Nous suivre Industrie Pharma

Comment faire évoluer les protocoles pour limiter les infections résistantes ?

NICOLAS VIUDEZ

La résistance aux antibiotiques pourrait être responsable de 10 millions de morts dans le monde en 2050. Alors que le développement de nouveaux antibiotiques est à l'arrêt, une étude appelle à faire évoluer la prise en charge des infections résistantes.

« Le cauchemar de l'antibiorésistance a déjà commencé », souligne le professeur Éric Senneville, infectiologue au CHU de Tourcoing. Les mots sont forts, à hauteur des chiffres annoncés : 12 500 décès par an liés à une infection à bactéries multi-résistantes en France, 158 000 infections par an dont certaines avec des conséquences dramatiques. C'est dans le cadre d'une étude, menée par le cabinet Sirius Healthconsulting, sur la prise en charge des infections résistantes que le médecin a tenu à rappeler les enjeux de l'antibiorésistance. « Des patients jeunes et en bonne santé peuvent se retrouver amputés pour arrêter l'infection », alerte Éric Senneville. En cause, encore et toujours, la surconsommation d'antibiotiques, puisque l'on estime que 30 à 50 % des antibiotiques sont prescrits inutilement. « En France, tout médecin peut prescrire n'importe quel antibiotique. Il n'y a pas de contrôle. C'est grave de prescrire des antibiotiques quand il ne faut pas », insiste Éric Senneville. Cette surconsommation confronte les Français à une exposition aux antibiotiques supérieure de 30 % à la moyenne européenne. Elle conduit à des rejets importants d'antibiotiques dans l'environnement qui participent à l'accroissement des résistances.

 

De nouveaux antibiotiques qui tardent à émerger

Face à ce constat, les réponses de l'industrie pharmaceutique tardent à venir, avec des pipelines qui sonnent creux. « Aucun antibiotique avec un nouveau mécanisme d'action n'a été développé depuis 20 ans », remarque ainsi Éric Senneville qui précise : « la plupart des antibiotiques sont anciens. Parfois, on « rescreene » des vieilles molécules et on se rend compte d'une nouvelle activité antibiotique ». Comment expliquer cette absence de développement en la matière, alors que le nombre d'infections résistantes aux traitements traditionnels devrait exploser ? Un problème de santé publique qui pourrait constituer un marché conséquent pour les industriels, mais qui demeure paradoxalement peu investi. « Concevoir un antibiotique est un risque énorme pour un laboratoire, le risque de voir un traitement mettre des années à être développé pour un résultat qui peut être aléatoire, avec de possibles évolutions rapides des bactéries qui rendraient la molécule inutilisable. C'est un marché dangereux », indique Éric Senneville. L'infectiologue souligne cependant que les grands laboratoires continuent d'investir dans ce domaine, mais laissent également le champ libre à des sociétés de biotechnologies spécialisées. « On cherche également de plus en plus à mettre au point des techniques brutales pour la bactérie, des molécules qui ne seraient pas antibiotiques mais antibactériennes », explique le praticien. Il souligne ainsi l'importance de la recherche pour trouver de nouveaux points faibles sur la bactérie, qui pourraient dessiner des mécanismes d'action inédits pour de futurs médicaments. En attendant des innovations qui tardent à arriver, les praticiens s'organisent pour trouver des réponses concrètes sur le terrain, en commençant par l'hôpital. Le cabinet de conseil Sirius Healthconsulting a mené une étude sur la prise en charge des infections bactériennes de la peau et des tissus mous (IBPTM). Entre 2014 et 2016, ce sont près de 350 000 personnes qui ont été hospitalisées pour une IBPTM. Sirius Healthconsulting estime que les solutions proposées pour traiter les IBPTM résistantes ne sont satisfaisantes ni sur un plan économique, en entraînant des hospitalisations prolongées, ni sur le plan de la qualité de vie du patient.

 

Des antibiotiques à dose unique

Éric Senneville a ainsi présenté les possibilités de prise en charge nouvelle génération pour les IBPTM résistantes. Trois protocoles différents ont été détaillés, basés sur 3 antibiotiques existants : le Sivextro (tédizolide), le Xydalba (dalbavancine) et l'oritavancine, qui n'est pas encore sur le marché français. Ces molécules ont un mode d'administration qui facilite l'observance : une administration en intra-veineuse, en unidose journalière, pendant 6 jours, pour le Sivextro, et en unidose unique pour le Xydalba, avec une couverture durable de 14 jours. Si ces protocoles sont différents, ils ont chacun un point commun, celui d'être compatible avec une prise en charge en ambulatoire, améliorant la qualité de vie des patients. Ces protocoles présenteraient aussi un avantage médico-économique évident, malgré le coût de ces traitements : 200 euros par jour pour Sivextro, 2 000 euros pour la perfusion unique de Xydalba. Des sommes à relativiser, lorsqu'on les compare à la note salée des hospitalisations longue durée, estimée, pour les seuls IBPTM, à 350 millions d'euros par an. En ces temps de contraintes budgétaires, ce nouveau protocole pourrait ainsi abattre une carte décisive, celle des économies engendrées.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Covid-19 : L'OMS et l'ANSM suspendent l'évaluation de l'hydroxychloroquine

Covid-19 : L'OMS et l'ANSM suspendent l'évaluation de l'hydroxychloroquine

Les agences suspendent l'utilisation de l'hydroxychloroquine dans les essais cliniques en cours. Une décision qui fait suite aux résultats publiés la semaine dernière dans la revue The Lancet.[…]

26/05/2020 | ANSMCovid-19
Covid-19 : La chloroquine déconseillée dans les cas graves par un professeur américain

Covid-19 : La chloroquine déconseillée dans les cas graves par un professeur américain

Polepharma soutient une vision industrielle de souveraineté qui récompense le made in France

Polepharma soutient une vision industrielle de souveraineté qui récompense le made in France

Covid-19 : l’ANSM limite la vente du paracétamol

Covid-19 : l’ANSM limite la vente du paracétamol

Plus d'articles