Nous suivre Industrie Pharma

Combattre les TMS par l'ergonomie

Florence Martinache

CONCEPTION D'ISOLATEURS : UNE DÉMARCHE CONJOINTE

Pour la conception des isolateurs sur-mesure, par exemple lorsqu'il faut adapter l'isolateur autour d'une machine, les fabricants réalisent des maquettes à échelle 1. Certains, comme EuroBioConcept et Erea, appliquent même cette démarche à leur gamme standard. « Dans nos isolateurs standard, il n'y a que les principes de confinement qui sont standard », lâche Yves Montigny (Erea). Il faut en effet adapter l'isolateur de manière personnalisée aux opérateurs qui y travailleront. « Nous commençons par définir le besoin : le type de contenant utilisé, la forme, le poids, savoir si on est sur des toxiques ou des stériles... Ensuite, ce qui est très important, c'est bien sûr la taille, la fréquence, le poids de ce qui est manipulé dans l'isolateur. Puis, nous établissons un plan que l'on propose au client et à partir du plan, nous faisons une maquette en bois », détaille le p-dg d'Erea. Ensuite, l'opérateur se met en situation sur la maquette pour la tester. « C'est la première chose, la plus importante à mon avis, que nous faisons systématiquement.» Même son de cloche du côté d'EuroBioConcept, qui a systématisé la démarche : « pour nous, c'est un élément de confort mais aussi de sécurité. »

Combattre les TMS par l'ergonomie

Troubles fréquents dans l'industrie pharmaceutique, les TMS peuvent être prévenus par des mesures ergonomiques sur les équipements, même s'ils ne constituent qu'une partie de la solution.

En 2010, près de 25 000 journées de travail ont été perdues pour incapacité temporaire dans le secteur « Fabrication de spécialités pharmaceutiques », d'après la Direction des risques professionnels de l'Assurance maladie. Or les seules affections périarticulaires seraient à l'origine de pas moins de 94,5% (23 582) d'entre elles, ainsi que de 41 des 47 incapacités permanentes recensées dans cette activité. « L'industrie pharmaceutique est un secteur très affecté par les TMS (troubles musculo-squelettiques), troubles qui se manifestent au niveau des articulations, en général le poignet, la main et l'épaule, mais aussi au niveau des cervicales et du dos », confirme Serban Hagau, ingénieur et ergonome, responsable de pôle chez Technologia, cabinet spécialisé en évaluation et en prévention des risques professionnels et de l'environnement. « Pourquoi ? Parce que ce sont surtout des activités où l'ensemble des tâches demandent des manipulations qui sont souvent caractérisées par des gestes répétitifs et monotones », poursuit le spécialiste.

On rencontre donc ces affections beaucoup plus fréquemment dans la production que dans la recherche où les activités sont plus variées même si les mouvements et les postures peuvent être similaires. « Il faut également prendre en compte les facteurs de fréquence et les durées d'exposition qui comptent énormément », précise Serban Hagau. Par ailleurs, quand il est question de TMS, lorsque les charges manipulées sont lourdes, la situation est encore plus critique. Pourtant, « dans l'industrie pharmaceutique comme dans l'industrie électronique, les TMS sont autant, voire plus développés, que dans l'industrie automobile malgré les charges réduites », souligne l'ergonome. Un autre facteur aggravant doit en effet être pris en compte dans ces secteurs : la concentration et la précision nécessaires aux opérations. Les équipements de protection individuelle peuvent, eux aussi, compliquer la tâche de l'opérateur en entravant sa liberté de mouvement ou encore en diminuant son champ de vision dans le cas de lunettes de protection, demandant alors une attention encore accrue de sa part.

