Nous suivre Industrie Pharma

Arômes : L'OTC a le goût du consensus

Aurélie Dureuil

Sujets relatifs :

, ,

DES TESTS CONSOMMATEURS COMME DANS L'AGROALIMENTAIRE

Si le monde de la pharmacie est familier des essais cliniques, la mise au point d'un médicament OTC passe également par l'organisation de tests consommateurs sur le goût. « Selon les produits et l'amertume, nous travaillons avec les galénistes qui nous proposent une première sélection d'arômes. Des tests consommateurs sont organisés pour valider la note choisie », indique Laurent De Gasquet, directeur Marketing d'Upsa France. Chez Bayer HealthCare, des tests consommateurs sont également réalisés. « Nous avons deux façons pour valider le choix des arômes. Soit nous organisons des tests consommateurs pour identifier quelle est leur préférence ; soit nous pratiquons des tests d'analyse sensorielle. Ainsi, nous en savons plus sur nos produits et sur les besoins des consommateurs. Nous apprenons beaucoup de ces tests et le choix de l'aromatisation ne se fait pas uniquement sur la paillasse », détaille Catherine Kabaradjian, responsable Formulation des produits gastro-intestinaux et compléments nutritionnels de Bayer HealthCare. Ces tests consommateurs s'approchent de la démarche de l'agroalimentaire. « Le client en pharmacie a le même comportement d'achat que dans l'univers de la grande consommation. Il veut un produit pour se soigner. L'arôme intervient en deuxième intention, mais revêt une importance réelle », conclut Laurent De Gasquet (Upsa France).

Arômes : L'OTC a le goût du consensus

UNE VERSION AVEC GOÛT FRAMBOISE A ÉTÉ DÉVELOPPÉE POUR FERVEX À LA DEMANDE DES PAYS DE L'EST.

© © BMS

Utilisés pour masquer un mauvais goût ou pour faciliter la prise d'un médicament, les arômes sont présents dans de nombreuses formes pharmaceutiques. Dans les médicaments OTC, ils sont aussi un facteur pour l'amélioration de l'observance et pour toucher le plus grand nombre de patients.

« Goût orange ou fruit exotique ? » La question est de plus en plus posée en pharmacie quand il s'agit de délivrer un médicament OTC. La spécificité de ces médicaments est d'être délivrés sans ordonnance. Le patient est alors libre de choisir le produit qu'il achète. « Les produit OTC sont rarement prescrits par le médecin. Ils sont pris par le patient sur la base de conseil en pharmacie ou en achat libre. Outre leur efficacité, la clé est leur bon goût », confirme Catherine Kabaradjian, responsable Formulation des produits gastro-intestinaux et compléments nutritionnels de Bayer HealthCare. Laurent De Gasquet, directeur Marketing Upsa France ajoute : « Pour Upsa, l'arôme est un élément essentiel. Il faut qu'il convienne au consommateur pour une observance optimale du traitement ». Malgré le poids réglementaire lié à l'enregistrement des produits OTC qui restent des médicaments, ces produits sont de plus en plus consommés avec les mêmes attentes que pour les produits agroalimentaires. Un patient veut se soigner certes mais pas à n'importe quel goût !

