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Antabio désarme les bactéries

Aurélie Dureuil

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Antabio désarme les bactéries

Antobio est établi dans le Technoparc Prologue Biotech de Labège.

© Antobio

La jeune société toulousaine se positionne sur l'innovation dans l'antibiothérapie. Avec deux axes de recherche, Antabio prévoit d'accéder aux premières phases d'essais cliniques d'ici trois à quatre ans.

«Développer de petites molécules dirigées contre les bactéries résistantes aux antibiotiques », telle est la stratégie d'Antabio. La jeune société axe sa stratégie autour de deux voies de recherche. La première consiste à s'attaquer à la virulence des bactéries, tandis que la deuxième vise à inhiber un facteur de résistance de la bactérie de façon à augmenter l'efficacité de l'antibiotique. Ces travaux sont le fruit de l'expertise en génétique des bactéries de Marc Lemonnier, cofondateur et président d'Antabio. Avant la création de la société, le chercheur a été à l'origine de plusieurs brevets. « Nous nous sommes rencontrés en 2009 et j'ai vite été séduit par l'ouverture d'esprit et la volonté de Marc Lemonnier de s'entourer de professionnels du domaine », témoigne Aymeric Dugray, co-fondateur et directeur général d'Antabio. Les deux partenaires ont créé Antabio en octobre 2009 et se sont implantés au sein du technoparc Prologue Biotech de Labège (Haute-Garonne) en septembre 2012. « Le travail sur l'anti-virulence de la bactérie représente un champ important tant en curatif qu'en préventif. Nous ne cherchons pas à tuer la bactérie mais à la rendre inoffensive. Une fois désarmée, elle pourra être mieux éliminée par l'organisme », détaille le directeur général. Sur ce sujet, la société travaille sur l'identification des cibles qui commandent divers mécanismes de virulence. L'objectif étant ensuite d'utiliser un outil de criblage pour valider ou non l'action de petites molécules sur l'inhibition de ces cibles et ainsi sélectionner un couple cible-molécule. « En bloquant sa virulence, la bactérie perd à la fois son caractère infectieux et sa capacité à se défendre. Les infections peuvent être combattues plus efficacement par le système immunitaire et par les agents antibactériens traditionnels. Les infections peuvent donc être prévenues chez les patients à risque », souligne la société. Pour cet axe, Antabio est encore en phase de recherche.

Le deuxième axe de sa stratégie est plus avancé. Il s'agit d'inhiber un facteur de résistance des bactéries. Les chercheurs d'Antabio s'intéressent aux bactéries Gram-négatif multi-résistantes. Au sein de ces classes de bactéries, ils ciblent les enzymes metallo bêta-lactamase (MBL). Ces enzymes rendent inopérant les antibiotiques utilisés en dernier recours tels que les carbapénèmes. Les travaux d'Antabio portent sur de petites molécules pour inhiber ces enzymes MBL. Ces traitements permettront alors de « revitaliser » les thérapies utilisant les carbapénèmes et ainsi restaurer leur efficacité d'origine. Il s'agirait donc d'un usage des médicaments d'Antabio en combinaison avec des antibiotiques. « Nous avons déjà identifié des molécules qui vont cibler les enzymes MBL. Elles permettent d'inhiber le mécanisme de résistance », souligne Aymeric Dugray. Aujourd'hui, les recherches se poursuivent afin d'optimiser ces molécules. « Nous devons augmenter l'efficacité, réduire la toxicité, et obtenir une solubilité et une biodisponibilité optimales », détaille-t-il. L'objectif est « d'arriver aux portes des essais cliniques de phase I-II chez l'homme en 2016-2017 », dévoile le directeur général.

Un financement de 4,7 M€

 

Pour atteindre cet objectif, la société toulousaine bénéficie depuis janvier 2013 d'un soutien d'envergure. Antabio recevra 4,7 millions d'euros pour ses recherches sur l'inhibition des enzymes MBL par le Wellcome-Trust. « Il s'agit d'une fondation caritative britannique. Nous avons postulé à un appel d'offres pour traiter les bactéries résistantes aux antibiotiques, dans la catégorie Seeding drug discovery award », se félicite Aymeric Dugray. Ces fonds, versés sur une période de trois ans en fonction de l'atteinte d'étapes de développement, vont permettre l'achat d'équipements, et un renforcement de l'équipe. Deux personnes en recherche devraient compléter l'effectif de neuf personnes. « Nous allons également bénéficier de l'expertise extrêmement forte du comité scientifique du Wellcome-Trust pour faire avancer notre projet et nous faire bénéficier de leur réseau », indique le directeur général. Ces fonds viendront soutenir les recherches sur l'inhibition de la résistance des bactéries.

Pour son autre axe de recherche et le développement de la société, les dirigeants ont entamé des discussions avec des investisseurs potentiels ainsi qu'Oséo. Le directeur général reste néanmoins discret sur le montant et l'échéance d'une levée de fonds. La société, créée à partir de fonds propres des deux partenaires, a déjà bénéficié d'une augmentation de capital en 2010 et de l'arrivée d'un business Angel en 2011 pour un montant total supérieur à un million d'euros.

Outre ses deux axes principaux de recherche, la société affiche une stratégie d'in-licensing afin « d'intégrer une ou deux lignes de développement supplémentaires cette année. Nous nous sommes rapprochés d'acteurs publics qui ont des molécules d'intérêt afin de les porter en phase clinique, un état de valeur qui intéresse l'industrie pharmaceutique », indique Aymeric Dugray. Antabio multiplie ainsi les projets autour de l'antibiothérapie.

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