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Adjuvant pour vaccins : Sophim veut offrir du squalène végétal à l’industrie pharma

Alexane Roupioz

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Adjuvant pour vaccins : Sophim veut offrir du squalène végétal à l’industrie pharma

© www.fabienbelmonte.com

Spécialisée dans la production de squalène et de squalane d’origine végétale pour l’industrie cosmétique, l’entreprise veut étendre ce savoir-faire à la fabrication de vaccins adjuvantés et au marché de la nutraceutique.

En 2009, le virus H1N1 s’est répandu à travers le monde provoquant une situation sanitaire sans précédent que l’OMS qualifie de pandémie dès juin 2009. Causant des symptômes proches de ceux de la grippe saisonnière, ce virus aurait tué entre 100 000 et 400 000 personnes. Depuis le début de l’année 2020, le scénario se répète avec l’évolution fulgurante de la Covid-19 qui a déjà entrainé la mort de plus de 930 000 personnes. Face à ces crises sanitaires, pour l’industrie pharmaceutique, l’enjeu est de taille : développer des vaccins efficaces en un temps record. Pour y parvenir, toutes les stratégies sont bonnes à tester mais la forme la plus traditionnelle de vaccination reste le vaccin à partir de virus inactivé injecté dans l’organisme pour faire réagir le système immunitaire et produire des anticorps capables de reconnaître la cible. La plupart du temps, ces vaccins comportent dans leur composition des substances dénommées adjuvants dont l’ajout permet d’augmenter de façon spécifique la réponse immunitaire pour une même dose d’antigène vaccinal. Les sels d’aluminium sont de longue date les adjuvants les plus utilisés. Cependant, depuis 1997, un vaccin antigrippal comportant des adjuvants à base de squalène est commercialisé. Et, en 2009, plusieurs vaccins pandémiques autorisés comportaient eux aussi cette nouvelle génération d’adjuvants. Aujourd’hui, le squalène revient sur le devant de la scène dans la course aux vaccins contre le nouveau coronavirus. Molécule naturelle, le squalène est présent dans les plantes, chez l’animal et dans le sébum humain. Sous forme d’émulsions avec des surfactants, il permet de renforcer la réponse immunitaire lors d’une vaccination. Lorsqu’il est ainsi utilisé dans des produits pharmaceutiques, le squalène est extrait de l’huile de poisson, en particulier de l’huile de foie de requin, et il est ensuite purifié. Un savoir-faire parfaitement maîtrisé par la société familiale Sophim, créée et installée dans les Alpes-de-Haute-Provence depuis 1988. « Lors de la pandémie de 2009, nous avons fourni deux des trois laboratoires qui développaient un vaccin à base de squalène », se souvient Jacques Margnat, président de la société. Et aujourd’hui, Sophim est à nouveau en contact avec différentes sociétés qui travaillent au développement d’un vaccin contre le coronavirus. Si à l’heure actuelle, l’utilisation de cette nouvelle génération d’adjuvants ne s’est pas encore généralisée et se restreint aux vaccins pandémiques, Sophim est convaincue qu’à l’avenir l’intérêt du squalène sur ce marché pourrait être reconnu. Et à ce moment-là, l’entreprise espère être en mesure d’offrir un produit d’origine végétale au monde de la pharmacie. Car aujourd’hui, c’est là son cœur de métier.

De la cosmétique à la pharmacie

Il y a une dizaine d’années, la société familiale a développé un procédé original pour obtenir du squalane (du squalène stabilisé par hydrogénation) à partir de sous-produits du raffinage de l’huile d’olive. Et plus récemment, Sophim a mis sur le marché du squalane fabriqué à partir du grignon d’olives, un sous-produit du processus d'extraction de l'huile d'olive composé des peaux, des résidus de la pulpe et des fragments des noyaux. « Cette diversification nous a obligés à améliorer nos moyens de production car certaines de nos matières premières ne contiennent que 2 à 3 % de squalène », précise Jacques Margnat. Réputée pour ses propriétés émollientes et hydratantes, le squalane est une molécule phare de l’industrie cosmétique. Avec 80 % de sa production vendue à l’exportation, Sophim est leader sur ce marché malgré la concurrence grandissante du squalane synthétique. Mais le squalène, lui, ne peut pas être produit de façon synthétique. « Pour l’industrie pharmaceutique, le naturel est irremplaçable », constate le président. Reste à réussir à produire un squalène suffisamment pur pour répondre aux exigences normatives et réglementaires de cette industrie. « Lorsqu’on extrait du squalène d’origine végétale, certains insaponifiables comme les paraffines, la vitamine E ou certains stérols résistent à la purification », explique Jacques Margnat. Sophim a développé toutes les techniques de purification et possède tout le matériel de distillation moléculaire et les colonnes de fractionnement nécessaires pour fabriquer un produit de très grande pureté. « Mais, à l’heure actuelle, le coût est trop élevé pour nous permettre de produire en grande quantité », avoue le président qui espère rentabiliser leurs procédés dans les années à venir. Si Sophim ambitionne de faire entrer le squalène d’origine végétale dans l’industrie pharmaceutique, c’est aussi parce que la société familiale est convaincue qu’un autre marché que celui des vaccins est à portée de main : la nutraceutique. Actuellement, ce marché n’existe qu’en Asie où des gélules de squalène, extrait de l’huile de foie de requin, sont commercialisées pour leurs vertus antioxydantes. « On espère qu’un marché se développera à partir du végétal en Europe », conclut Jacques Margnat.

 

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