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À Turku, Bayer mise sur les systèmes intra-utérins

À Turku, Audrey Fréel

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Dans le domaine de la contraception, le portefeuille de Bayer HealthCare comprend des pilules contraceptives mais également des implants et des dispositifs intra-utérins, comme le célèbre Mirena. Ce dernier est fabriqué en Finlande, dans son usine de Turku.

C'est à Turku, à 300 km d'Helsinki, sur la côte sud-ouest de la Finlande, qu'est implantée l'unique usine de production au monde du stérilet hormonal Mirena. Créée en 1946, cette usine est exploitée par Bayer HealthCare depuis 2006, suite à la fusion avec Schering. Elle s'établit sur une superficie de 166 152 m2, dont 40 281 m2 de locaux. 672 personnes y sont employées, dont environ 500 dans les activités de production. En dehors de Turku, la filiale finlandaise de Bayer HealthCare est également présente à Espoo, qui fait office de siège social de sa filiale finlandaise. Le groupe recense actuellement 811 salariés dans ce pays d'Europe du Nord.

Le site de Turku ne produit pas le principe actif du Mirena, le lévonorgestrel, qui est conçu dans l'usine allemande de Berkgamen. Mais il prend en charge le reste du procédé de fabrication de ce dispositif intra-utérin (DIU) hormonal. Dans l'usine finlandaise, le lévonorgestrel est mélangé à des composants en élastomères pour former une masse homogène. Celle-ci est ensuite modelée en tube pour former un réservoir. Ce dernier est monté sur une armature en forme de T, puis recouvert d'une membrane qui régule le taux de diffusion de l'hormone. Enfin, le produit fini est conditionné dans des unités spécifiques. L'usine de Turku fabrique 4 millions d'unités de Mirena, chaque année. Les États-Unis représentent le marché principal, avec 50 % de la production qui y sont exportés. La France occupe également une place non négligeable, puisque 10 % de la production de Mirena sont commercialisés dans l'Hexagone. Lancé dans les années 90, ce dispositif est actuellement vendu dans 120 pays et utilisé par 24 millions de femmes.

 

Des ventes en croissance de 6 % pour Mirena

 

L'an dernier, Mirena a généré des ventes de 719 millions d'euros, en progression de près de 6 % par rapport à 2012. Ce qui lui a permis de se hisser à la 6e position au classement des ventes des produits sous ordonnance de Bayer. Et ce DIU devrait continuer à voir son chiffre d'affaires gonfler, notamment en raison d'un essoufflement des ventes des contraceptifs oraux combinés (COC) dans certains pays (voir encadré). Peter Esser, le directeur du site, admet que la polémique actuelle autour des pilules de dernières générations a probablement un effet bénéfique sur l'utilisation du Mirena. Mais pour le moment, une augmentation capacitaire de ce DIU à Turku n'est pas au programme. Le Mirena présente moins de risques que les pilules pointées du doigt. « Avec le Mirena, il n'y a pas de risque thromboembolique car le lévonorgestrel seul n'entraîne pas de risque vasculaire », précise Carole Maitre, conseillère scientifique pour la division Santé féminine de Bayer HealthCare. Une fois placé dans l'utérus, ce dispositif libère localement le lévonorgestrel, permettant une action contraceptive pendant environ 5 ans. L'hormone va induire un épaississement de la glaire cervicale, empêchant le passage des spermatozoïdes. Elle modifie également la muqueuse utérine pour empêcher l'implantation d'un oeuf fécondé. « L'action du Mirena n'est pas systémique, donc le passage plasmatique est très faible et ne bloque pas l'ovulation », ajoute Carole Maitre.