Si l'arôme devient un élément important dans les produits OTC, son utilisation répond d'abord à des problématiques industrielles. « Le choix de l'arôme dépend de la formulation et des problématiques techniques liées à la composition du médicament. Il peut être utilisé pour le masquage d'un mauvais goût lié au principe actif ou à un excipient. Il est également utilisé afin que le médicament ait un goût acceptable pour le consommateur », note Catherine Kabaradjian (Bayer HealthCare). Ainsi, la question de l'arôme intervient tôt dans le développement d'un médicament OTC. « Elle est abordée au moment de la formulation », confirme la responsable Formulation des produits gastro-intestinaux et compléments nutritionnels de Bayer HealthCare. En effet, le besoin en arôme dépend de la forme galénique. Les comprimés secs et les gélules ne nécessitent pas vraiment d'arôme et l'approche n'est pas la même quand il s'agit d'un sirop ou d'un comprimé effervescent. C'est donc au moment du développement galénique que le besoin en arôme est défini. « Notre approche est différente en fonction des formes galéniques. Sur l'introduction d'arômes, notre équipe de galénistes du site d'Agen travaille particulièrement sur les formes effervescentes, les comprimés orodispersibles, les comprimés à croquer et les sachets pour solution buvable. La prise en compte de l'arôme intervient très tôt dans le développement d'un produit. Nous devons nous assurer que l'arôme est adapté à la composition du produit, qu'il n'y a pas d'interaction avec le principe actif, etc. Par exemple, nous savons que le paracétamol est très amer. Les notes d'agrumes masquent très bien cette amertume », indique Laurent De Gasquet (Upsa France). Une fois la forme pharmaceutique ainsi que le besoin en arôme définis, reste à trouver la note qui convient. « Dans le monde entier, le top 5 des notes aromatiques est vanille, fraise, menthe, orange et citron », indique Catherine Kabaradjian (Bayer HealthCare). Au delà de ces grandes tendances, le marché de l'OTC accueille de nouveaux goûts comme les fruits exotiques et le cassis. La typologie des patients auxquels est destiné le médicament permet une première sélection. On n'aromatise pas de la même manière un produit destiné aux enfants et un pour l'adulte. Pour les enfants, les notes sucrées telles que caramel et banane sont privilégiées. Les laboratoires doivent être très prudents pour l'aromatisation des produits destinés aux enfants. Le goût étant un facteur d'observance important en pédiatrie. Tout est alors question de dosage. « Il ne faut pas commercialiser un OTC avec un goût extraordinaire. On ne vend pas des bonbons », indique un industriel de l'OTC. Pour certains, la problématique est contraire. A l'exemple de Probionov qui fabrique un médicament en gastro-enterologie destiné aux enfants. Ce produit élaboré à base de probiotiques est présenté sous forme de poudre en sachet. « Notre produit est un dérivé de poudre de lait. Il n'a pas d'arôme pour ne pas changer le goût du biberon. Il s'agit d'un argument de vente : on peut faire avaler ce produit aux enfants sans qu'ils s'en rendent compte », détaille Maxence Desjonqueres, directeur Marketing ventes de Probionov. Pour d'autres laboratoires, la problématique est différente. Difficile au vu des différences entre les enfants et les adultes de trouver l'arôme qui plaise à tous quand le produit est destiné aux deux populations. Ce fut le cas pour Efirub des laboratoires 3 Chênes / 3C Pharma. « Ce produit cible l'adulte et l'enfant. Il fallait trouver une note qui convienne aux deux cibles », détaille Aline Gerbe, responsable R&D du laboratoire. La menthe a été écartée d'office pour les enfants. Les laboratoires ont alors travaillé sur une note fruit rouge (cassis-cerise), une note fruits jaunes (orange-exotique) et une note banane. « L'arôme banane déplaisait fortement aux adultes. Les fruits rouges leur plaisaient mais ne convenaient pas aux enfants. Finalement c'est l'arôme orange-exotique qui a remporté l'adhésion des deux cibles. Nous avons ensuite affiné la note. Nous travaillons avec des plantes actives qui sont assez difficiles à masquer. Il faut donc une note fruitée avec un fort pouvoir sucrant. C'est le goût tropical qui a été validé par les deux cibles », explique Aline Gerbe.

Outre la typologie des patients, la zone géographique à laquelle est destinée le médicament doit aussi être prise en compte dans le choix d'un arôme. « La définition de l'arôme dépend de l'étendue des marchés. S'il s'agit d'un développement multimarché avec un seul produit, nous travaillons avec les fournisseurs d'arômes pour trouver celui qui va convenir à tous les pays. Si le produit est destiné à un marché particulier, nous adaptons alors le choix de l'arôme. Nous constatons des différences entre les pays. Par exemple, en Europe, le Royaume-Uni aime beaucoup le cassis tandis que les pays du Sud, comme l'Espagne et l'Italie, préfèrent l'orange », souligne Catherine Kabaradjian (Bayer HealthCare). Des différences que constate également Aline Gerbe (laboratoires 3 Chênes / 3C Pharma): « En Afrique du Nord, nous travaillons sur des notes extrêmement sucrées. De même, à l'export, certains pays vont privilégier des notes de fraise beaucoup plus proches des fraises tagada' ». Chez Upsa, Laurent De Gasquet indique avoir « une approche globale. 100 % des produits sont fabriqués sur le site d'Agen pour le monde entier. Néanmoins, nous pouvons avoir des demandes particulières ». Ce fut le cas pour le Fervex. Ce médicament développé pour la France était présent dans de nombreux pays avec un goût antillais (note qui rappelle le rhum arrangé) pour les adultes. « Nous avons reçu une demande des pays de l'Est pour un goût sucré. Après la commercialisation de ce produit dans cette région, nous nous sommes posé la question de le proposer également en France. Depuis la fin de l'année dernière, les patients français ont aussi cette alternative », indique Laurent De Gasquet (Upsa France).

