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« Concilier préservation de la ressource et performance énergétique »

Si la production pharmaceutique n'est pas souvent au banc des accusés en matière de pollution de l'eau, la question de la ressource est pourtant primordiale dans la gestion des sites de fabrication. Le point sur les principaux enjeux et problématiques du moment avec Bertrand Garnier, directeur technique de la Global Business Line Solutions Industrielles de Suez.

Industrie Pharma : quels sont les principaux enjeux autour des eaux usées issues de l'industrie pharmaceutique ?

Bertrand Garnier : Les enjeux sont d'optimiser la gestion des ressources, en particulier en qualité et quantité, tout en améliorant la performance énergétique. Mais il faut valoriser aussi certains déchets, qui peuvent s'avérer être une ressource. L'eau peut être également recyclée pour des utilités. Dans certains effluents, lorsqu'ils sont peu chargés en pollution, et avec un traitement assez simple, les eaux peuvent être réutilisées pour de la vapeur ou du refroidissement. Les industriels sont vigilants quant à tous leurs rejets et également aux éventuels composés traces.

 

Les problématiques de ces micropolluants semblent être davantage présentes, ces dernières années...

B.G : Sur cette problématique de composés traces ou micropolluants, il y a en effet une évolution : on est maintenant capable de mesurer des composés qui sont à des concentrations mille fois moindres, par rapport aux analyses effectuées au milieu des années 80. Nous sommes ainsi passés du stade du microgramme par litre au nanogramme ; peut-être que, demain, les analyses iront jusqu'au picogramme par litre ? Aujourd'hui, on constate que le nombre de produits chimiques a augmenté de manière importante sur les 30 dernières années. Il y a actuellement 120 000 substances enregistrées sur le marché européen.

 

Quelles solutions existent pour gérer ces micropolluants ?

B.G : Lorsqu'un client a un problème avec une pollution récalcitrante, la première question que nous posons est : pouvez-vous régler ce problème à la source ? Avez-vous identifié le procédé qui génère le produit ? Parfois, un premier traitement dès l'origine, dans l'atelier, suffit à régler le problème. S'il s'avère qu'un traitement plus spécifique est nécessaire, nous mettons en place une première étape, avec un test en laboratoire, puis éventuellement un test de plus longue durée, sur site. Ce n'est pas une étape obligatoire, mais nous pouvons la mettre en place, par exemple si on est face à un effluent un peu compliqué, ou en cas de variations qu'il est nécessaire de surveiller pendant une période significative. Suez est, par ailleurs, extrêmement présent dans ce domaine des micropolluants. Nous avons, par le biais de nos centres de recherche ou de partenariats, développé des méthodes pour traiter ces composés. Ces méthodes peuvent être basées sur de l'adsorption ou de l'oxydation, avec l'utilisation de l'ozone, par exemple, extrêmement puissant et facile à générer « in situ », qui peut également être combiné avec du peroxyde d'hydrogène. Citons, par exemple, notre technologie degremont Pulsagreen, un décanteur lamellaire à lit de charbon actif en poudre pulsé ou la technologie degremont Oxyblue, qui associe l'oxydation chimique par l'ozone et un traitement biologique compact. Cela peut également être une combinaison de plusieurs méthodes.

 

Quels sont les domaines d'intervention de Suez auprès des industriels de la pharmacie ?

B.G : La démarche de Suez est de ne pas pousser à utiliser telle ou telle technologie, mais d'évaluer les problématiques rencontrées par le site et de proposer plusieurs solutions ou services pour améliorer la performance environnementale de ce site. Cela permet d'éviter de dépenser des capitaux pour des investissements inutiles. Au travers de notre offre PerformEE, nous pouvons, par exemple, révéler qu'il va être moins coûteux de faire un prétraitement dans un atelier, sur un flux peu biodégradable, plutôt que de le mélanger aux autres flux et de rendre peu efficace l'installation dans son ensemble. Nous faisons, par ailleurs, des optimisations : si un système d'effluents biologiques n'est pas optimisé de façon optimale, on peut être amené à modifier le prétraitement ou à proposer une ségrégation des effluents. Nous pouvons également optimiser l'installation membranaire ou intervenir sur les appareils de mesure. Nous avons toute une palette de solutions, qui pourront être des traitements physico-chimiques, biologiques ou avec membrane. Nous proposons également, avec notre offre Ecoflow, une prise en charge des effluents qui peuvent ainsi être acheminés, par un transporteur agréé, vers un site de traitement dédié aux effluents industriels.

