Nous suivre Industrie Pharma

AbbVie fait marche arrière pour l'acquisition de Shire

Audrey Fréel

Sujets relatifs :

, ,

Coup de théâtre dans la sphère pharmaceutique internationale. Alors que le rachat de Shire par AbbVie pour la bagatelle de 32 Mrds £ semblait en bonne voie, le groupe américain a changé son fusil d'épaule. Refroidi par un changement de fiscalité aux États-Unis, AbbVie a demandé à ses actionnaires de rejeter l'offre en en cours.

L'Américain AbbVie fait volte-face. Après avoir bataillé plusieurs mois pour que son concurrent Shire accepte son offre de rachat, il n'est finalement plus convaincu du bien-fondé de ce mariage, évalué à 32 milliards de livres (40,5 Mrds €). La raison ? La mise en place en septembre dernier par l'Administration Obama de plusieurs mesures visant à freiner les opérations permettant aux entreprises américaines de se domicilier fiscalement à l'étranger, afin de payer moins d'impôts. Et c'est justement cette possibilité qui avait, en grande partie, motivé AbbVie à casser sa tirelire pour mettre la main sur Shire. L'acquisition du laboratoire basé à Dublin (Irlande) lui aurait permis de se domicilier fiscalement au Royaume-Uni et de réduire ainsi son taux d'impôt effectif à 13 %, contre environ 22 % actuellement. Un projet qui n'est plus vraiment d'actualité.

De fait, AbbVie a prévenu le 14 octobre qu'il allait réexaminer sa dernière offre d'achat datant de juillet et qui s'élève à 53,19 £ par actions. La proposition comprenait 24,40 £ en numéraire et 0,896 action Abbvie pour chaque action de Shire. Le conseil d'administration d'AbbVie en a remis une couche le 15 octobre, en recommandant aux actionnaires de voter contre la transaction. S'ils suivent ce conseil, l'offre du groupe américain sera alors caduque. « AbbVie et son conseil d'administration ont pris cette décision après avoir examiné en détail l'impact des changements dans la législation fiscale du département du Trésor public annoncés le 22 septembre », a justifié le groupe. Avant d'ajouter : « Les changements éliminent certains bénéfices fiscaux de la transaction (...). Cela modifie significativement la valeur implicite de Shire pour AbbVie ». Cette démarche rappelle celle du groupe américain Salix, qui a récemment renoncé à son projet de rachat de l'Irlandais Cosmo, pour les mêmes raisons fiscales qu'AbbVie). Si l'opération tombe à l'eau, le groupe américain devra payer une indemnité d'1,635 Mrd $ (1,28 Mrd €) à Shire. Le laboratoire irlandais fait déjà les frais de cette annonce surprise, puisque son action a plongé de 9 % le 16 octobre à la Bourse de Londres. Le titre s'était aussi effondré de près de 22 % le 15 octobre, après la première annonce d'AbbVie. Shire estime, lui, qu'AbbVie devrait maintenir son offre de rachat. Pourtant, il avait rejeté en bloc les premières propositions du laboratoire américain, arguant qu'il était stratégiquement plus judicieux de rester indépendant. Pour convaincre ses actionnaires, et probablement faire monter les enchères, il avait d'ailleurs dévoilé en juin des perspectives de croissance prometteuses. Il prévoit notamment de doubler ses ventes à l'horizon 2020, qui devraient passer de 5 Mrds $ en 2013, à 10 Mrds $ (voir graphe). Mais AbbVie était visiblement plus alléché par les bénéfices fiscaux de ce rachat, que par le plan de croissance ambitieux de Shire. « Bien que les raisons stratégiques de la combinaison de nos deux sociétés restent fortes, ce qui avait été décidé en termes de valorisation ne tient plus en raison des changements de la législation fiscale », a d'ailleurs confirmé Richard Gonzalez, p-dg d'AbbVie. Formé en 2013 à partir de l'ancienne division purement pharmaceutique d'Abbott, le groupe américain a dégagé un chiffre d'affaires de 19 Mrds $ l'an dernier. La fusion avec Shire aurait permis de créer une société leader dans plusieurs domaines, notamment l'immunologie, les maladies gastro-intestinales, les neurosciences, les maladies du foie, la virologie ou encore les maladies rares.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Chloroquine/Covid-19 : « Je plaide pour son utilisation immédiate, très large, mais sous condition  »

Chloroquine/Covid-19 : « Je plaide pour son utilisation immédiate, très large, mais sous condition »

Créateur du Genopole d'Evry, qu'il a dirigé de 1998 à 2017, Pierre Tambourin nous livre ses réflexions sur l'utilisation de l'hydroxychloroquine dans la traitement du Covid-19. La pandémie de[…]

27/03/2020 | Coronavirus
Les « pharma papers » dénoncent 14 millions de liens d'intérêts

Les « pharma papers » dénoncent 14 millions de liens d'intérêts

Patrick Hibon de Frohen : Nouveaux métiers ou mutations et évolutions des compétences ?

Patrick Hibon de Frohen : Nouveaux métiers ou mutations et évolutions des compétences ?

Bioproduction : Les propositions du Leem pour renforcer la filière

Bioproduction : Les propositions du Leem pour renforcer la filière

Plus d'articles