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Arkema en danger ?

Julien Cottineau

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L'industrie française n'est pas au mieux. D'imposants plans sociaux secouent la fraîcheur de l'été. Le choc principal est venu de l'automobile, avec l'annonce des 8 000 suppressions d'emplois chez PSA. Du côté de Sanofi, la menace pesant sur quelques milliers de postes se précise (voir p. 13). Lors de la clôture de la conférence sociale tenue par le gouvernement début juillet, et dans le cadre de la Conférence nationale de l'Industrie, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif a par ailleurs dressé un constat alarmant. En dix petites années, 740 000 emplois industriels ont disparu dans le pays. 900 usines ont fermé. Et la part de l'industrie dans le PIB a fondu de 30 %. Face à ce « décrochage industriel » jugé « considérable », le ministre appelle à la reconstruction de l'appareil industriel et productif. Si les thèmes de la compétitivité, du financement et de l'innovation sont autant de pistes de travail proposées pour ce faire, Arnaud Montebourg en appelle aussi aux grands groupes. Il estime qu'ils « participent insuffisamment au développement et à la structuration des filières », et qu'ils ne travaillent pas assez main dans la main avec les PME et les ETI.

« Arkema est une cible plus qu'alléchante »

Encore faut-il que les grands groupes se maintiennent dans le giron tricolore. C'est là que l'industrie chimique en France, qui ne va finalement pas si mal en ces temps de crise, semble fragile. Avec 80 % de PME et d'ETI sur le territoire, elle demeure encore très morcelée et manque d'acteurs français de poids, surtout depuis le passage de Rhodia chez Solvay l'an dernier. Or la situation est d'autant plus fragile que de nouvelles rumeurs sur le dernier fleuron hexagonal purement chimique refont surface. Parties d'un blog du Financial Times, elles font état d'offres imminentes - voire annoncées en coulisses - sur Arkema. Rumeurs apparues au lendemain ou presque de la finalisation de la cession du pôle vinylique à Klesch, l'ancienne épine dans le pied du groupe. Désormais, avec des niveaux de rentabilité dignes des meilleurs et centré sur des marchés de spécialités à forte croissance, Arkema est certes une cible plus qu'alléchante. Et malgré un chiffre d'affaires de près de 6 milliards d'euros, et un Ebitda qui a dépassé le milliard, le groupe paraît vulnérable face à d'éventuels prédateurs en raison de deux faiblesses majeures. D'un côté, la dilution de son actionnariat, sans rempart de poids pour contrecarrer toute OPA. De l'autre sa sous-valorisation, avec seulement 3,5 Mrds € de valorisation boursière, ce qui en fait une proie très abordable. Face à des monstres comme DuPont, BASF, ou encore Sabic, parmi les acteurs cités récemment dans le flou des rumeurs, la situation peut sembler périlleuse. D'autant que d'après un rapport publié la semaine dernière par l'agence de notation Fitch Ratings, si le marché des fusion-acquisitions dans la chimie mondiale s'est ralenti, il se focalise actuellement sur les cibles centrées sur les spécialités. Les projets et opérations actuels sont bien plus stratégiques qu'une simple course à une taille plus critique.

Du côté du groupe, sans surprise, aucun commentaire sur ces rumeurs. Aujourd'hui, Arkema continue d'affirmer son désir d'indépendance. « La société, même si elle est sous-valorisée aujourd'hui, est plus attractive et plus visible, c'est la rançon de la gloire », commente un porte-parole qui ne se dit pas surpris par les rumeurs : « Cette question des OPA revient depuis qu'on existe. La meilleure preuve de notre solidité, c'est la vitalité de la société et nos projets de croissance ». Reste que le risque de voir Arkema passer sous pavillon étranger n'a jamais été aussi grand.

 

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