 

L'industrie pharmaceutique est-elle amenée à limiter sa consommation d'eau ?

B.G : Les sites de production pharmaceutiques ne font pas partie des plus gros consommateurs d'eau en comparaison de certaines industries lourdes. Il existe des régions à fort stress hydrique, par exemple le sud de l'Italie, la Californie ou l'Inde, où les prélèvements sont interdits ou limités au maximum. Dans ces régions, il peut s'avérer nécessaire de recycler tout ou partie de l'eau voire d'aller jusqu'à l'absence de rejets liquides. Aller jusqu'au zéro rejet liquide est plus coûteux en énergie, aussi, dans une région où l'eau est abondante, il n'est pas utile, et même contreproductif sur le plan énergétique, de contraindre un industriel à investir sur des procédés de ce type.

 

Comment évoluent le regard des industriels sur l'eau comme ressource et les relations avec les autres parties prenantes ?

B.G : Les industriels sont dans une logique proactive et de dialogue. Il existe désormais de nombreux groupes qui ont des politiques volontaristes de réduction de leur impact environnemental. Dans la pharma, tous les industriels ont bien identifié l'eau et la disponibilité de la ressource, le risque de conflits avec des parties prenantes, comme un point stratégique qui doit être traité de manière proactive. De manière générale, les industriels ont travaillé à optimiser leur procédé, pour faire attention à leurs ressources. Sur ce volet stratégique, nous avons développé une offre appelée Water Lilly, un indicateur conforme à la norme ISO 14046, qui a pour objectif d'aider les industriels à gérer l'empreinte eau de leur activité.

LE GROUPE SUEZ

Suez alimente 92 millions de personnes en eau potable, 65 millions en services d'assainissement, valorise 16 millions de tonnes de déchets par an et produit 7 TWh d'énergie locale et renouvelable. Suez, présent sur les cinq continents, emploie 82 536 collaborateurs. En 2016, Suez a réalisé un chiffre d'affaires de 15,3 milliards d'euros.

SUEZ ASSOCIÉ AVEC SANOFI JUSQU'EN 2018

En 2015, Suez et Sanofi ont signé un accord cadre portant sur l'optimisation de la performance économique et environnementale des sites de production de Sanofi, en France et à l'international, pour une durée de trois ans renouvelable. Le groupe pharmaceutique français utilise près de 50 millions de m3 d'eau par an et génère 250 000 t de déchets. Suez a, par ailleurs, négocié un accord particulier sur un projet de « revamping » d'un incinérateur en Provence et sur une station d'épuration, à Saint-Aubin-lès-Elbeuf. Ce projet d'extension du site normand de Sanofi, dédié à la production biochimique (antibiotiques, vitamines, corticostéroïdes), a nécessité un investissement de 25 millions d'euros. Il répond à une augmentation d'activité du site et à la prise en charge d'une nouvelle unité de production de corticostéroïdes, qui a nécessité de doubler la capacité en traitement des effluents et d'améliorer la qualité des rejets. Le recours aux solutions de Suez, au « densadeg » et au « compactblue », a permis de lisser les qualités d'eau avant le rejet dans la Seine. Plus globalement,dans le cadre de son accord avec Sanofi, Suez développe des solutions sur mesure visant deux objectifs. Le premier est d'augmenter l'efficacité énergétique des sites de Sanofi, via l'optimisation du fonctionnement des systèmes et unités de traitement des eaux et des déchets et leur valorisation énergétique. Le second objectif est de préserver la ressource en eau, notamment par l'optimisation de la gestion de l'eau, son traitement et son recyclage sur les sites de production.

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