Le choix de l'arôme passe également par l'association du goût avec la pathologie traitée. Pas question de mettre un arôme menthe pour une vitamine C, par exemple. « L'arôme doit être lié à ce qu'évoque le produit. Pour une vitamine C, nous travaillons très souvent avec l'orange ou le goût exotique. Pour le Citrate de bétaïne, le médicament original avait un goût citron. Depuis septembre 2011, le patient a une alternative avec le goût menthe qui est une note aromatique appréciée dans le domaine de la digestion », souligne Laurent De Gasquet (Upsa France). La multiplication des produits avec des arômes différents est présentée comme un avantage pour l'observance. « Déclinés des produits avec des arômes différents va permettre de séduire un nombre accru de consommateurs », indique le directeur Marketing Upsa France. Catherine Kabaradjian (Bayer HealthCare) voit cette offre diversifiée comme un avantage pour « permettre aux patients de changer d'arôme pendant une cure. Nous avons eu une gamme au Royaume-Uni où quatre arômes étaient proposés dans la même boîte ». L'arôme facilite la prise du médicament sur une longue durée. L'objectif annoncé étant toujours de toucher le plus grand nombre de patients tout en améliorant l'observance.

%%HORSTEXTE:0%%

3 questions à

Jean-Luc Vaugrante, directeur de la division Arômes de Givaudan France

Le groupe Givaudan est spécialisé dans les parfums et arômes. Comment évolue la demande en arômes de la part des laboratoires pharmaceutiques pour l'OTC ?

En OTC, nous avons de plus en plus de demandes qui ressemblent à l'agroalimentaire. Les laboratoires essaient de transposer ce qu'on trouve en confiserie. Les demandes sont plus précises et visent à obtenir un masquage plus important des notes désagréables. Les notes aromatiques demandées sont également plus originales, mais au final, c'est l'arôme qui masque le mieux qui est sélectionné. De plus, notre activité dans l'industrie pharmaceutique s'est accélérée, ces dernières années. Les laboratoires nous demandent de plus en plus de faire nous-mêmes des applications, comme la dragéification. Nous nous sommes organisés pour répondre aux demandes de formulation, par exemple. Nous avons un laboratoire dédié à l'industrie pharmaceutique en Suisse avec deux personnes. Il s'agit d'une activité en forte progression.

Quelles sont les notes les plus demandées ?

Avant, nous étions sur des notes d'orange et de citron, principalement en pharmacie. Aujourd'hui, nous avons des demandes pour des fruits plus variés. Dans le même temps, les demandes en termes de notes et de qualité de notes sont plus exigeantes. Les attentes en termes d'authenticité sont plus importantes. La fraise doit vraiment ressembler à de la fraise, par exemple. En outre, les sociétés deviennent de plus en plus internationales. Elles veulent des arômes qui puissent répondre aux différentes législations.

Y a-t-il une tendance à demander des produits plus « naturels » ?

Nous ne constatons pas d'attente en matière de naturel. La pharmacie est freinée par la réglementation, la formulation, etc. Le médicament est fait pour soigner, la naturalité n'entre pas en ligne de compte. Environ 70 % de nos matières premières pour la production d'arômes sont issus de produits naturels, mais cela n'influe pas sur le choix d'un arôme pour l'industrie pharmaceutique. Les arômes naturels sont demandés par les consommateurs dans des secteurs où les produits n'ont pas une image naturelle, comme les bonbons. Mais communiquer sur le côté naturel sur certains produits peut déstabiliser le consommateur.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Vaccins à ADN et à ARNm : où en est-on vraiment ?

Vaccins à ADN et à ARNm : où en est-on vraiment ?

Dans la lutte contre le nouveau coronavirus, les vaccins à ADN ou à ARNm font partie des technologies prometteuses. Pourtant, de nombreux défis restent à relever pour faire de ces innovations des vaccins fiables et[…]

01/04/2020 | EnquêtesENQUÊTE
Enquête Normandie : Une stratégie conquérante dans la pharmacie

Enquête Normandie : Une stratégie conquérante dans la pharmacie

Entretien avec Hervé Morin, président de région

Entretien avec Hervé Morin, président de région

Trois questions à Isabelle Oroy, directrice du CMQBBI de Normandie

Trois questions à Isabelle Oroy, directrice du CMQBBI de Normandie

Plus d'articles