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Bioproduction : « En France, les perspectives sont bonnes », selon Xerfi

Bioproduction : « En France, les perspectives sont bonnes », selon Xerfi

Rémi Vicente.

© Xerfi

Le cabinet Xerfi Precepta a publié une étude* sur « le marché biopharmaceutique à l'horizon 2020 ». Rémi Vicente, son auteur et directeur d'étude spécialisé dans la filière santé chez Xerfi, détaille pour Industrie Pharma les grandes tendances dans le domaine.

Industrie Pharma : Comment analysez-vous l'évolution du marché mondial des biotechnologies ?

Rémi Vicente : Au niveau mondial, le secteur des biomédicaments a enregistré un chiffre d'affaires de 165 milliards d'euros en 2015, avec une progression de 7 à 9 %. Dans les prochaines années, nous nous attendons à une progression du même ordre. Il y a encore de gros produits qui présentent un potentiel de ventes intéressant. De plus, des médicaments mis récemment sur le marché vont maintenant monter en puissance. La seule retenue concerne les biosimilaires. Ils peuvent vraiment avoir un impact sur le marché et entraîner un ralentissement sur certaines classes de biomédicaments. La politique des États-Unis sur les biosimilaires pourrait ainsi faire évoluer ces perspectives. Néanmoins, en termes de volumes, le marché des biomédicaments restera fort.

 

Vous distinguez trois profils de sociétés. Pouvez-vous détailler ces différents positionnements ?

R.V. : Nous avons analysé le jeu concurrentiel dans ce secteur entre 2010 et 2015. Chacun a un peu sa stratégie, mais nous identifions trois grands profils : les big biotech, les big pharma « biotechisées » et les groupes en progression mais dépendants des blockbusters. Les premiers sont des groupes comme Amgen, AbbVie et Novo Nordisk. Ils enregistrent plus des trois quarts de leur chiffre d'affaires dans les biologiques. Du côté des big pharma, ces entreprises se sont maintenant engagées sur les biomédicaments. À l'exemple de Sanofi qui est passé de 15 % de son chiffre d'affaires dans les biomédicaments en 2011 à 40 % en 2015. Enfin, nous voyons des groupes qui opèrent le virage, notamment Bristol-Myers Squibb et Novartis (hors Sandoz).

 

Comment se positionnent-ils les uns par rapport aux autres ?

R.V. : La frontière entre big pharma et big biotech s'est considérablement brouillée. Aujourd'hui, 10 des 15 principaux laboratoires de médicaments biologiques sont des big pharma. Et au vu de leur pipeline, essentiellement composé de molécules biologiques, leur empreinte va s'accentuer. De leur côté, certaines big biotech sont, elles, en perte de vitesse. Certains ont même mis en place des plans de restructuration de grande ampleur, à l'image d'Amgen qui a supprimé 20 % de ses effectifs en 2015. Nombre d'entre elles font face à des coûts de lancement importants et se rapprochent de médicaments traditionnels chimiques. C'est le cas d'AbbVie qui a racheté Pharmacyclics en 2015. Les big biotechs cherchent ainsi des leviers de croissance dans les médicaments chimiques, tandis que les big pharma se dotent de plus en plus de médicaments biologiques.

 

Quels sont les principaux acteurs des biomédicaments ?

R.V. : Le laboratoire Roche reste le leader incontesté. Il représente quasiment une big biopharma avec 70 % de son chiffre d'affaires pharma réalisé dans les biomédicaments. Il restera leader au moins jusqu'en 2020. Ensuite arrive Amgen. Puis, Sanofi qui a beaucoup progressé. 3e en 2015, il était 7e en 2012. Et il pourrait arriver rapidement à la 2e place au vu de son pipeline et du potentiel des produits déjà lancé comme Praluent, Toujeo ou Dengvaxia. À la 4e place, on trouve aujourd'hui AbbVie.

 

Comment le marché des biomédicaments évolue-t-il en France ?

R.V. : Les perspectives sont bonnes et maîtrisées. Nous enregistrons une croissance annuelle de 2 % depuis plusieurs années. Vis-à-vis du marché mondial, on peut parler de progression maîtrisée. Pour la période 2015-2020, nous resterons sur cette tendance qui va s'accentuer. Le marché dans l'Hexagone continuera de se développer au rythme de 3,5 % par d'ici à 2020, surperformant le marché pharmaceutique. Le marché sera impacté notamment par des baisses de prix sur les biologiques avec l'arrivée des biosimilaires. En parallèle, de grands médicaments arriveront sur le marché. On compte en effet une quinzaine de biomédicaments disposant d'une AMM en France ou en Europe mais pas encore commercialisés en France.

 

Cette dynamique a-t-elle été portée par les jeunes sociétés innovantes françaises ?

R.V. : L'année 2015 a été exceptionnelle pour nos biotech nationales. La France dispose d'un tissu de sociétés de biotechnologies avec un gros potentiel. En 2015, elles ont poursuivi les levées de fonds et les introductions en Bourses. Elles ont gagné en maturité. Et l'année dernière a été marquée par les signatures de gros contrats avec les big pharma. Il y a notamment InnatePharma qui a signé avec Novo Nordisk et avec AstraZeneca. Et Adocia avec Lilly. Cellectis a conclu des accords avec Servier et Pfizer. La recherche française a démontré toute sa puissance et son attractivité auprès des investisseurs.

 

Ces accords témoignent-ils d'une meilleure visibilité de l'innovation française au niveau international ?

R.V. : Malgré la maturité de certaines pépites nationales, le tissu français de biotechs reste à la traîne par rapport à d'autres pays européens. Et sa place sur le marché mondial n'est pas à la hauteur de son potentiel scientifique. Pour assurer sa montée en puissance, la filière française doit se donner les moyens de capter l'innovation. Or les freins réglementaires et le manque de visibilité sur les conditions d'obtention d'un prix/remboursement refroidissent les investisseurs, qui se tournent plus volontiers vers d'autres pays pour implanter de nouvelles structures.

 

Et en termes de bioproduction. La France rattrape-t-elle son retard ?

R.V. : Malheureusement, nous n'avons rien rattrapé. Nos locomotives nationales ont raté la 1re vague de bioproduction, celle des anticorps monoclonaux. Néanmoins, sur les vaccins, nous avons un tissu industriel extrêmement dense. Sur l'insuline, nous constatons des investissements. L'autre point fort de la France repose sur les produits dérivés du sang. Le LFB a énormément investi avec CellforCure, notamment. L'activité reste très concentrée autour de quelques acteurs. On passe ensuite à des entreprises de très petite taille qui font de la production clinique. Et plusieurs ont annoncé une stratégie de sous-traitance comme Transgene er TxCell.

 

Vous citez néanmoins les thérapies géniques et cellulaires.

R.V. : Oui, les biotechs françaises ont cependant une carte à jouer dans les thérapies cellulaires et géniques, domaine dans lequel elles disposent de capacités de production significatives. Généthon et LFB ont développé des capacités industrielles avec des sites relativement uniques en Europe, voire dans le monde. Nous avons là des outils avec de vrais potentiels. Dans ce domaine des thérapies géniques et cellulaires, nous sommes armés avec des outils pour la production et des sociétés prometteuses.

 

*étude Xerfi : « Le marché biopharmaceutique à l'horizon 2020 - potentiel des pipelines, recherches et financements, valorisation de l'innovation, etc. : quels enjeux et perspectives pour les big pharma et les biotechs françaises ? ».

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