Lorsque les opérations doivent en plus se dérouler dans un espace réduit, il faut redoubler de vigilance. Et dans l'industrie pharmaceutique, espaces de manipulation réduits riment avec isolateurs - ou boîtes à gants. Et pour ne rien gâcher, ces caissons étanches servant à la manipulation de produits stériles ou cytotoxiques sont souvent associés à des postures pénibles. « Les bras tendus vers l'avant, la tête un peu penchée en avant, le regard en général vers le bas, parfois sur les pointes des pieds et le corps en légère torsion », précise Serban Hagau. Ils font donc partie des cibles stars de l'ergonomie. « Aujourd'hui, l'ergonomie est un argument fort qu'il ne faut pas négliger. Tous les fabricants savent réaliser les techniques de confinement, par contre nous ne faisons pas tous la même chose en termes d'ergonomie », souligne Cyrille Rouchès, directeur commercial et marketing du fabricant d'isolateurs EuroBioConcept. Aucune norme spécifique ne régit l'ergonomie de ces dispositifs, toutefois certains systèmes font consensus parmi les concepteurs. Ainsi, pour ce qui est de la vitre avant des isolateurs rigides - préférés actuellement à leurs homologues souples -, elle sera légèrement inclinée d'environ 10° afin de donner une meilleure visibilité à l'opérateur. De la même manière, les ronds de gants ne doivent pas être trop petits afin de laisser suffisamment de liberté de mouvement à l'opérateur. « Pour le diamètre des ronds de manchettes servant aux manipulations, nous faisons 30 cm, parfois plus grand, mais rarement plus petit », témoigne le directeur marketing d'EuroBioConcept. Outre ces considérations générales, le poste de travail qu'est l'isolateur doit être adapté à l'opérateur qui y est assigné. Et « la première chose pour le confort de travail de l'opérateur, c'est d'avoir des gants à la bonne taille », rappelle Didier Meyer Marketing manager isolateurs chez Getinge Life. Si plusieurs personnes de tailles différentes sont amenées à travailler sur un même isolateur, simultanément ou non, il faudra donc le doter de plusieurs paires de gants. Car même si des systèmes d'interchangeabilité des gants sans rupture d'étanchéité existent, « ce sont des procédures lourdes », tempère Yves Montigny, p-dg du fabricant d'isolateurs Erea. En outre, le poste de travail doit autant que possible permettre à l'opérateur de changer de position s'il le souhaite. C'est pourquoi, certains fabricants dotent leurs isolateurs de socle à hauteur réglable électriquement (voir photo). « Nous le proposons comme une option qui n'est pas disponible sur tous les isolateurs mais que nous encourageons beaucoup sur les isolateurs monopostes, et cela rencontre un gros succès », témoigne Cyrille Rouchès (EuroBioConcept). D'autres innovations récentes sont apparues pour cibler des tâches bien précises. C'est par exemple le cas des faces avant relevables qui facilitent le nettoyage de l'isolateur. Toute une somme de dispositifs a ainsi été pensée par les concepteurs d'isolateurs pour faciliter la vie des opérateurs, parfois dans les moindres détails. La société Erea a, par exemple, développé un système de transfert de charge pour les petits fûts : un chariot qui roule d'un opérateur à l'autre tout en donnant une inclinaison au fût (voir photo). Système de pesée, porte de sas ... tout est passé au crible. Les fabricants marquent une forte volonté de se démarquer et de travailler au plus près de leurs clients (voir encadré). Les retours de terrain ont donc une place de choix dans la réflexion de ces professionnels. « Il peut arriver qu'on nous demande simplement de mettre des systèmes de repose-coudes à l'extérieur de l'isolateur. Et parfois, quand nous nous apercevons que c'est vraiment ce qu'il faut, nous le montons en série », témoigne Didier Meyer (Getinge Life). « L'aménagement adapté à la tâche de l'environnement physique du travail et des outils de travail ainsi que le « bon choix » des équipements de protection afin de favoriser les « bons » mouvements tout en préservant la sécurité au travail est un aspect important pour la prévention des TMS », résume Serban Hagau (Technologia). Malgré tout, la bonne volonté des concepteurs d'équipements ne suffit pas à prévenir l'apparition de TMS. C'est un apport non négligeable, et ces dispositifs peuvent être complétés par l'automatisation de certaines tâches pénibles à l'aide de bras de robots. Mais l'ergonome insiste : « le plus important concerne les régulations au niveau de l'organisation du travail. Surtout en ce qui concerne, par exemple, l'alternance temps de travail-temps de repos et la variation des tâches ». Ce dernier point suppose de former les gens pour qu'ils soient polyvalents, c'est-à-dire qu'ils maîtrisent plusieurs activités dans un même métier. « La polyvalence, si elle est bien gérée, peut être un outil pour lutter contre les TMS. Elle permet une rotation des effectifs sur différents postes pour diminuer la durée et la fréquence de l'exposition », précise Serban Hagau. « Il faut agir le plus en amont possible car ce sont des pathologies irréversibles », ajoute-t-il. Prendre des mesures de prévention est donc indispensable, non seulement pour la santé du salarié, et à plus court terme, sa sécurité. Mais elles sont également une condition nécessaire à la pérennité de l'entreprise, d'ailleurs « nous travaillons toujours sur les deux aspects car on peut pas les dissocier », précise le cadre de Technologia. En effet, le lien entre de bonnes conditions de travail et la qualité de celui-ci est largement démontré.

%%HORSTEXTE:0%%

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Transformation digitale : Des solutions qui s'imposent

Transformation digitale : Des solutions qui s'imposent

Avec le confinement et le développement du travail à distance, la transformation numérique de l'industrie n'a jamais paru aussi pertinente. Et si la crise liée au Covid-19 accélérait[…]

La pharma se dévoile en chiffres clés

La pharma se dévoile en chiffres clés

Données : « Prioriser le retour sur investissement »

Données : « Prioriser le retour sur investissement »

La crise bouscule les habitudes

La crise bouscule les habitudes

Plus d'articles