Nous suivre Industrie Pharma

À Poitiers, SGS Cephac mute dans la bioanalyse

Pour faire face à la montée en puissance des larges molécules dans les pipelines pharmaceutiques, SGS Life Science Services prépare depuis 2010 sa migration vers le domaine de la biopharmacie. À Poitiers, SGS Cephac suit la tendance.

Spécialiste mondial de la sous-traitance analytique pour l'industrie pharmaceutique, SGS Life Science Services prépare depuis 2010 sa mutation dans le domaine de la biopharmacie. Pour cela, la société a mené de front une double stratégie de croissance externe, avec par exemple le rachat de la société britannique M-Scan spécialisée dans la caractérisation de protéines ou bien la vitrologie en Écosse (bio sécurité), mais aussi de croissance interne en créant de nouveaux laboratoires, en Italie (Livorno), ou plus récemment en Californie et en investissant dans ses propres installations. C'est ainsi qu'à Poitiers, son entité SGS Cephac, entrée dans le giron du groupe en 2006, a pris le virage de la biotech au début de la décennie pour devenir aujourd'hui le centre d'excellence de la bioanalyse du groupe pour toute l'Europe.

« À partir des années 2010, il y a eu un changement important dans les grandes sociétés pharmaceutiques. Elles ont considérablement réduit la recherche sur les petites molécules, après en avoir fait le tour, et se sont orientées vers la recherche et le développement de larges molécules comme les anticorps monoclonaux » analyse Alain Renoux, directeur général de SGS Cephac. Du coup le laboratoire dont l'essentiel de l'activité consistait à analyser des petites molécules pour le compte de laboratoires pharmaceutiques s'est totalement réorganisé. En 2014, l'activité autour des larges molécules représentera 60 % de son chiffre d'affaires global, contre 40 % pour les petites molécules. Et l'écart devrait encore se creuser dans les années à venir, compte tenu de la croissance du site en bionalyse (+30 % en 2014) et d'une décroissance en analyse chimique (-15 %). Mais ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard. « Nous avons pu bénéficier d'un business plan et d'une enveloppe d'investissement de 3 millions d'euros pour bâtir une équipe d'experts en analyses biologiques qui représente aujourd'hui une cinquantaine de personnes sur un effectif total de 80 personnes » poursuit le dirigeant. Outre l'achat de nouveaux matériels et la modification des locaux, plusieurs experts ont été recrutés et de nombreux collaborateurs formés pour leur permettre de passer du domaine de l'analyse chimique à la bioanalyse.

Avant d'entrer dans le détail des spécialités de ce site de Poitiers, il faut d'abord préciser que la bioanalyse en milieu pharmaceutique consiste en la détection de substances présentes dans des milieux biologiques. Ces substances peuvent être des médicaments, des métabolites (issus de la dégradation de la substance active), des anticorps produits par l'organisme ou des marqueurs biologiques qui correspondent à tout type de peptides ou protéines présents dans notre organisme (par exemple des cytokines, des interleukines, albumine, insuline...). Il en existe des centaines. Par milieux biologiques, on entend du plasma, des sérums, des urines, des prélèvements cellulaires... Ces bioanalyses sont indispensables pour accompagner le développement d'un médicament biotechnologique tout au long de son processus de R&D, de la phase préclinique aux études cliniques chez le patient de phases III et même IV.

« Dans le domaine des médicaments biotech, les grands laboratoires essaient de développer des compétences internes en bioanalyse pour les phases précliniques et pour les premières études chez l'homme. En revanche, à partir de la phase II, ils ont tendance à sous-traiter leurs bioanalyses car les volumes d'échantillons à analyser augmentent considérablement. Une phase III peut représenter 50 000 à 60 000 échantillons à analyser sur plusieurs années ! Pour les petites sociétés de biotech, le cas est un peu différent car elles sous-traitent leurs bioanalyses dès la phase préclinique », commente Alain Renoux.

L'une des techniques clés de la bioanalyse est l'immunoanalyse qui consiste à utiliser des réactifs anticorps pour détecter les molécules présentes dans les matrices biologiques. Cette méthode est utilisée par SGS Cephac pour détecter et quantifier des nouvelles molécules thérapeutiques produites dans des organismes vivants (anticorps monoclonaux thérapeutiques ou insuline par exemple), des anticorps produits contre ces molécules thérapeutiques ou des marqueurs biologiques. Pour les marqueurs bien connus, des kits de détection commerciaux sont disponibles sur le marché. En revanche, pour tout ce qui touche au développement de nouvelles molécules, de nouveaux biomarqueurs peuvent être impliqués, nécessitant la mise au point de nouvelles méthodes analytiques et leur validation.

Une autre prestation proposée par SGS Cephac est appelée étude d'« immunogénicité ». Lorsque l'on administre une grosse molécule à un patient, l'organisme a tendance à fabriquer en réaction des anticorps pour lutter contre ce médicament. Et s'ils sont trop abondants, ils peuvent contribuer à neutraliser l'effet du principe actif. Cette prestation d'immunogénicité consiste donc à surveiller la présence et la production de ces anticorps.