 

Jaydess, Jadelle et Nova T fabriqués à Turku

 

L'usine de Turku produit également le Jaydess, un nouveau DIU qui délivre lui aussi du lévonorgestrel, mais à plus faible dose que le Mirena. Sa durée d'action est également plus courte, environ 3 ans. Il a été lancé aux États-Unis, début 2013, et en Europe, cette année. Il est actuellement autorisé dans plus de 30 pays. Toujours dans le domaine de la contraception, l'usine de Turku fabrique également l'implant contraceptif Jadelle (lévonorgestrel, 3 M d'unités par an) et les DIU au cuivre Nova T.

Une partie du site est aussi dédiée à la production de médicaments en gélules et comprimés couvrant différentes aires thérapeutiques. Le Bonephos (clodronate), un traitement de soutien aux thérapies cancéreuses, et le traitement du cancer du sein Tomfen (tamoxifen) sont notamment fabriqués à Turku. L'usine prend aussi en charge la conception du somnifère Noctamide (lormétazépam), des médicaments contre les troubles psychiatriques Ciatyl-Z (zuclopenthixol decanoate) et Glianimon (benpéridol) et du médicament antiparasitaire Yomesan (niclosamide). Elle abrite également des bureaux dédiés aux ventes et des activités de recherche et développement. Ces dernières se concentrent sur le développement de systèmes intra-utérins hormonaux pour le traitement des symptômes de la ménopause et de traitements hormonaux de substitution. Le groupe concentre aussi une partie de ses efforts de R&D sur les contraceptifs à longue durée d'action. Ce qui lui permettra d'améliorer et diversifier encore plus son portefeuille de produits dans ce domaine.

PLUS DE RISQUES AVEC LES PILULES DE DERNIÈRES GÉNÉRATIONS

Depuis quelques années, les pilules dites de dernières générations sont mises à mal dans plusieurs pays, notamment en France, en raison des risques thromboemboliques qu'elles peuvent entraîner. « Le risque thromboembolique veineux des pilules, toutes générations confondues, est lié à la combinaison d'un progestatif à un estrogène de synthèse », explique Carole Maitre, conseillère scientifique pour la division Santé féminine de Bayer HealthCare. « Les données récentes ont montré que le risque thromboembolique veineux est supérieur avec les pilules combinées plus récentes dites de 3e et 4e générations par rapport au risque des pilules de 2e génération », ajoute-t-elle. Comme beaucoup de ses pairs, Bayer commercialise ces fameuses pilules de dernière génération, en l'occurrence sous les marques Yaz/Jasmine/Jasminelle (éthinylestradiol, drospirénon). En 2013, ce produit phare du groupe allemand est passé sous la barre du 1 Mrd € de chiffre d'affaires. Ses ventes se sont élevées à 853 M€, en chute de 18,4 % par rapport à 2012. D'où l'intérêt pour Bayer et ses concurrents de miser sur d'autres produits, comme les DIU hormonaux.

CHUTE DES VENTES DES COC DE DERNIÈRES GÉNÉRATIONS EN FRANCE

Depuis presque deux ans, les ventes des contraceptifs oraux combinés (COC) de 3e et 4e générations ont lourdement chuté en France. Selon un rapport de l'Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM),les ventes des COC de 3e et 4e générations se sonteffondrées de 45 % dans l'Hexagone, l'an dernier. En revanche, le chiffre d'affaires des COC de 1ère et 2e générations a progressé de 30 % en 2013. Cette baisse d'utilisation des COC a profité aux autres contraceptifs, notamment aux DIU non imprégnés de progestatifs dont les ventes ont bondi de 47 %. Et cette tendance baissière se poursuit encore cette année. Ainsi, sur la période janvier-avril 2014, les ventes des COC de dernières générations ont plongé de 60 % par rapport à la période janvier-avril 2012. À l'inverse, les ventes des COC de 1ère et 2e générations ont encore augmenté sur cette même période, de 36 %. De la même façon, les ventes des dispositifs intra-utérins hormonaux et des implants ont augmenté de 16 % au cours des quatre premiers mois de 2014 (janvier-février-mars-avril), par rapport à la même période en 2012.

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