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Covid-19 : Doses réduites, délais rallongés, les stratégies à risque des États pour vacciner davantage

NICOLAS VIUDEZ

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Covid-19 : Doses réduites, délais rallongés, les stratégies à risque des États pour vacciner davantage

© Pexels

Avec des vaccins qui pourraient rapidement venir à manquer, les États-Unis et le Royaume-Uni peaufinent des stratégies pour vacciner davantage de personnes. Au risque de s'éloigner des données scientifiques qui ont conduit à autoriser ces vaccins. Explications.

Avec plus d'un million de personnes déjà vaccinées avant la fin de l'année 2020, le Royaume-Uni a commencé sur un rythme élevé sa campagne de vaccination.

Mais avec une nouvelle vague d'épidémie et l'apparition d'une forme mutée du coronavirus, qui l'ont contraint à se reconfiner, le Royaume-Uni cherche à accélérer encore davantage la vaccination avec un objectif : augmenter au maximum le nombre de personnes recevant une première dose du vaccin.

Le Royaume-Uni passe de 3 semaines à 3 mois le délai entre deux doses

L’agence de santé du Royaume-Uni, le NHS, a ainsi annoncé, fin décembre, son intention d’espacer le délai entre les deux doses du vaccin mis au point par Pfizer et BioNTech. Un changement qui va également concerner le vaccin d'AstraZeneca, développé avec l'université d'Oxford, et désormais autorisé outre-Manche.

Pour justifier ce changement, validé par l’agence régulatrice, les autorités arguent que la priorité doit être de vacciner une première fois le maximum de personnes à risque plutôt que d’administrer une seconde dose en respectant les temps impartis.

Quelle efficacité pour un schéma à trois mois ?

La décision pose cependant la question de l’efficacité obtenue après une seule dose de vaccin. D’après les résultats cliniques publiés, l’efficacité du vaccin de Pfizer/BioNTech n’est que de 52 % après une seule dose contre 95 % après la deuxième dose, injectée dans un délai de trois semaines. 

La durée de cette efficacité dans le temps pose aussi question. Si ce taux de 52 % a été déterminé seulement quelques semaines après la première dose, ce taux se maintient-il jusqu’à 3 mois ? Quel risque de voir aussi des personnes oublier de faire leur deuxième injection ? 

Autant d'interrogations qui ont amené de nombreux professionnels de santé à contester le bien-fondé de cette décision. 

De leur côté, les autorités sanitaires britanniques arguent d'un tout autre chiffre sur le taux d'efficacité. Le Joint Committee on Vaccination and Immunization (JCVI) a ainsi défendu ce délai rallongé en soulignant que le taux de 52 % était en grande partie dû à des infections au coronavirus survenant juste après la première dose de vaccin, avant l'installation d'une réponse immunitaire.

Dans une déclaration (Fichier PDF), le JCVI estime ainsi à "autour de 90 %", le taux d'efficacité du vaccin de Pfizer et BioNTech, 14 jours après la première injection. Un taux également évalué à 70 % pour le vaccin d'AstraZeneca, également concerné par la mesure de rallongement des délais entre deux doses. 

De leur côté, les laboratoires impliqués se retranchent derrière l’évaluation clinique des vaccins. « La sécurité et l’efficacité du vaccin n’ont pas été évaluées dans un schéma de dosage différent et la majorité des participants à l’essai ont reçu la seconde dose dans le délai spécifié », a commenté BioNTech auprès du Financial Times.

Les États-Unis réfléchissent à vacciner à une dose plus faible

Autre stratégie envisagée, aux États-Unis, réduire la dose de vaccin administrée. Un choix qui pourrait concerner l’autre vaccin à ARNm autorisé sur le sol américain, celui produit par Moderna.

Le conseiller en chef de l’opération Warp-Speed (structure qui a mené les différentes commandes de vaccins), Moncef Slaoui, a ainsi rejeté l’idée d’un délai rallongé entre deux doses, suivant le modèle britannique, la jugeant « non raisonnable » et soulignant le manque de données sur les résultats après une seule dose, dans un échange avec CNBC.

« La seconde dose vous donne une réponse immunitaire dix fois supérieure », a commenté Moncef Slaoui, avant de suggérer une alternative à la stratégie menée au Royaume-Uni. « Pour le vaccin de Moderna, en donnant une dose à moitié aux personnes entre 18 et 55 ans, et sur un schéma à deux doses, nous savons que cela induit une réponse immunitaire identique. Nous sommes en discussion avec Moderna, et avec la FDA, pour accélérer sur cette approche d’injecter une dose à moitié », a détaillé Moncef Slaoui à la chaîne de TV américaine.

La FDA alerte sur ces approches

Face à ces stratégies, l’agence américaine du médicament, la FDA, n’a pas tardé à réagir et a publié un communiqué qui sonne comme une mise en garde.

« Nous avons suivi les discussions pour réduire le nombre de doses, étendre le délai entre deux administrations, modifier les doses ou mélanger des vaccins pour immuniser davantage de personnes contre le Covid-19 », souligne Stephen M. Hahn, responsable de la FDA, avant d’avertir : « Sans données appropriées pour soutenir ces changements dans l’administration du vaccin, nous courrons le risque significatif de mettre en péril la santé publique, sabotant les efforts historiques pour protéger la population contre le Covid-19 ».

De quoi peut-être freiner la tentation américaine de revoir son schéma d'administration. La situation épidémique pourrait cependant faire peser un poids politique important sur les autorités régulatrices pour envisager l'évolution des schémas vaccinaux. 

Et en France ?

Avec quelques milliers de personnes vaccinées, le sujet du manque de vaccins en France pourrait prêter à sourire. Pourtant, la question pourrait rapidement se poser aussi de suivre ou non la stratégie du Royaume-Uni. Contacté par France-Info, le ministère de la Santé a assuré que la France s’en tiendrait au schéma évalué lors des essais cliniques. 

Le schéma actuel pour le vaccin de Pfizer et BioNTech s’appuie sur un protocole avec deux doses espacées de 21 jours, avec un délai de plus ou moins deux jours pour l'administration de la seconde dose.

 

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