ce chiffre recouvre des cas hétérogènes, des formes les plus légères aux cas nécessitant une hospitalisation. Avec un traitement réservé aux formes sévères ou aux malades à risque, les capacités de Gilead pourraient être suffisantes pour mettre à disposition le remdesivir aux patients américains, les plus durement touchés.

Mais pour les autres pays ? Gilead annonce pouvoir fournir 500 000 traitements fin octobre et 1 million d'ici la fin de l'année.

Un chiffre dont il est encore trop tôt pour évaluer s'il sera suffisant. Pour anticiper toute rupture et atteindre cet objectif, Gilead travaille à augmenter sa production. Une fabrication complexe et répartie entre plusieurs continents. 

Une fabrication internationale pour assurer l'approvisionnement

Avec de longues étapes de fabrication, le remdesivir n'est pas le candidat idéal pour une production à grand volume. Pour augmenter ses capacités de production, le laboratoire a tout d'abord travaillé à réduire le temps de fabrication, parvenant à le diviser par deux. Près de 6 mois sont cependant nécessaires pour fabriquer le remdesivir, selon Gilead. Un délai qui explique le décalage entre les décisions prises aujourd'hui et la mise à disposition de 500 000 traitements, à l'automne. 

Mais pour augmenter encore sa production, Gilead souhaite développer un consortium international en s'appuyant sur un réseau d'industriels. Il pourrait, pour cela, faire appel à des producteurs basés sur d'autres continents, en Europe et en Asie.

Le journal indien The Economic Times faisait ainsi état de discussions en cours entre le géant américain et plusieurs industriels en Inde, pays spécialisé dans la production de médicaments génériques. Gilead pourrait choisir un modèle qui le verrait renoncer à une partie des droits sur le médicament, pour favoriser son accès dans les pays les plus pauvres.

Un modèle de production internationale qui impose par ailleurs que les pays exportateurs ne décident pas de restreindre leurs exportations pour réserver leurs productions au seul territoire national. Une tentation déjà à l'oeuvre sur l'hydroxychloroquine, testée en traitement potentiel du Covid-19 et dont l'Inde avait bloqué la sortie du territoire, avant de faire machine arrière. Mais, Gilead pourrait être aussi tenté de travailler sur le protocole d'administration. 

Une durée réduite de traitement pour diminuer la demande ? 

Le remdesivir est administré en intraveineuse. Si le laboratoire compte augmenter sa production, il pourrait aussi multiplier par deux le nombre de patients. Pour cela, il faudrait modifier la durée du traitement, en la faisant passer de 10 à 5 jours. C'est justement l'intérêt d'une étude réalisée par Gilead, baptisée SIMPLE, qui a évalué ce paramètre. Les résultats, publiés le même jour que l'annonce d'un effet positif du remdesivir, sont passés relativement inaperçus.

L'étude démontre cependant qu'une durée de traitement de 5 jours aurait un effet similaire par rapport à la durée standard de 10 jours. De quoi peut-être, dans un futur proche, voir évoluer le protocole de traitement du remdesivir ? 

Avec l'autorisation du remdesivir, Gilead se sait désormais observé de près. L'approvisionnement de son antiviral, de même que la question du prix, ne manqueront pas d'alimenter les discussions autour du médicament, ces prochains mois. En attendant l'arrivée d'un deuxième traitement ? 

 

 

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