Nous suivre Industrie Pharma

Ces médicaments qui font peur

Sylvie Latieule, Rédactrice en chef

Sujets relatifs :

,
Ces médicaments qui font peur

Est-ce la crainte d'une nouvelle affaire Mediator ? En tout cas, une déferlante médiatique s'est abattue sur la pilule contraceptive de 3e génération (3G) depuis le dépôt d'une plainte en France à la mi-décembre. Alors que le risque veineux lié à la prise de pilule est connu de longue date, une jeune femme victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) qu'elle impute à la prise d'une pilule de 3e génération a choisi de porter plainte. Selon les experts, le nombre d'accidents thromboemboliques est évalué à 2 cas pour 10 000 femmes avec des pilules de 2e génération, et de 3 ou 4 pour 10 000 pour les pilules de 3e ou 4e génération. Par comparaison, chez les femmes qui ne prennent pas la pilule, ce risque veineux n'est plus que de 0,5 à 1 cas pour 10 000, tandis que pendant une grossesse, il grimpe à 6 pour 10 000. Mais ce sont moins les chiffres que leurs interprétations qui posent problème. Pendant que certains affirmaient que ces pilules 3G étaient dangereuses et devaient être immédiatement retirées du marché, d'autres invoquaient un rapport bénéfice/risque favorable, sous réserve de ne pas associer ces prises de pilules à d'autres facteurs de risque comme le tabac, l'hypertension artérielle ou le diabète. Qui croire ? En tout cas, Marisol Touraine, ministre de la Santé, est loin d'avoir calmé les inquiétudes en annonçant sa décision d'avancer de six mois la fin du remboursement des pilules de 3e génération. Normalement quand un doute s'installe, on commence par des restrictions d'usage, avant d'envisager un retrait du marché. Le déremboursement reste une sanction contre un médicament peu efficace.

Parallèlement à ce déchainement médiatique, les médicaments génériques font l'objet d'une fronde plus silencieuse, mais grandissante. Un sondage de l'Ifop publié début décembre a montré que le taux de confiance des Français dans les génériques n'a jamais été aussi bas, s'établissant à 57 % contre 62 %, un an plus tôt. Et les Français ne sont plus que 61 % à penser que les génériques sont aussi sûrs que les médicaments princeps, contre 71 % en 2011. Pourtant « fanas » de produits low cost dans leur vie de tous les jours, les Français sont plus réticents lorsqu'il s'agit de médicaments. Il est vrai dans ce cas que l'économie réalisée ne va pas directement dans leur poche !

Il y a donc péril en la demeure. Du coup, le Leem en appelle à un renforcement de la formation initiale et continue des médecins sur le médicament, pour une meilleure prescription et prise en compte des recommandations des autorités sanitaires. Au delà, le syndicat de l'industrie pharmaceutique estime que tous les Français auraient besoin de repères clairs sur les médicaments, notamment sur la façon dont ils sont évalués et suivis tout au long de leur cycle de vie. Le Leem se dit prêt à s'associer aux pouvoirs publics dans des démarches éducatives. Mais on lui souhaite déjà bien du plaisir lorsqu'il s'agira d'expliquer la notion de bénéfice/risque, alors que le principe de précaution, inscrit au départ dans notre constitution pour protéger l'environnement, a fait son chemin.


Les Français auraient besoin de repères clairs sur les médicaments.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

[Edito Covid-19] : Ce que nous dit la pénurie de curare

[Edito Covid-19] : Ce que nous dit la pénurie de curare

Beaucoup d'entre nous associent le curare à cette drogue utilisée par les chasseurs d'Amazonie pour enduire les flèches de leurs sarbacanes et tuer leurs gibiers. Cette pratique ancestrale avait fini par donner[…]

Edito : La subtile stratégie de Sanofi

Edito : La subtile stratégie de Sanofi

Edito : Bad buzz pour le Zolgensma de Novartis

Edito : Bad buzz pour le Zolgensma de Novartis

Edito : La data entre menaces et opportunités

Edito : La data entre menaces et opportunités

Plus d'articles