Nicolas Fourrier, responsable du développement et de la validation de méthode en immunoanalyse, est l'un de ces experts qui a rejoint récemment les rangs de SGS Cephac, après 6 années passées en Angleterre dans une entreprise spécialisée dans les réactifs pour la bioanalyse. Il explique les bases de la bioanalyse. « La méthode est toujours un peu la même. Pour détecter une biomolécule, on va utiliser un anticorps spécifique déposé sur un support. La biomolécule va se lier à l'anticorps. Puis, cette biomolécule va être détectée par un deuxième anticorps sur lequel sera greffée une enzyme ou une autre molécule qui permettra son dosage par colorimétrie, luminescence ou électroluminescence », résume-t-il. Dans ce domaine, le protocole de référence bien connu des immunologistes est la méthode immuno-enzymatique Elisa qui entre dans le cadre plus général des EIA (enzyme immunoassays), par opposition aux RIA (radio immunoassays) dans lesquels l'anticorps est marqué par un radioélément et dont le dosage mesure un nombre de désintégrations par minute. SGS Cephac s'est récemment vu renouveler son agrément par l'ASN (Agence de sécurité nucléaire) pour l'utilisation de marqueurs radioactifs. La méthode RIA est cependant en perte de vitesse comparée aux méthodes EIA qui bénéficient de progrès technologiques dans la détection permettant d'abaisser sans cesse les seuils et le coût des analyses.

Pour ce qui est des milieux biologiques, Cephac a démarré ses activités biotech par des analyses dans des milieux homogènes tels que des sérums, des plasmas, des urines. Mais en 2012, un laboratoire de biologie cellulaire a été créé pour répondre à la demande clients de mesures de l'activité biologique de molécules thérapeutiques utilisant des modèles cellulaires. « Nous vérifions, par exemple, si une nouvelle molécule d'insuline a un impact sur la croissance de cellules ou si le développement d'anticorps chez les patients sont de nature à neutraliser l'action du médicament », explique Nicolas Fourrier. Parmi les équipements de ce laboratoire, on va retrouver des appareils de type FACS (Fluorescence Activated Cell Sorting) pour le triage de cellules, et des systèmes Elisa pour la partie bioanalyse.

 

Une conformité aux BPL

 

Pour réaliser toutes ces bioanalyses, SGS Cephac travaille selon les bonnes pratiques de laboratoire (BPL) et les bonnes pratiques cliniques (BPC). Le laboratoire est ainsi régulièrement audité par les autorités sanitaires françaises (ANSM) et parfois étrangères (la FDA américaine, l'Anvisa brésilienne...). Les clients sont aussi nombreux à auditer eux-mêmes le laboratoire. Ce qui représente au total entre 20 à 25 audits par an. Cinq personnes travaillent ainsi à plein temps en assurance qualité.

Et pour compléter ces accréditations, Cephac a même obtenu un agrément bonnes pratiques de fabrication (BPF) pour l'un de ses laboratoires qui réalise des tests cette fois sur des lots commerciaux de médicaments biotechnologiques et non plus sur des lots cliniques. « L'idée a été de compléter l'offre du laboratoire SGS situé à Clichy près de Paris qui possède un agrément BPF pour l'analyse de petites molécules. Ainsi, nous réceptionnons des principes actifs sous forme de poudres et nous réalisons des analyses immunologiques ou de biologie cellulaire pour vérifier si le lot a bien l'efficacité voulue », explique Alain Renoux. En 2015, cette activité devrait s'intensifier.

En complément des investissements réalisés pour la mutation du site, SGS Cephac doit poursuivre ses efforts pour maintenir son parc de machines à un niveau optimum. « Des plateformes sortent régulièrement car ce secteur est nouveau. Nous devons avoir les dernières plateformes pour répondre au mieux aux attentes de nos clients. Cela représente une grosse partie de nos investissements », explique Alain Renoux.

« Nous venons d'acquérir une plateforme de diagnostic Cobas 6000 de Roche avec module chimie auquel nous allons ajouter un module immunologique. Cela représente environ 200 000 euros d'investissement », poursuit-il. Et pour 2015, SGS Cephac envisage l'acquisition d'un système Bioplex 3D de Biorad/Luminex) pour un montant de l'ordre de 100 000 euros Il s'agit d'une plateforme multiplex basée sur la technologie xMAP, permettant de détecter simultanément et de manière automatisée plusieurs dizaines de marqueurs avec une excellente sensibilité. Ceci constitue un progrès car l'immunoanalyse, et en particulièrement la méthode Elisa, impose de nombreuses opérations manuelles et reste difficile à automatiser.

La métamorphose de SGS Cephac suit donc son cours et ses équipes s'y emploient activement pour être en phase avec une industrie pharmaceutique mondiale dont l'essentiel de l'innovation repose aujourd'hui sur les larges molécules. Avec le constat que ces innovations se déroulent en très grande partie en dehors des frontières de la France. SGS Cephac réalise désormais plus de 90 % de son chiffre d'affaires à l'exportation.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Transformation digitale : Des solutions qui s'imposent

Transformation digitale : Des solutions qui s'imposent

Avec le confinement et le développement du travail à distance, la transformation numérique de l'industrie n'a jamais paru aussi pertinente. Et si la crise liée au Covid-19 accélérait[…]

La pharma se dévoile en chiffres clés

La pharma se dévoile en chiffres clés

Données : « Prioriser le retour sur investissement »

Données : « Prioriser le retour sur investissement »

La crise bouscule les habitudes

La crise bouscule les habitudes

Plus d'articles