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Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

De Cambridge (Massachusetts), Nicolas Viudez

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Reportage en Nouvelle-Angleterre dans les centres de recherche et de production du géant américain de la biotechnologie, d'où sont conçus et fabriqués les biomédicaments de demain.

Le MIT, son dôme emblématique et les briques rouges d'Harvard, un peu plus loin, sont les prestigieux voisins du centre de recherche d'Amgen à Cambridge (Massachusetts). Le nord-est des États-Unis est une place forte des biotechnologies. Dans le seul État du Massachusetts, près de 66 000 employés travaillent dans le secteur, soit près des deux tiers des effectifs totaux de l'industrie pharmaceutique en France. Le géant américain est essentiellement présent dans les domaines de l'oncologie, des maladies osseuses, cardio- vasculaires et de la néphrologie, mais cherche à explorer d'autres domaines, notamment la neurologie. Il consacre ainsi à la recherche plus de 3,8 milliards de dollars sur ses 22,9 Mrds $ de revenus en 2017. Au 6e étage de son centre de recherche de Cambridge, les paillasses et leurs stickers Starwars collés sur les vitres de protection abritent des cultures cellulaires. À cet étage, les chercheurs d'Amgen mesurent par électrophysiologie l'effet de substances pouvant agir sur le canal sodique nav 1.7, qui intervient dans le mécanisme de la douleur. D'autres versions de cette protéine sont présentes dans les poumons et dans le coeur, d'où l'importance de trouver une molécule hypersélective et réversible. Un travail de « screening » de longue haleine qui pourrait prendre... une dizaine d'années. À l'horizon, c'est aussi une autre façon d'envisager les produits biologiques qui se profile. Un pas vers des indications pour lesquelles la pharmacopée classique peine encore à soulager le patient, comme c'est le cas pour les migraines, pour lesquelles un anticorps monoclonal, l'Erenumab, est ainsi en phase avancée. John Dunlop, le vice-président recherche neuroscience définit clairement la stratégie d'Amgen : « Nous nous concentrons sur la biologie d'abord et les modalités ensuite. L'objectif est de développer des molécules qui soient pionnières ou qui deviendraient les meilleures sur le marché ». Depuis 2015, le centre de recherche d'Amgen n'héberge pas que de la recherche biologique, il offre également de larges espaces à l'innovation pour la production. C'est notamment le cas pour l'exploitation des données issues des sites de production, qui sont recueillies et analysées à distance. L'objectif : optimiser les procédés mais aussi prévenir les risques d'incidents, au travers de la recherche de signaux faibles. C'est aussi de ce centre de recherche que sont développées les mises à l'échelle qui permettent le passage de la paillasse au site de production. « Nous cherchons à développer le process le plus simple et le plus standardisé possible pour le transférer au site de production », souligne John Dunlop. Pour découvrir le coeur de la production d'Amgen, il faut quitter le Massachusetts pour l'État voisin de Rhode Island, à 2 heures de route de Boston.

Des « bulks » de Rhode Island à haute valeur ajoutée

Sur son site de Rhode Island, une odeur connue par tous les biologistes flotte dans l'air, celle de la culture cellulaire, et plus particulièrement de la gélose nutritive. Le site, dédié uniquement à la partie « lupstream » de la production, couvre 250 000 m2 répartis dans 7 bâtiments. Il est organisé selon un modèle gravitaire pour favoriser au maximum le flux lié à la pesanteur et un sens de production unique. Les milieux de culture, stockés dans des cuves de 20 000 litres, alimentent en amont six bioréacteurs de 4 000 litres par unité. Un niveau en-dessous se déroule la séparation par centrifugation : les cellules plus lourdes sont rejetées à l'extérieur, tandis que les produits biologiques (protéines, anticorps, etc.) peuvent être récupérés. L'entreprise met volontiers en avant les échanges d'expertises entre les biosimilaires et les molécules développées en propre. « Développer les biosimilaires avec le challenge que cela représente nous a permis de devenir totalement experts dans la maîtrise des milieux de culture, d'optimiser nos procédés », souligne Jeff Yant, directeur exécutif des opérations et du développement des biosimilaires pour Amgen. À la fin du process, les « bulks » sont congelés avant d'être expédiés. Ce jour-là, un bioréacteur de plus de 200 litres attend de partir, un « bulk » de haute valeur qui va être surveillé de près pendant son transport. C'est de ce site de Rhode Island que sortent notamment l'Etanercept pour les maladies inflammatoires, l'Evolocumab contre l'hypercholestérolémie et l'anticancéreux Panitumumab. Après l'inauguration d'un nouveau site à Singapour en 2015, c'est à Rhode Island qu'Amgen a annoncé l'installation prochaine d'un nouveau site de production, à l'horizon 2020. Un investissement de 160 M$, tourné vers une fabrication à usage unique et qui prévoit 150 nouveaux salariés dédiés à la production. Des effectifs qui viendront compléter les près de 20 000 salariés du groupe présents dans une centaine de pays. De quoi renforcer la Nouvelle-Angleterre dans son rôle de place forte d'Amgen.

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